Afalula, poste avancé de la France en Arabie saoudite

Le site historique d’Al-Ula, dans le nord-ouest de l’Arabie saoudite, est aujourd’hui l’épicentre de l’archéologie française au Moyen-Orient : 120 chercheurs et experts sont à pied d’œuvre sur le terrain. Les fouilles d’une ampleur exceptionnelle sont conduites sous l’égide de l’Agence française pour le développement d’Al-Ula (Afalula).

Cet organisme financé par l’Arabie saoudite vise à mettre en valeur ce site hors norme par sa taille. Sa superficie est équivalente à celle de la Belgique- sur tous les plans et pas seulement archéologique : touristique, transport, gestion de l’eau et des déchets, musées, filière agricole (dattes, citrons, etc.). En fait, c’est tout un schéma directeur multisectoriel qui est sur la table.

Une étape importante sur la route des caravanes

« C’est l’occasion de mobiliser le meilleur de l’expertise française », se réjouit Gérard Mestrallet, président exécutif d’Afalula, qui vient de quitter son poste début juillet au terme d’un mandat de cinq ans (Jean-Louis Le Drian a officiellement pris sa suite depuis jeudi, nommé par Emmanuel Macron). La zone fourmille de trésors en tous genres qui révèlent les traces de grandes civilisations, à commencer par celle des Nabatéens qui ont laissé des tombeaux et des temples splendides, rappelant ceux de Pétra, la grande-sœur jordanienne. Depuis la nuit des temps, Al-Ula est une étape importante sur la route des caravanes qui transportaient l’encens et la myrrhe depuis l’Arabie heureuse (le Yémen d’aujourd’hui) vers les côtes méditerranéennes. C’était aussi un point de passage pour les pèlerins en route vers les lieux saints de La Mecque et de Médine.

Tache verte au milieu des sables, al-Ula est aujourd’hui la plus grande oasis du royaume avec 1 million de palmiers. Le prince héritier, Mohammed Ben Salman, dit ‘MBS’, a décidé d’en faire le symbole de la nouvelle Arabie qu’il a entend bâtir à coups de milliards de dollars. L’homme fort du royaume veut placer Al-Ula sur la carte des grands sites historiques mondiaux. Il l’a aussi propulsé dans une dimension diplomatique : c’est à Al-Ula qu’a été acté la réconciliation entre le Qatar et ses voisins du Golfe.

« Alors que les mégas projets comme NEOM sont gérés par le fond souverain saoudien, avec une vocation essentiellement économique et technologique, explique Gérard Mestrallet, le développement d’Al-Ula revêt une autre dimension, presque sacrée et identitaire pour l’Arabie saoudite. »

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– Afalula

Créer un récit national

Jusqu’en 2019, le royaume ne délivrait pas de visas touristiques. Les visiteurs étrangers étaient essentiellement des fidèles musulmans venant accomplir leurs obligations religieuses, et les expatriés travaillant sur place. L’histoire officielle saoudienne commençait à la naissance du prophète Mahomet au VIe siècle. Aujourd’hui, MBS veut reconnecter son peuple avec la période préislamique qui était jusque-là occultée. Al-Ula doit être le symbole de cette histoire millénaire pour créer un récit national qui n’est pas simplement religieux.

Afalula est née d’un accord intergouvernemental entre Paris et Riyad signé le 10 avril 2018. Pour la France, c’est une aubaine. L’influence française dans le royaume a longtemps été liée aux grands contrats civils et militaires, mais elle était plutôt en déclin. Pour la première fois, la relation bilatérale entre les deux pays se structure autour de la culture et du patrimoine et prend une autre dimension.

« Depuis la création de l’agence, nous avons constitué un commando d’une cinquantaine de personnes pour co-construire le projet avec les Saoudiens, avec l’idée de regrouper les compétences et les expertises », explique Gérard Mestrallet. Pour les entreprises et les institutions françaises, « c’est un moyen de rayonnement et de prestige« , poursuit-il, en précisant que 250 contrats ont été signés depuis cinq ans avec des sociétés françaises.

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– Afalula

Plusieurs musées et une résidence d’artistes, la Villa Hégra

Le plan directeur d’Afalula prévoit la construction de plusieurs musées, dont certains consacrés à la civilisation arabe, au cheval, au cosmos, ou encore à l’art contemporain avec un partenariat conclu avec le Centre Pompidou. Il y a aussi la très emblématique Villa Hégra, résidence d’artistes, conçue comme une « Villa Médicis du désert ».

« Afalula est un instrument d’influence pour la France au service d’une Arabie saoudite qui se veut une porte ouverte sur le monde, souligne Gérard Mestrallet. À chaque rencontre officielle entre Français et Saoudiens, le projet d’Al-Ula est toujours cité en exemple. »

Dans cette nouvelle Arabie en cours de construction, la concurrence internationale est extrêmement vive. Les sociétés américaines, notamment de consulting et de construction, sont extrêmement agressives, sans parler des pays européens ou asiatiques comme la Chine devenue aujourd’hui le premier partenaire commerciale du royaume.

Le projet d’Al-Ula doit être achevé d’ici 2035. L’objectif est de recevoir au moins un million de visiteurs par an. D’ici là, hôtels et musées auront été construits, faisant de l’Arabie saoudite une nouvelle destination touristique.

Carbone 14, le magazine de l’archéologie

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