Reportage Afrique – Cameroun: Gomboya Talaf, seule femme éleveuse de gros bétails dans le Logone-et-Chari

De notre envoyé spécial au village de Doukmo,

La voix frêle de Gomboya Talaf rythme le déplacement de ses bêtes. Son voile la protège du soleil ardent, dans sa main, un bâton pour orienter son bétail. À 75 ans, elle est à la tête d’un cheptel de plus de 70 bovins. Ici à Doukmo dans le Logone-et-Chari, elle est un exemple pour les femmes. « C’est une femme et elle est capable d’élever des bœufs, c’est pour cela que les femmes la regardent avec étonnement ».

Cet après-midi, Gomboya Talaf vient faire boire ses bêtes, dans cet abreuvoir nouvellement construit par le Comité international de la Croix-Rouge  à moins de deux kilomètres de sa case familiale. Un point d’eau qui change tout, pour elle. Il y a quelques semaines encore, la septuagénaire et ses collègues éleveurs avaient parcouru des dizaines de kilomètres sur cette terre aride à la recherche de points d’eaux.

« Quand il n’y avait pas d’eau, nos bêtes étaient tout le temps malades, nous allions chercher l’eau loin d’ici et il arrivait que nos bœufs meurent de soif sur la route. Aujourd’hui nos bêtes se portent mieux, nous sommes à l’abri des problèmes d’eau ».

« Grâce à cette eau, il n’y a plus de problème »

Après plus de 50 ans de pratique, cette mère de 11 enfants a été témoin de conflits sur les rives du Logone où la rareté de l’eau a créé des tensions dans plusieurs villages entre des éleveurs prêts à tout pour étancher la soif de leurs troupeaux et des agriculteurs jaloux de leurs plantes.

« Nous allions vers le fleuve pour faire boire nos bêtes et il arrivait qu’au passage elles piétinent ou mangent les cultures des agriculteurs, ce qui a engendré de nombreux conflits. Maintenant avec l’eau, nous n’avons plus à traverser les champs avec nos bœufs. Grâce à cette eau, il n’y a plus de problème. »

Des abreuvoirs comme celui-ci sont de plus en plus construits dans cette zone sahélienne du Cameroun. L’idée étant de réduire les déplacements des éleveurs vers les cours d’eau. « On a donc décidé de faire un forage pastoral qui réduirait de façon considérable les tensions entre éleveurs et agriculteurs. Ils ont donc mis en place un système de collecte de fonds, et ces fonds collectés, c’est pour l’entretien des ouvrages », explique Jean-Marie Noutong, ingénieur en service au Comité international de la Croix-Rouge.

Pour Gomboya Talaf, c’est le prix du repos pour la femme éleveuse qui n’a plus toute la force nécessaire pour faire des longues distances, avec le risque d’affronter des agriculteurs. L’un des conflits les plus meurtriers liés à l’accès à l’eau a opposé les Arabes choas aux Musgums dans le Logono Birni, faisant plusieurs morts et des centaines de blessés graves. Au moins six villages ont été incendiés.

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