Pourriez-vous revenir sur la construction, assez récente, d’une offre MICE au Niger ?
Mohamed Saidil Moctar – En 2019, le Niger a organisé la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union Africaine. C’était un pari que nous avions pris en 2015, un pari difficile car le pays n’avait pratiquement pas d’infrastructures adaptées à ce moment-là. Mais quand nous invitions à organiser des événements au Niger, on nous répondait qu’il n’y avait pas d’infrastructure. Et quand on poussait à la construction d’infrastructures, on nous rétorquait qu’il n’y avait pas d’événement ! Le Président (NDLR : en 2015, le Président de la République du Niger était Issoufou Mahamadou) a donc pris la décision de briser ce cercle vicieux. En prenant cet engagement auprès des chefs d’Etats d’accueillir le sommet de l’Union Africaine, nous allions forcément nous donner les moyens de le faire.
Comment cela s’est-il matérialisé ?
Mohamed Saidil Moctar – Nous avons construit un nouvel aéroport, qui est l’un des plus beaux de la sous-région, une plateforme moderne qui répond à tous les standards internationaux. Nous avons construit trois hôtels cinq étoiles de grand standing (Radisson Blue, Bravia, NOOM), et le Centre International de Conférences Mahatma Gandhi, qui est lui aussi l’un des plus beaux de la sous-région. Nous avons également rénové le Palais des Congrès existant, construit une cité avec des villas présidentielles pour accueillir les chefs d’Etats étrangers. Nous avons construit 44 km de route bitumée avec une voie express qui relie l’aéroport au centre-ville de Niamey, et nous avons formé 9000 personnes dans les domaines de la sécurité, du protocole, de la santé, de la communication, de l’événementiel… Ces infrastructures ont été construites avec des acteurs privés que nous avons su convaincre, dans le cadre de partenariats public-privé ou d’investissements directs. Le gouvernement du Niger n’a pas investi dans la construction, sauf pour la rénovation du palais des congrès, qui est une structure étatique. Il a donc fallu aider ces partenaires à avoir un retour sur ces investissements, et contribuer à attirer d’autres investisseurs au Niger. Nous avons identifié le MICE comme une opportunité majeure pour rentabiliser ces infrastructures. Et cela a été récompensé au mois de mai puisque le Niger est entré dans le prestigieux classement ICCA, alors que nous n’étions devenus membre qu’en octobre 2021.
La fin du sommet de l’Union Africaine n’a donc pas marqué l’aboutissement de votre ambition sur le segment du MICE ?
Mohamed Saidil Moctar – L’organisation de ce Sommet a été un franc succès, unanimement salué. Mais on ne pouvait pas s’arrêter là. Il fallait nous donner les moyens de nos ambitions. Le Président a donc ensuite décidé de créer une agence dédiée à cette activité, en janvier 2020 : l’Agence Nationale de l’Economie des Conférences (ANEC). Il s’agissait de consolider nos acquis et de devenir un hub du MICE. L’ANEC est rattachée directement à la Présidence de la République, avec un conseil d’administration composé de tous les ministres concernés, car on ne peut pas appréhender ce dossier sans une politique efficace en matière de sécurité, sans une desserte aérienne de qualité, un package touristique et artisanal à proposer aux participants après leur événement… L’agence a donc comme mission de faire du Niger un véritable hub pour les conférences en attirant beaucoup d’événements internationaux. Il s’agit aussi de donner un coup de projecteur au pays, car il y a beaucoup de préjugés sur le Niger. Lorsque l’on sort de la zone francophone, on nous confond parfois avec le Nigeria par exemple. Et l’environnement sécuritaire est particulier. Il fallait donc faire venir les gens au Niger, pour mettre fin aux préjugés. Il faut aussi que les actions de l’ANEC soient créatrices d’emplois et de revenus.
Quels seront les prochains axes de progression ?
