Malgré la pluie sur une partie de la France, la sécheresse persiste

Contre-intuitif. Les pluies sur la moitié nord de la France ces derniers jours pourraient faire croire que la sécheresse est derrière nous. Dans la réalité, il n’en est rien comme l’a rappelé sur France Inter ce mercredi matin le ministre de la Transition écologique Christophe Béchu : « Ce n’est pas parce qu’il pleut qu’on n’a pas de problèmes de sécheresse . Et de la même manière, ce n’est pas parce que les températures sont plus basses que les normales pendant quelques jours qu’il n’y a pas de dérèglement climatique . »

Selon l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), une sécheresse est « un déficit anormal, sur une période prolongée, d’une (au moins) des composantes du cycle hydrologique terrestre » (déficit de précipitations, faible humidité des sols, faible débit des cours d’eau et des nappes souterraines).

Ainsi, le pays est dans cette situation avec 119 communes françaises actuellement privées d’eau potable et 78 départements sur 96 sont soumis à des restrictions d’eau, selon le ministère de la Transition écologique. Au total, environ 30.000 personnes sont touchées par ces privations. Le service géologique national (BRMG) note, lui, que 62 % des nappes souterraines étaient à des niveaux inférieurs à la normale, dont 20 % sont « très basses ».

A la même période l’année dernière la situation était un peu meilleure : 75 % des nappes phréatiques étaient sous les normales mensuelles et 700 communes françaises avaient été privées d’eau potable sur l’ensemble de l’été 2022. Interrogé par le média en ligne spécialisé « Reporterre », Eric Sauquet, hydrologue à l’Inrae, juge que la sécheresse de cet été est comparable à celles de 2019 ou 2020.

Les nappes souterraines restent en souffrance

Si ces dernières semaines, la pluie a été plus importante sur la moitié nord de la France – par exemple 150 mm de précipitations contre 62 mm en moyenne à Abbeville, 107 mm contre 59 mm à Paris et 89 mm contre 44 mm à Rennes – le chercheur explique dans les colonnes de « Reporterre » pourquoi la situation reste préoccupante : « Quand il pleut, cela augmente temporairement le niveau des rivières mais c’est un apport d’eau éphémère. Les débits estivaux sont surtout alimentés par les eaux souterraines. Or, un grand nombre des nappes n’a pas été rechargé cet hiver à cause de la sécheresse hivernale. Elles alimentent donc plus modestement les cours d’eau que d’habitude. »

Un autre principe naturel explique la persistance de ce stress hydrique : la recharge des nappes souterraines se fait surtout pendant l’hiver, jusqu’à l’arrivée du printemps en avril. A cette période, en raison d’une végétation faible, la pluie n’est pas captée par les racines des arbres et des plantes, et donc s’infiltre en profondeur dans les sols. Par ailleurs, les fortes précipitations observées ces derniers jours s’évacuent beaucoup via le phénomène de ruissellement, sans entrer en profondeur dans les sols.

Le sud de la France pas logé à la même enseigne

Autre point important à rappeler : au mois de juillet, la pluie n’est pas tombée en abondance dans toute la France. Selon Météo France , la moitié sud du pays est en contraste total avec celle du Nord. En Corse par exemple, il n’a quasiment pas plu au mois de juillet et la région a connu sa seconde plus longue vague de chaleur depuis 1947, selon l’agence de météo. Dans son bilan global du mois de juillet, celle-ci a relevé un déficit pluviométrique du sud de la France (sur la moyenne de 1991-2023), oscillant entre -20 % et -90 % (Nouvelle-Aquitaine, Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur).

Si les réserves d’eau souterraine restent dans un état préoccupant, les précipitations excédentaires du mois de juillet apportent quelques nouvelles positives pour les régions concernées. En effet, la végétation y est beaucoup moins stressée par le manque d’eau, ce qui améliore la santé des arbres notamment et les rendements agricoles. Les températures ambiantes dans ces localités sont aussi plus fraîches.

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