« L’évolution du bonus écologique doit se faire sur la base de règles non discutables et objectives », Yves Pasquier-Desvignes (Volvo France)

L’Automobile & L’Entreprise : Vous avez présenté officiellement en France, cette semaine, les EX30 et EX90, deux nouveautés importantes pour votre développement dans l’Hexagone. En quoi vont-ils porter Volvo vers l’avenir ?

Yves Pasquier-Desvignes : Prenons tout d’abord l’EX90, nouveau vaisseau amirale de Volvo. C’est le véhicule de notre gamme qui a aujourd’hui la plus forte image. Cette vitrine de notre technologie représente aussi le début d’une révolution de marque vers le 100 % électrique en adressant une clientèle qui n’est pas forcément habituée à cela, puisque majoritairement composée de « gros rouleurs ». Il nous faut donc adapter notre discours à cette nouvelle énergie et à la technologie, avec un modèle qui est le condensé de tout le savoir-faire de Volvo. Il nous prépare ainsi à l’avenir car l’ensemble de la gamme bénéficiera de nouveautés introduites ici.

L’EX30 est très différent puisqu’il ne pourra pas avoir toutes les technologies de l’EX90 mais il doit intégrer tout l’ADN de Volvo. Bien que ce soit l’entrée de gamme et la plus petite de nos voitures, toutes nos valeurs s’y retrouvent : un peu de technologie, beaucoup de sécurité, du design à la suédoise… pour aller chercher beaucoup plus de volume sur un marché aussi plus combattif composé de nouveaux clients qui ne nous connaissent pas.

Donc d’un côté, on va fidéliser avec l’EX90, parce qu’on connaît déjà bien cet univers, et de l’autre avec l’EX30, nous entrons dans un nouvel univers avec beaucoup de conquête à venir.

A&E : Sur les volumes justement, quelles sont les ambitions de la marque sur ces deux modèles ? Vous espérez faire de l’EX30 le véhicule le plus vendu par Volvo en France. À quelle échéance ?

Y.P-D. : Entre 2 000 et 2 500 unités pour l’EX90, très haut de gamme, et 7 000 unités dès l’année prochaine pour l’EX30 parce que c’est la disponibilité usine que nous avons. Nous espérons atteindre entre 11 000 et 12 000 unités pour l’EX30 en plus de ce que nous vendons aujourd’hui, soit un très gros volume de croissance. Ainsi, dès 2025 l’EX30 deviendra le véhicule le plus vendu de notre gamme sur le marché français, sachant que le plus gros volume réalisé par notre marque auparavant était de 8 500 unités avec le XC40. Mais là, la taille du segment est plus vaste et la place pour y vivre est plus grande.

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A&E : Avec l’EX30, Volvo compte changer d’échelle dans l’Hexagone. Comment avez-vous préparé ce nouveau jalon pour la marque ?

Y.P-D. : Nous avons préparé nos commerciaux et nos distributeurs en leur disant qu’il ne fallait pas penser que Volvo se contenterait des 22 000 voitures écoulées à l’année. Nous allons ajouter un nouveau volume, qui n’existe pas aujourd’hui. Nous leur avons raconté l’histoire, qu’ils ont encore du mal à voir du fait des pénuries de production toujours d’actualité sur la gamme, mais nous aurons bien nos 7 000 EX30 dès 2024. Aussi, ils se tiennent prêts. Ils ont compris la stratégie d’électrification de la marque. Ils sont convaincus par la voiture, son prix et son positionnement. Ils sont dans les starting-blocks et n’attendent que de reprendre du volume.

A&E : Aujourd’hui, Volvo tire une majeure partie de ses immatriculations des professionnels. Prévoyez-vous une évolution de votre de mix de vente avec l’introduction de ces deux nouveautés ?

Y.P-D. : À date, la marque réalise 60 % de ses volumes auprès des professionnels, qui incluent beaucoup de professions libérales, 10 % auprès des loueurs courte durée et 30 % auprès des particuliers. C’est une bonne équation, économiquement viable. Nous n’imaginons pas que cela change. Peut-être qu’avec l’EX30, nous augmenterons notre mix à particuliers mais ce n’est pas certain.

A&E : Comment ces deux nouveaux produits se placent-ils auprès des loueurs et en termes de valeurs résiduelles ?

Y.P-D. : Ils se placent bien. Du fait de notre stratégie 100 % électrique, de notre technologie et des ventes actuelles, les loueurs nous soutiennent et les valeurs résiduelles, sans être excessives, sont bonnes. Et notre volumétrie ne leur fait pas peur pour une recommercialisation en véhicules d’occasion dans trois ans.

A&E : Ces deux lancements 100 % électriques marquent le virage stratégique et technologique de Volvo. Pourquoi avoir fait le choix unique du 100 % électrique ?

Y.P-D. : La première raison est de pouvoir démarrer vite. La décision a ainsi été radicale et magistrale, il y a déjà de ça trois ans, de rester focus sur l’électrique à batterie, lithium ou nickel / manganèse, deux technologies suivies en parallèle. Nous y avons mis beaucoup d’investissements pour aboutir à de bonnes technologies. Ensuite, nos voitures sont plutôt des véhicules à poids important. Les règlementations françaises pénalisant le poids, cela nous a permis de nous mettre à l’abri de ce malus. Si nous étions restés qu’en thermique, le poids nous aurait terriblement pénalisés dans les taxations, les émissions de CO2 et les TVS. Enfin, les autres technologies, que ce soit les biocarburants, les carburants de synthèse ou l’hydrogène, ne font absolument pas parties des investissements et du radar de Volvo.

A&E : Vous parlez justement de fiscalité avec le malus. De son côté l’EX30 est éligible au bonus écologique, pour l’instant. Craignez-vous qu’il soit exclu des subventions avec la mise en place d’un futur bonus « carbone » alors même qu’il bénéficie de la meilleure empreinte carbone dès sa conception sur l’ensemble de la gamme Volvo ?

Y.P-D. : J’adhère à l’idée qu’un bonus doit disparaitre car une industrie ne peut pas vivre sur les subventions et doit, à un moment donné une fois la maturité atteinte, retrouver un modèle normal. En ce moment, il est difficile de prendre une position parce qu’il se dit un peu tout et n’importe quoi. Il y a une envie de rationaliser le bonus pour qu’il puisse bénéficier d’avantage à une industrie française ou européenne. À cela pas d’obstruction majeure, mais nous veillerons à ce que les règles du jeu ne soient pas discriminantes. Qu’est-ce-qu’une production respectueuse ? Quelles sont les origines des composants qui vont amener à une fabrication, une production, un montage et un assemblage ? Il faut que tout le marché soit logé à la même enseigne. Qu’il y ait une subvention qui soutienne l’industrie qui paye ce bonus, ne me choque pas. En revanche, l’attribution doit se faire en fonction de règles non discutables et objectives. Si nous sommes capables de prouver que l’intégralité de notre chaîne de production, de l’extraction à la fabrication jusqu’aux méthodes de transport, a une bonne empreinte carbone, je n’ai pas de raison d’être plus pénalisé quel que soit mon origine de production. Mais pour le moment nous ne connaissons pas les détails et la confusion est un peu embêtante. Tout ce qui se vend aujourd’hui dépend des règles du jeu de demain. Comment ces ventes seront-elles impactées en 2024 par les nouvelles règles ? Le flou se répercute directement le marché des prises de commandes.

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