« La France est le plus grand facteur d’inquiétude » pour l’avenir de l’Europe, selon un eurodéputé allemand – EURACTIV.fr

Les partis pro-européens sortiront nettement affaiblis des prochaines élections, craint l’eurodéputé de l’Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU/PPE), Markus Ferber, dans un entretien accordé à EURACTIV Allemagne. La France l’inquiète tout particulièrement, estimant que le président Emmanuel Macron a causé beaucoup de dégâts.

Markus Ferber, député CSU (PPE) au Parlement européen depuis près de 30 ans, craint que l’idée de progrès européen au Parlement ne soit de plus en plus supplantée par les intérêts nationaux après les élections.

« Au vu des prévisions actuelles, cette tendance [vers la défense des intérêts nationaux] devrait encore s’accentuer après les élections, car les populistes et les nationalistes se renforcent de plus en plus, tant à droite qu’à gauche ».

Selon les sondages, les partis conservateurs de droite pourraient gagner des sièges avec la prochaine législature. Aussi, le centre et la gauche du prochain Parlement ne pourront probablement plus avoir de majorité à eux seuls – comme cela s’est produit dans le cas de la loi sur la restauration de la nature -, explique M. Ferber. « Cela signifie que le Parlement devra lui aussi se réorienter sur la manière de former une majorité. »

Toutefois, M. Ferber n’est pas seulement préoccupé par la future répartition des sièges au Parlement européen, mais aussi par les évolutions dans les États membres — notamment en France.

Les élections présidentielles ne sont prévues que dans quatre ans en France (2027), mais ce n’est pas une raison pour se relâcher, car « Emmanuel Macron a détruit beaucoup de choses, mais ce qu’il a créé n’est pas non plus si stable », observe M. Ferber.

Selon les sondages actuels, le parti d’Emmanuel Macron, Renaissance (Renew), devrait baisser et le Rassemblement national de Marine Le Pen engendrer encore davantage de voix, en renforçant sa position de première force politique du pays. Comme la France n’autorise pas plus de deux mandats présidentiels, M. Macron ne pourra pas se représenter aux prochaines élections.

« Nous regardons tous nerveusement la France. Pour être très clair, la France post-Macron est encore dans un brouillard épais, mais il faut s’inquiéter de ce qui pourrait sortir de ce brouillard », note M. Ferber.

« Si à la fin [des élections présidentielles], il y a vraiment un second tour entre l’extrême droite et l’extrême gauche, qui se sont toutes deux montrées très critiques envers l’UE lors de la dernière campagne présidentielle, alors on peut s’inquiéter. »

La Hongrie, enfant terrible

La Hongrie continue elle aussi à être considérée comme un cas problématique. Ainsi, des violations accrues du droit européen rendraient le pays inapte à assumer la présidence tournante de l’Union en 2024, ont averti des eurodéputés dans une résolution début juin.

Markus Ferber explique qu’en Hongrie, ce n’est pas la force de Viktor Orban qui est déterminante, mais « plutôt une faiblesse de l’opposition ».

Cela a également des répercussions sur le travail du Parlement européen, puisque l’opposition hongroise se sert de la plateforme européenne pour promouvoir sa politique nationale. Là encore, M. Ferber reste ferme dans son interprétation du travail parlementaire : « Le Parlement européen ne peut pas être le lieu de substitution pour l’opposition de Budapest ».

L’exemple de l’Italie montre toutefois que les partis de droite peuvent également se comporter de manière constructive. Alors que l’on craignait pour l’Italie un blocage similaire à celui de la Hongrie, l’alliance de droite de la Première ministre Giorgia Meloni s’est révélée plus constructive que certains ne l’auraient cru.

Ainsi, Mme Meloni a même tenté une médiation entre l’UE et la Hongrie concernant l’accord européen sur la migration.

Les craintes d’une attitude anti-européenne ne se sont pas confirmées dans une telle mesure en Italie, d’après l’eurodéputé. « En Italie, avec un gouvernement dirigé par Giorgia Meloni, avec un parti [Fratelli d’Italia, CRE] qui, dans sa genèse, s’est également exprimé de manière très critique à l’égard de l’Europe, il n’y a jusqu’à présent rien à redire », estime M. Ferber en référence au travail effectué au sein du Conseil européen.

Néanmoins, parmi les élections à venir, la France est et reste « le plus grand facteur d’inquiétude », affirme l’eurodéputé de la CSU.


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