La Chine organise sa riposte à la guerre technologique américaine

Vous serez pardonné si vous ne connaissez pas le gallium et le germanium. Ce sont deux métaux critiques qui se retrouvent subitement au centre de la nouvelle guerre froide entre les États-Unis et la Chine.

Pékin a annoncé cette semaine qu’à compter du 1er août, les exportations chinoises de gallium et de germanium nécessiteront une autorisation préalable. La demande devra spécifier le destinataire et le produit final justifiant l’exportation. La Chine évoque des raisons de « sécurité nationale ».

Derrière ce qui peut apparaître comme une mesure bureaucratique, se cache une riposte chinoise aux innombrables restrictions et sanctions américaines contre la technologie chinoise ces dernières années. La Chine est de très loin le premier producteur mondial de gallium et de germanium, deux métaux indispensables, l’un pour la fabrication des semi-conducteurs, l’autre pour l’industrie spatiale.

Pour comprendre l’enjeu, il suffit de lire le titre d’un article du quotidien officiel chinois « Global Times » cette semaine : « le contrôle des exportations de gallium par la Chine devrait frapper l’industrie de défense américaine ». Difficile d’être plus explicite. Et Pékin précise que « ce n’est qu’un début ».

La technologie est le principal terrain d’affrontement entre Pékin et Washington. Le bras de fer a véritablement commencé en 2018, avec l’arrestation à Vancouver de la directrice financière de l’équipementier télécom chinois Huawei.

Depuis, les sanctions et restrictions pleuvent, afin d’empêcher la Chine de dominer les technologies dites de rupture, et d’en définir les normes. Grâce à l’extraterritorialité des décisions américaines, aussi bien le géant taiwanais des semi-conducteurs TSMC, que le fabricant des machines qui les produisent, le néerlandais ASML, sont quasiment interdits d’exporter en Chine. Washington a dressé des listes noires de sociétés chinoises privées de technologie et de fonds et en rajoute presque chaque semaine. Selon le « Wall Street Journal », des mesures sont en préparation pour restreindre l’accès des Chinois au « cloud » américain.

La Chine n’avait que faiblement réagi jusqu’ici aux mesures américaines qui lui coupent les ailes, mais a semble-t-il décidé de riposter.

A ce stade, toutefois, la Chine n’a introduit que le mécanisme de contrôle des exportations, pas de restrictions spécifiques. Mais la menace est là, et rappelle une crise diplomatique avec le Japon, il y a une décennie : Pékin avait bloqué ses exportations de terres rares, ces minerais stratégiques dont elle domine la production.

Le timing ne doit rien au hasard : la Secrétaire au trésor américaine, Janet Yellen, est à Pékin cette semaine, dans le cadre d’un processus de recherche de détente. La menace sur les exportations de métaux critiques est donc un argument posé sur la table de négociations pour montrer que la Chine a quelques arguments dissuasifs en cas de guerre technologique totale.

La décision chinoise met en tous cas le projecteur sur une des contradictions actuelles : le contrôle par Pékin de nombreuses filières minières et technologiques indispensables au changement d’époque. Ça devrait inciter au compromis, mais rien n’est moins sûr. Le gallium et le germanium vont servir de test.


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