Un avion a décollé de Niamey, la capitale du Niger, mardi 1er août à 20 h 20 avec, à son bord, de premiers ressortissants français évacués, six jours après le coup d’Etat contre le président, Mohamed Bazoum. L’avion, un Airbus A330 avec « 262 personnes à bord dont une douzaine de bébés », se posera « en début de nuit » à l’aéroport de Paris – Charles-de-Gaulle, a annoncé en début de soirée la cheffe de la diplomatie française, Catherine Colonna, à l’Agence France-Presse (AFP).
« La quasi-totalité des passagers » sont des Français, a-t-elle ajouté. Un autre contingent comptant « davantage d’Européens » était en train d’embarquer dans un deuxième avion, selon la ministre des affaires étrangères. « Six cents Français ont exprimé clairement leur intention de partir et un peu moins de quatre cents Européens », a-t-elle précisé. Un troisième vol d’évacuation est programmé. « On a indiqué que nous souhaitions que l’opération d’évacuation se tienne dans les vingt-quatre heures si possible, de la mi-journée aujourd’hui à la mi-journée demain », a enfin souligné la ministre.
Selon l’Agence France-Presse, les ressortissants français sont arrivés à l’aéroport de Niamey dans des véhicules privés, avec des petits sacs, comme demandé par le consulat, qui les a informés, mardi à l’aube, de l’organisation d’une évacuation basée sur le volontariat « compte tenu de la situation à Niamey, des violences qui ont eu lieu contre notre ambassade avant-hier et de la fermeture de l’espace aérien qui laisse nos compatriotes sans possibilité de quitter le pays par leurs propres moyens », tel que le signalait plus tôt un communiqué du Quai d’Orsay.
Un message envoyé plus tôt dans la journée aux Français du Niger affirmait que « cette opération d’évacuation (…) a[vait] fait l’objet d’une coordination avec les forces nigériennes ». La police nigérienne était, en effet, présente dans l’après-midi à l’aéroport aux côtés d’une vingtaine de soldats français en tenue civile ou militaire, qui précisaient que l’embarquement se ferait comme « dans un aéroport classique ».
Au total, quelque 1 200 Français sont enregistrés sur les listes consulaires au Niger, selon Paris. Plusieurs d’entre eux ont déclaré à l’AFP qu’ils ne souhaitaient pas quitter le pays pour le moment. D’autres, en mission ponctuelle, étaient déjà en train de faire leurs valises. Beaucoup de ressortissants résidents permanents se trouvent en dehors du territoire, notamment ceux avec enfants, en cette période de vacances scolaires. Quant aux militaires français postés au Niger, leur évacuation « n’est pas à l’ordre du jour », a fait savoir mardi l’état-major des armées.
« Il ne faut pas tomber dans le panneau »
Le ministère des affaires étrangères allemand avait recommandé dans la journée à tous ses ressortissants à Niamey – moins de cent personnes, qui ne travaillent ni pour l’ambassade ni pour l’armée – d’accepter l’offre d’évacuation proposée par la France. L’Italie a elle aussi annoncé se tenir prête à évacuer, par un avion spécialement affrété, ses ressortissants de Niamey, soit quelque 90 personnes sur un total d’un peu moins de 500 Italiens vivant au Niger, dont la plupart sont des militaires.
Les Etats-Unis, dont un millier de soldats se trouvent dans le pays au titre de la lutte antidjihadiste, n’ont pas pris, pour l’instant, la décision d’évacuer leurs ressortissants, a fait savoir mardi la Maison Blanche. « Nous n’avons aucune indication de menaces directes visant des citoyens américains ou nos installations », a déclaré à la presse le porte-parole du Conseil national de sécurité, John Kirby.
Lundi, les militaires qui ont pris le pouvoir au Niger et renversé le président élu Mohamed Bazoum ont accusé la France de vouloir « intervenir militairement », ce que Paris a démenti. « C’est faux », a déclaré la cheffe de la diplomatie française, Catherine Colonna, sur BFM-TV. « Il faut démonter les intox et ne pas tomber dans le panneau », a-t-elle également dit à propos des slogans antifrançais qui ont fleuri lors d’une manifestation devant l’ambassade de France à Niamey dimanche.
A cette occasion, des milliers de personnes ont voulu entrer dans l’ambassade, avant d’être dispersés par des tirs de grenades lacrymogènes. Les putschistes nigériens ont précisé que ces tirs avaient fait « six blessés, pris en charge par les hôpitaux » de la capitale. Emmanuel Macron avait menacé dimanche de répliquer « de manière immédiate et intraitable » à toute attaque contre les ressortissants français et les intérêts de la France au Niger. Mardi, les rues étaient désertes à Niamey, en raison d’une pluie battante, ont constaté des journalistes de l’AFP.
« Pas de risque » pour l’approvisionnement en uranium
Lundi soir, Ouagadougou et Bamako ont affirmé que toute intervention militaire pour rétablir Mohamed Bazoum serait considérée « comme une déclaration de guerre » à leurs deux pays et « entraînerait un retrait du Burkina Faso et du Mali de la Cedeao [Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest], ainsi que l’adoption de mesures de légitime défense en soutien aux forces armées et au peuple du Niger ».
Les voisins ouest-africains du Niger avaient menacé dimanche d’utiliser « la force » si le président Bazoum n’était pas rétabli dans ses fonctions d’ici sept jours, une décision soutenue par les partenaires occidentaux de Niamey, dont la France, ex-puissance coloniale dans la région du Sahel minée par les violences djihadistes.
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Le Niger est l’un des pays les plus pauvres du monde, en dépit de ses ressources en uranium. La Commission européenne a estimé mardi qu’il n’y avait « pas de risque » pour l’approvisionnement en uranium de l’UE après le putsch dans ce pays représentant un quart des approvisionnements des Européens, en raison des stocks déjà constitués.
Miné par les attaques de groupes liés à l’organisation Etat islamique et à Al-Qaida, le Niger est le troisième pays de la région à subir un coup d’Etat depuis 2020, après le Mali et le Burkina Faso.
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