A Shenzhen, un « village » des cultures chinoises entre présentation caricaturale et contrôle des minorités

Vitrine de la modernité chinoise depuis les années 1980, Shenzhen ne se contente pas d’abriter plusieurs géants de la tech – Tencent, DJI, Huawei… − devenus le cauchemar des Etats-Unis. Pour permettre aux habitants − 300 000 à la mort de Mao Zedong en 1976, plus de 17 millions aujourd’hui − de respirer et de s’évader quelques heures de l’usine du monde, les autorités locales ont imaginé trois grands parcs de loisirs placés en enfilade, dans le sud-ouest de la ville. Le premier est un « monde en miniature » (la tour Eiffel y côtoie le pont du Gard), le deuxième une Chine en miniature, et le troisième un « village des cultures folkloriques ».

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Dans cette mégapole ultra-connectée de la province du Guangdong, où les voitures sans chauffeur commencent à avoir droit de cité et où se croisent, sans se regarder, les yeux rivés sur leur téléphone portable dernier cri, des millions de Chinois venus de tout le pays, ceux-ci doivent débourser pas moins de 200 yuans (environ 25 euros) pour voir d’autres Chinois danser torse nu avec des plumes sur la tête, faire semblant de baratter du beurre de yack, malgré les 35 degrés à l’ombre, ou monter à cheval le long des anciennes routes de la soie.

Bienvenue au village folklorique : un parc d’attractions où des Ouïgours, Tibétains, Mongols, Lisu, Miao et autres membres des minorités, tous jeunes, beaux et souriants, vous accueillent en costume traditionnel et exécutent des chorégraphies inspirées de leurs coutumes ou de l’histoire ancienne de la Chine. Si l’architecture des bâtiments semble fidèle aux modèles d’origine, les tenues, toutes impeccables, semblent tout droit sorties de l’atelier de confection et les spectacles s’éloignent souvent de la réalité. Ainsi les Dai, qui, dans la province du Yunnan, s’aspergent d’eau à la nouvelle année pour faire disparaître les mauvais sorts des douze mois précédents, sont-ils, ici, priés de le faire chaque fin de semaine. Tourisme oblige.

Un employé du parc fait l’appel des danseurs avant un spectacle où ils personnifient l’ethnie hani, au parc des minorités, à Shenzhen, le 2 juin 2023.
Un spectacle de cascades racontant la lutte des armées de Gengis Khan contre des envahisseurs barbares, au « village » des cultures chinoises, à Shenzhen, le 2 juin 2023.

Est-ce si important ? Sans doute pas. D’ailleurs, sur les cinquante-cinq minorités ethniques officiellement reconnues par la Chine, seule une douzaine est représentée. Et le cavalier mongol du spectacle de 15 heures ressemble étrangement au Ouïgour qui nous a accueillis deux heures plus tôt dans le village du Xinjiang, ainsi qu’au percussionniste nu qui battra tambour en fin d’après-midi. « Nous sommes issus d’une minorité, mais nous nous produisons dans plusieurs spectacles », confie un employé du parc, entre deux représentations. Il n’y voit que des avantages. C’est comme cela qu’il a rencontré sa femme, issue d’une autre ethnie. « Sur six cents employés, une centaine sont issus d’ethnies minoritaires. Maintenant que leurs provinces d’origine se développent, c’est de plus en plus difficile de les retenir », regrette un manageur du parc. Par ailleurs, déplore-t-il, ces jeunes gens « connaissent de moins en moins leurs coutumes ». Malgré des salaires décents (environ 1 000 euros par mois, selon un employé), le parc aurait du mal à recruter.

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