Mohamed Saidil Moctar – II s’agit d’avoir encore davantage d’infrastructures de standing international, et de renforcer nos capacités en termes de personnel. Car avoir des beaux hôtels, un bel aéroport, ça ne suffit pas s’il n’y a pas la qualité de service. Et les infrastructures, malgré les efforts et les capacités hôtelières actuelles, ne permettent pas de répondre à la forte demande des organisateurs d’événements, car le Niger est devenu un pays d’attraction des grands événements internationaux.
C’est pour cela que le Conseil d’Orientation et de Contrôle de l’ANEC, présidé par le Directeur de Cabinet du Président de la République, a approuvé à la fin du mois de mai 2023, le projet de construction d’une nouvelle salle multifonction de 5 000 places. Elle se destinera aux conférences, aux dîners de gala, mais aussi à de grands événements sportifs, ou des concerts de renommée internationale. En parallèle, le gouvernement a signé récemment un accord avec une chaine internationale pour la rénovation de l’hôtel Gawèye, qui a été le tout premier hôtel 5 étoiles de Niamey. Il s’agira là aussi d’atteindre les standards internationaux, dans un délai de 24 mois. Il y a actuellement cinq nouveaux hôtels en construction à Niamey, et d’autres projets sont en discussion. Nous prévoyons également de créer une école de formation dans les métiers d’hôtellerie et du tourisme. Et nous sommes en train de rénover le stade général Seyni Kountché pour l’accueil de grands événements sportifs comme la Coupe d’Afrique des Nations de football.
A quel horizon pensez-vous inaugurer cette nouvelle salle multifonction ?
Mohamed Saidil Moctar – Le projet vient d’être approuvé, mais nous avons des échéances à venir. Le Niger est candidat pour accueillir le forum ID4Africa 2025, qui réunira 5000 personnes. Nous sommes déjà retenus pour accueillir les assemblées annuelles de la Banque africaine de développement en 2027. Soit 4000 participants de haut standing. Nous sommes candidats pour accueillir le Festival culturel de la CEDEAO de 2026, qui regroupe 10 000 personnes…

Comment l’ANEC travaille-t-elle avec les interlocuteurs étrangers pour asseoir la réputation MICE du Niger à l’international ?
Mohamed Saidil Moctar – Nous étions par exemple à Paris en avril dernier, à l’occasion du Forum Afrique CIAN 2023 (Conseil français des investisseurs en Afrique). Nous avons échangé avec les partenaires français qui souhaitent venir investir au Niger, et nous avions accueilli en février le Forum Europe-Niger, réunissant de gros investisseurs européens à Niamey pendant trois jours. En marge de la cérémonie de couronnement du Roi d’Angleterre, nous avons aussi organisé un forum avec les investisseurs britanniques, et nous avons aussi tenu un forum Chine-Niger. Il y a donc de très bonnes perspectives de développement.
Quel regard portent les investisseurs étrangers sur le Niger ?
Mohamed Saidil Moctar – Les investisseurs ont pu constater d’eux-mêmes la réalité de Niamey sur ces événements. Certes, il ne faut pas occulter que la sous-région s’inscrit dans un environnement sécuritaire qui n’est pas simple. La plupart de nos pays voisins rencontrent des difficultés avec leurs frontières sur le plan sécuritaire. Mais nous avons la chance qu’il n’y ait pas de partie du Niger qui soit occupée. Niamey compte parmi les villes où le taux de criminalité urbain est le moins élevé au niveau mondial. Nous maîtrisons parfaitement la question de la sécurité sur la ville de Niamey, même si nous sommes bien conscients que personne n’est à l’abri aujourd’hui. D’ailleurs plusieurs chefs d’Etat et premiers ministres européens se sont succédés à Niamey ces derniers temps, ou encore récemment le Président du groupe de la Banque Mondiale, le Secrétaire d’Etat américain… Cela prouve aussi que nous sommes un pays sûr.
Quelles sont les destinations que vous jugez concurrentes en Afrique ?
