comment s’adapter au changement climatique

Le réchauffement climatique affecte la disponibilité de l’eau, et les mesures prises pour endiguer cette baisse de la ressource doivent intégrer de nombreuses composantes technologiques. Une dizaine des 360 membres de l’Académie des technologies s’est penchée dessus, afin d’éclairer les politiques publiques.

Et leur constat est net : il y a urgence à agir, collectivement, pour conserver un accès à l’eau qui réponde aux besoins de la société. « Toutes les prévisions montrent que la situation devient préoccupante », s’alarme l’académicien Yves Lévi, pharmacien de formation, professeur émérite à Paris-Saclay et spécialiste de l’eau.

La technologie comme aide

Pour Yves Lévi, plusieurs solutions technologiques, de nature différente, pourraient aider à répondre aux besoins en eau dans les décennies à venir. Tout d’abord, les eaux usées et pluviales pourraient être réutilisées, « sous réserve de contrôles sanitaires », et ce d’autant plus que la plupart des installations nécessaires existent déjà.

Le rapport évoque également la possibilité de dessaler l’eau de mer, même si, pour Yves Lévi, « en France, ce n’est pas la technologie la plus adaptée ». Le spécialiste de l’eau considère toutefois que ce processus, aujourd’hui très cher et gourmand en énergie, pourrait voir son coût baisser d’ici dix à quinze ans, avec une forte augmentation de la population côtière, et qu’il pourrait alors devenir une solution efficace.

À LIRE AUSSIVague de chaleur : bienvenue dans le monde d’aprèsEnfin, la troisième principale solution technique est le stockage, souterrain ou en surface. Dans ces deux cas se posent des difficultés de différentes natures. Le stockage souterrain ne peut pas se faire n’importe où, le sol doit s’y prêter. Quant au stockage de surface, mis en lumière par les mégabassines de Sainte-Soline contre lesquelles s’était battu le mouvement militant Les Soulèvements de la Terre, il est pour Yves Lévi nécessaire, mais demande de la pédagogie : « Il faut que ces installations se fassent en concertation avec les populations. »

« Alors qu’on doit stocker l’eau dans les meilleures conditions, les discussions à ce sujet ont pris une tournure plus politique que technique », regrette le scientifique, qui prévient : « Les technologies sont des composantes de la stratégie globale, elles sont des apports pour la résolution des problèmes, elles ne vont pas les résoudre à elles seules. » Il y a en effet d’autres manières d’optimiser l’utilisation de l’eau, notamment à travers la baisse de la consommation.

Faire évoluer les pratiques

La baisse concerne l’ensemble de la société, et nécessite d’inventer des « pratiques de sobriété collective » pour maîtriser la demande, comme l’écrivent les membres de l’Académie dans leur rapport.

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Ces pratiques concernent aussi bien l’agriculture, avec une irrigation plus adaptée, ou encore un changement de période et de type de culture, que l’industrie ou les loisirs. « Il faut faire comprendre à tout le monde les enjeux, les choix et la hiérarchie de ces choix », insiste Yves Lévi. Pour autant, si l’accès à l’eau est un enjeu national, il connaît des ampleurs différentes selon les régions.

S’adapter aux conditions locales

Car les situations varient grandement d’une région à l’autre, et parfois même entre deux zones voisines. « Il faut développer de manière urgente une stratégie nationale à trente ans, avec niveaux national, régional et local », recommande Yves Lévi, qui milite pour l’usage du « bon sens ». En effet, selon les besoins, le terrain, et de nombreux autres facteurs locaux, toutes les solutions techniques ne se valent pas dans toutes les situations.

À LIRE AUSSILa France n’est « pas prête » à faire face aux effets du changement climatiqueLa nécessité de réduire sa consommation ne se fait pas non plus sentir partout de la même manière au même moment, car le déficit hydrique en été par rapport à l’hiver est très hétérogène sur le territoire.

Comprendre les termes

C’est pourquoi, au-delà des solutions techniques, il est important que chacun comprenne les termes du débat. « Il faut absolument de la concertation et de la transparence », martèle Yves Lévi, qui regrette que beaucoup de mots soient employés dans le débat public sans que le sens en soit forcément compris. Ainsi, les notions de « crise » et de « pénurie » sont employées en parlant exclusivement des quantités disponibles à un moment donné, sans tenir compte des prélèvements nécessaires, et de l’eau qui retourne au milieu.

À LIRE AUSSIRéchauffement climatique : « Les boomers ne pouvaient pas savoir ! » En prenant en compte toutes ces problématiques, l’Académie des technologies émet donc onze recommandations, en insistant particulièrement sur le lien entre le national et le local : c’est à l’État de mettre en place « une stratégie nationale à cinq, quinze et trente ans », qui doit contenir des solutions dont les objectifs soient systématiquement expliqués pour les faire accepter par les populations.

Les impacts sanitaire et écologique des solutions envisagées doivent également être pris en compte, avec davantage de moyens donnés aux instances chargées du contrôle sanitaire de l’eau. Enfin, les académiciens appellent à employer un langage objectif sur les technologies, avec leurs avantages et leurs inconvénients, à définir clairement les cas où elles peuvent être utiles ou pas, et surtout à refuser les solutions simplistes.

dmp

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