Musée haïtien du Tambour : hommage à Azor !


Dans la perspective de rendre hommage au tambour en tant que l’un des plus importants instruments sacré, très présent,  dans l’histoire et l’évolution du peuple haïtien dans toutes ses dimensions, les plus hautes autorités haïtiennes ont finalement trouvé utile et  important d’investir dans la création du premier musée haïtien du Tambour.

Disons «Ayibobo » pour le prochain ministre de la Culture qui va s’impliquer dans la concrétisation de ce projet, qui permettra au public haïtien et au monde entier de découvrir les plus grands et les plus célèbres tambourineurs haïtiens.

Dans la liste des expositions qui seront présentées au monde entier dans les somptueuses salles et les couloirs de ce temple dédié au plus sacré de nos instruments, c’est autour de la mémoire de Léonor Fortuné, dit « Azor », que de nombreuses activités seront organisées pour célébrer la vie, les œuvres, l’héritage et le passage de ce génie qui est parti pour l’éternité le 16 juillet 2011.

Difficile de parler de Léonor Fortuné  dit  « Azor »,  sans faire référence aux tambours, comme principal instrument dompté, dominé, pratiqué et sacralisé par ce chanteur et tambourineur haïtien de renommée internationale.

De la liste des albums, en passant par l’ensemble des compositions, des musiciens du groupe, des instruments utilisés, des articles de presse publiés sur le parcours et les performances d’Azor, en dehors de la liste des pays visités et des spectacles organisés un peu partout dans le monde, notamment au Japon, avec le soutien de l’ancien ambassadeur Marcel Duret, c’est toute la vie et l’œuvre de Léonor Fortuné qui seront  à l’honneur au musée haïtien du Tambour.

Dans le parcours d’Azor, on retient qu’il a collaboré avec plusieurs autres groupes de tendances compas et d’autres formes de musiques folkloriques, jusqu’à sa participation au groupe « Racine Kanga », fondé par Jacques Fortéré di « Wawa ».

Des années se sont suivies depuis que Léonor Fortuné avait choisi de créer son groupe sous les couleurs de « Racine Mapou ». Ces compositions sont encore d’actualité dans de nombreuses cérémonies Vodou et dans des manifestations où se confondent  et se croisent différentes générations et tendances religieuses.

Derrière cette exposition dédiée à ce génie de la musique racine et des traditions ancestrales, on retient plusieurs autres activités qui seront consacrées en permanence aux tambours en Haïti.

 Définir la véritable place du tambour dans l’histoire d’Haïti, dans la vie du peuple haïtien et dans la transmission des traditions ancestrales, à travers les multiples dimensions anthropologiques, artistiques, émotionnelles, militaires, mystiques, religieuses, scientifiques, psychologiques, politiques, culturels, touristiques, etc., tels sont les différents aspects qui seront présentés aux publics, qui vont visités le musée haïtien du Tambour.

De la contribution de nombreuses institutions culturelles et universitaires locales et internationales, notamment de la faculté d’Ethnologie de l’Université d’État d’Haïti, du Bureau national d’Ethnologie, de l’un de ses plus dynamiques directeurs généraux, l’artiste et hougan Erol Josué, et de plusieurs autres contributions des artistes, des chercheurs, des producteurs et des  professeurs de tambours, etc., la création de ce musée deviendra une réalité, avec le soutien effectif du ministère de la Culture et de la Communication.  

Des troncs d’arbres comme (l’acajou, le campêche, l’arbre véritable, le manguier, etc.) devenus instruments de musiques traditionnelles, des chansons folkloriques, et des cérémonies Vodou trouveront désormais un endroit digne, honorable et valorisant pour à la fois se reposer et valoriser en permanence l’âme de tout un peuple.

Dans un article publié dans les colonnes du Nouvelliste, qui porte la signature de Martine Fidele, cette dernière précise que : « Une fois l’arbre choisi, une cérémonie lui est dédiée afin d’avoir son approbation, ce qui requiert dans son périmètre la présence de sept arbustes. À ce moment, le « mèt tanbou » amène le jeune « tanbouye » (qui fabrique et joue) pour qu’il approuve l’arbre à son tour et désigne sous quelle phase lunaire la coupe devra être pratiquée. ».

« Dépendamment du département, le « tanbouye » peut tout aussi bien passer une nuit sous l’arbre. Histoire d’entrer en communion avec celui qui, après l’abattage, deviendra son compagnon. Qu’il s’agisse du tambour pétro, congo ou rada, des peaux de bœufs et de chèvres sont indispensables. Selon le chanteur, tout ce cheminement relève d’un savoir ancestral, bien que pas tout à fait cartésien. », poursuivait l’auteur de l’article « Tambours d’Haïti, tambours sacrés », publié en novembre 2013,  qui concluait  son reportage en ces termes : « Tous les tambours sont sacrés. Qu’ils soient à l’église ou au péristyle. Tels des êtres, ils ont un moment pour demeurer dans leur espace sacré, un temps pour être suspendu et un temps pour se reposer. Rarement, ils restent par terre. C’est la voix de l’âme. Plus forte que jamais.»

Divinité et diversité des notes et des couleurs, entre les rites et les rythmes, le tambour est très présent dans la vie du peuple haïtien. Il suffit de revisiter les archives des éditions antérieures du carnaval national en Haïti, lors des prestations des groupes « Racine Kanga » ou de la bande d’Azor, « Racine Mapou », pour voir les émotions et les expressions des milliers des carnavaliers qui chantaient et dansaient, dont certains tombaient même en transe. 

Diversités des tambours, entre la nature de ces matériaux et des accessoires utilisés pour confectionner ces instruments, en passant par la typologie des tambours utilisés depuis la période des Amérindiens, en passant par les descendants africains devenus esclaves, jusqu’aux générations actuelles, c’est toute l’histoire et l’évolution des tambours en Haïti qui seront présentées dans les salles d’exposition du premier musée haïtien des Tambours.

Du tambour « Assotor », en passant par les autres « manman tanbou », etc., tous les tambours et toutes les couleurs des lwa du Vodou seront à l’honneur dans le musée, entre les partitions, les publications, les documentations qui mettront en valeur les voix et les contributions des meilleurs spécialistes et expertises du secteur. 

Durant la guerre de l’indépendance, on ne saurait oublier la contribution des Tambours dans la mobilisation et la communication codée entre les esclaves marrons révoltés, qui selon la petite histoire, ces derniers utilisaient, sous la direction de Dominique Toussaint Louverture, des tambours « Assotor » pour l’envoi de messages codés entre les monts et les vallées de la colonie de Saint-Domingue au moment de l’assaut des troupes expéditionnaires françaises.

Des tambours ayant appartenus à de célèbres musiciens haïtiens comme à des anonymes très talentueux, et pourquoi pas les anciens tambours de  Léonor Fortuné dit « Azor », seront exposés avec leurs fiches techniques et leurs parcours sur le plan national et international, lors des prestations, des performances et des répétitions de l’un des plus célèbres tambourineurs haïtiens.

Diaboliques pour certains, dont des religions importées et thérapeutiques pour d’autres, les tambours sont parmi les meilleurs instruments utilisés pour interpeller les esprits ancestraux dans les traditions Vodou du peuple haïtien.

De la confection en passant par l’utilisation du tambour, il y a toute une âme qui prend forme dans cet instrument. Le tambour est présent et vivant, vibrant et intelligent, dans toute sa complicité avec les racines ancestrales du peuple haïtien. D’où l’importance de ce musée national du tambour.

 

Dominique Domerçant 

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