Deux ans après, l’assassinat du président Jovenel Moïse reste impuni en Haïti

C’est une évidence. L’instruction progresse vite aux États-Unis, où la justice a déjà organisé un procès : celui de Rodolphe Jaar. Cet ancien homme d’affaires et informateur de l’agence américaine chargée de lutter contre le trafic de drogue a avoué avoir fourni de l’argent et des armes au commando composé essentiellement de Colombiens. Il a été condamné le mois dernier à la réclusion criminelle à perpétuité par la Cour fédérale de Floride pour avoir aidé les mercenaires à obtenir des armes pour assassiner le président haïtien. Dix autres suspects sont incarcérés aux États-Unis dans l’attente de leur procès, attendu pour l’année prochaine. Parmi ces suspects, deux responsables de la société de sécurité suspectés d’avoir recruté les mercenaires colombiens. Ils avaient été arrêtés en début d’année en Floride, chez eux. Car le complot est bel et bien « made in Miami » pour paraphraser la remarquable enquête réalisée par le journalThe Miami Herald en décembre dernier. Comme les autres, ces suspects sont accusés de « complot en vue de fournir un soutien matériel entraînant la mort » et de « complot en vue de tuer ou de kidnapper une personne en dehors des États-Unis ».

L’enquête d’une « lenteur inacceptable »

Du côté de l’instruction en Haïti, toujours pas de procès en vue en revanche. En Haïti, l’enquête est d’une « lenteur inacceptable ». Ces termes sont ceux du défenseur des droits, Renan Hédouville, pour qui cette lenteur fait le lit de l’impunité que l’on observe aujourd’hui en Haïti. Une quarantaine de suspects sont incarcérés dans les prisons haïtiennes. La plupart sont les fameux mercenaires colombiens accusés du meurtre de l’ancien président. Plusieurs suspects sont encore en fuite. D’autres témoins ne veulent pas se manifester, à l’image de la veuve de Jovenel Moïse. Elle-même blessée pendant l’opération commando, elle a déposé plainte en Floride contre les personnes accusées en demandant des dommages et intérêts non spécifiés et un procès devant un jury. Elle ne croit pas que la justice puisse faire son travail sereinement en Haïti. Hélas, les faits lui donnent en partie raison. Le vide institutionnel et l’insécurité pèsent de tout leur poids sur l’instruction. Voilà pourquoi les voix qui demandent soit la création d’une chambre spéciale, soit celle d’un tribunal spécial afin que la justice passe, sont nombreuses. C’est le cas du Centre haïtien d’analyse et de recherche en droits humains (CARDH). Son directeur exécutif, Gédéon Jean, a appelé à nouveau à l’aide internationale.

Un tribunal spécial

« Le tribunal spécial aura la compétence nationale et pourra agir au-delà des frontières nationales sur la base d’une coopération judiciaire établie et fondée sur la Convention des Nations unies, soutient Gédéon Jean. Les problèmes de procédure, les problèmes de compétences et de moyens seront résolus. Ce tribunal sera à l’abri des influences d’argent, des influences politiques et autres. Ce tribunal ou cette chambre créera les conditions appropriées pour réaliser le procès autour de l’assassinat du président Jovenel Moïse », conclut le directeur du CARDH.

La valse des juges d’instruction

Gédéon Jean s’appuie sur la valse des juges d’instruction dans cette affaire. Le juge Walter Wesser Voltaire est le cinquième magistrat instructeur à avoir été désigné dans cette affaire. Tous ses prédécesseurs se sont retirés. Ces derniers jours, il a certes multiplié les auditions de témoins, au point que le premier ministre haïtien Ariel Henry a salué des avancées. Mais en réalité, les délais d’instruction sont bel et bien dépassés, sans la moindre perspective d’un jugement sur le sol haïtien.

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