Visiblement agacé, Justin Trudeau a opéré un changement de ton lundi et fustigé le gouvernement d’Haïti, qu’il accuse de ne pas prendre la crise politique et sécuritaire «au sérieux» malgré «trois décennies» d’appui financier et institutionnel du Canada.
Le premier ministre réagissait à l’appui récent des Nations Unies en faveur d’une force d’intervention dirigée non pas par le Canada, qui préférait la formation de policiers et l’envoi d’aide humanitaire, mais par le Kenya, pays d’Afrique de l’Est.
«Ça fait trois décennies qu’on est là en Haïti à différents moments pour aider à contrer la violence, l’instabilité politique, une situation humanitaire épouvantable, et on se retrouve quand même, maintenant, dans une situation qui est parmi les pires qu’on n’ait jamais vu malgré trente ans d’appuis et d’investissements», a lâché M. Trudeau en marge d’un point de presse à Hamilton, en banlieue de Toronto.
Puis, le premier ministre a poursuivi en lançant ouvertement des flèches à la classe politique haïtienne, marquant un changement par rapport au ton plus conciliant entretenu jusqu’ici.
«On est là pour mettre de la pression sur la classe politique en Haïti, qui n’est pas en train de prendre au sérieux la responsabilité qu’ils ont de faire des compromis et rétablir la sécurité», a-t-il lancé.
De son côté, le gouvernement haïtien a «salué» l’initiative du Kenya et dit «apprécier à sa juste valeur cette manifestation de la solidarité africaine». Le plan du Kenya de diriger une force multinationale avec, pour commencer, 1000 policiers kenyans sur place nécessitent toutefois le feu vert du Conseil de sécurité des Nations Unies.
«Je suis très très content de voir que beaucoup de pays veulent s’impliquer pour aider et on va être là pour continuer le travail à l’ONU», a souligné Justin Trudeau, qui s’est entretenu avec le secrétaire général Antonio Guterres à New York la semaine dernière.
L’idée que le Canada mène une force d’intervention militaire à Haïti remonte au moins vers la fin de l’année dernière, lorsque la situation sécuritaire s’est mise à déraper.
M. Trudeau avait rencontré en personne le président haïtien Ariel Henry lors du sommet CARICOM, en février, au terme duquel il avait annoncé une enveloppe de plusieurs millions de dollars.
Même poussé par les États-Unis, le Canada s’est refusé à envoyer une force militaire, préférant envoyer une nouvelle enveloppe de 100 millions $, des policiers pour la formation et un bateau de surveillance au large de la capitale Port-au-Prince.
Le journaliste du «Ottawa Citizen» spécialisé en Défense, David Pugliese, a rapporté dans les derniers jours qu’il existait un désaccord entre d’un côté, le premier ministre et son entourage, et de l’autre, l’ancienne ministre de la Défense Anita Anand et le grand patron des Forces armées canadiennes, Wayne Eyre, et que c’est ce désaccord qui aurait en partie coûté à la ministre Anand son poste à la Défense.
Les premiers auraient été plutôt en accord en faveur d’une intervention, alors que les FAC et la Défense auraient plaidé contre, disant ne pas avoir les ressources nécessaires pour envoyer des soldats en Haïti.
«Le Canada va continuer de faire partie de la solution à côté des Haïtiens qui doivent être au cœur de toute solution qu’on met de l’avant», a assuré le premier ministre.
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