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Bien connu dans la région de Vire Normandie pour avoir cinq années durant, à Beaumesnil, entièrement reconstruit de ses mains le Petit Moulin, (ancien moulin à huile de colza datant de 1815), Pierre Gobichon l’est aussi pour avoir construit à quelques mètres de là un fournil. L’ancien boulanger devenu moniteur auto-école continue à bientôt 89 ans de fabriquer son pain.
» C’était important parce qu’après la reconstruction du moulin, entre 2003 et 2011, je trouvais qu’il fallait que je mette quelque chose à côté, pour l’équilibre architectural de l’ensemble «
« Ça me rendait malade »
L’idée du fournil était évidente pour cet ancien boulanger que sa santé avait trop tôt obligé à quitter le métier. « Au départ, ça n’était pas la voie que j’avais envisagée : j’aurais voulu être dessinateur industriel dans l’aéronautique. Mais j’étais l’aîné de 4 enfants et mes parents n’avaient pas les moyens de m’offrir de telles études. Je me suis retrouvé en apprentissage chez un boulanger. J’ai fait six ans comme apprenti puis il y a eu le service militaire au Maroc. Au retour, j’ai travaillé 3 ans comme boulanger à Brie-sur-Marne, près de Paris. 11 heures au pied du four, un seul jour de congé par semaine… J’ai dû arrêter, car ça me rendait malade, mais j’en ai gardé de bons souvenirs et le goût du travail bien fait, dans le respect de la tradition ».

Il a exercé plusieurs métiers
Pierre Gobichon exercera ensuite plusieurs métiers comme liftier à la Samaritaine, avant de devenir moniteur auto-école jusqu’à sa retraite.
Fort de son expérience avec le moulin, construire le fournil de près de 14 m2 « de A à Z » ne fut pas un challenge insurmontable. Débutée en 2011, cette création ne dura que quelques mois puisque Pierre inaugura l’endroit en décembre 2012.
» Il n’y a que pour les ardoises de la toiture qu’un copain est venu me prêter main-forte. J’ai fait tout le reste, de la dalle aux murs en passant par le four en briques réfractaires «

Le plaisir de faire
Aujourd’hui, Pierre Gobichon fait son pain de façon occasionnelle, pour les besoins familiaux. « C’est le plaisir de faire et surtout de faire à la mode d’autrefois, au levain, avec un pétrissage lent, des temps de pousse longs. Pas comme aujourd’hui où ils pétrissent très vite, ce qui fait entrer beaucoup trop d’air dans la pâte et fait un pain très blanc, une pâte dure contrairement à la pâte douce comme j’ai appris à la faire ; où ils mettent beaucoup de levure pour faire gonfler. Un pain qui n’a pas de saveur et ne se conserve pas ».

Je suis à 5 h au fournil pour préparer ma pâte.
Pour son seul plaisir, et celui de son épouse Huguette, Pierre perpétue la fabrication du pain à l’ancienne malgré les efforts que cela implique. « Il faut mettre le four à chauffer, au bois, 24 ou 48 h à l’avance pour que ça monte en température jusqu’à 240-280°. La veille au soir, je prépare mon levain ; le lendemain matin, je suis à 5 h au fournil pour préparer ma pâte. J’utilise un pétrin et un malaxeur racheté à Lesouef, le fabricant d‘andouilles de Vire. Après il y a environ 3 h de bassinage, la pâte se repose. Je viens régulièrement vérifier, car c’est elle qui dit quand il est temps de passer à l’étape suivante. Ensuite, je divise mes pâtons, nouveau temps de pousse, nouveaux aller-retour ; ensuite, je façonne mes pains, essentiellement des pains de 3 livres ; je les laisse à nouveau pousser. Puis il y aura la scarification ( créer les grignes à coups de lame de rasoir ) et l’enfournage pour 1 h de cuisson ».

« Pour le plaisir »
En parallèle de ces étapes, Pierre doit également s’occuper du four dont il surveille la température à l’aide d’un thermomètre laser, sa seule concession à la technologie moderne. Sortir les braises du four, nettoyer les briques, surveiller la température, ajuster, être attentif, sentir le bon moment…
Un travail éprouvant de portages, d’aller-retour, dans la chaleur du four que Pierre Gobichon, qui n’est pas homme à se caler dans un fauteuil à rien faire, continue de faire
» pour le plaisir de travailler de mes mains « ,
même s’il reconnaît aujourd’hui qu’il ne fabrique plus son pain aussi souvent qu’autrefois.
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