Mohamed Saidil Moctar – Je dirais que ce sont les destinations qui sont devant nous dans le classement ICCA. A savoir l’Afrique du Sud, le Rwanda, l’Egypte, le Sénégal, la Tunisie et le Ghana. Nous visons avant tout ceux qui sont devant nous, tout en sachant que ceux qui sont derrière vont vouloir progresser. Le Niger a eu la chance d’entrer précocement dans ce classement ICCA, mais aussi la malchance d’être bien placé dès le début. Cela nous met beaucoup de pression. Cela signifie que nous devons faire des efforts pour a minima maintenir notre rang. Mais il y a une forte volonté politique, et notre secret, c’est aussi que nous sommes l’un des rares pays africains à être doté d’une agence exclusivement dédiée à la promotion des congrès et des conférences. Cela facilite vraiment la tâche des organisateurs d’évènements. Le Président de la République de l’époque a eu la vision de créer cette agence, et le nouveau Président, Son Excellence Mohamed BAZOUM en a fait un axe fort de son programme. Avant même d’être élu, il a pris l’engagement dans son programme de renaissance acte 3, d’ouvrir davantage le Niger pour en faire une destination privilégiée pour les grands événements internationaux.
Etes-vous satisfait de la connectivité du nouvel aéroport ?
Mohamed Saidil Moctar – Il fallait d’abord se doter d’un aéroport qui réponde aux exigences des compagnies aériennes. Nous avons investi pour cela. Avant que nous ne nous dotions de cette nouvelle plateforme, la desserte de Niamey était vraiment très faible. Les vols n’étaient pas assez réguliers. Aujourd’hui, 14 compagnies aériennes desservent notre destination contre dix auparavant. Surtout, les compagnies augmentent le nombre de liaisons hebdomadaires. Air France est passée de trois à cinq vols par semaine. L’objectif, c’est d’atteindre une desserte quotidienne. Royal Air Maroc est passée à six vols, Air Côté d’Ivoire atteint maintenant une desserte quotidienne. Turkish Airlines est passée de deux à cinq vols. Notre desserte s’améliore.
Quels sont vos objectifs pour les mois, voire les années à venir, par rapport au nombre d’événements ou au classement ICCA ?
Mohamed Saidil Moctar – Lors de la création de l’ANEC en 2020, j’avais fixé des indicateurs de performances. Nous comptions atteindre 90% de satisfaction clients fin 2022, nous avons atteint 95 % au 31 décembre. Nous avions prévu d’atteindre une trentaine d’événements par an en 2023, nous avons accueilli 52 événements l’an dernier. Nous avions prévu d’entrer dans le classement mondial ICCA en 2025, ce fut le cas dès 2022. Nous visions la 20e place, nous avons atteint la 7e place. Je n’ai pas de chance, car cela nous met énormément de pression maintenant ! Notre objectif, c’est de maintenir voire d’améliorer la satisfaction clients, d’atteindre une soixantaine d’événements internationaux, et de maintenir notre rang ICCA, voire de l’améliorer. Le tout en continuant de doter le pays d’infrastructures, et en professionnalisant la qualité de services, dans les hôtels, à l’aéroport, pour atteindre les standards internationaux. Dans cette optique j’ai envoyé récemment mes équipes passer une semaine au Palais des Congrès et à Paris Convention Center. Il s’agissait d’observer comment fonctionne une grande destination du tourisme d’affaires comme Paris, pour identifier ce que l’on peut améliorer.
Quels sont les prochains rendez-vous à surveiller dans votre stratégie MICE ?
Mohamed Saidil Moctar – Nous organiserons en octobre prochain la première édition du forum Destination Niger. Nous voulons instituer une rencontre annuelle, où se retrouveront tous les acteurs de l’événementiel. Notre objectif est de réunir 500 personnes, décideurs, politiques, organisateurs d’événements, pour échanger pendant trois jours sur les capacités du Niger en termes d’accueil d’événements internationaux. Il s’agit aussi pour nous de créer un cadre d’échange entre les acteurs africains, européens et internationaux. Nous comptons faire de Niamey un centre d’échange et d’excellence sur la question de l’économie des conférences en Afrique.
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