Mariage accompli de l’art et de la technologie

Cependant, le cœur de cet événement est un film, Territoires des Amériques, présenté sous dôme, une forme de diffusion qui séduit de plus en plus et prend de l’ampleur au niveau international. Pour ceux pour qui cette technique est inconnue, disons-le tout de go: l’expérience, parce que c’en est une, est fascinante.

Situons d’abord les choses physiquement. Une grande tente en forme de dôme est installée au milieu de la grande salle de l’Espace Pauline-Julien. Au sol, au centre de la tente, plusieurs coussins de type fauteuils Bean Bag invitent les spectateurs à se coucher confortablement pour mieux contempler la coupole du dôme qui sera écran. Des sièges conventionnels, tout aussi confortables, sont également disponibles pour ceux que la position horizontale rebute.

Le film est présenté grâce au travail d’une série de projecteurs qui orientent leur faisceau à la verticale sur la toile semi-sphérique. Le format permet au spectateur de plonger carrément dans le film par un effet d’immersion très efficace.

Exploration

Pour ce qui est du film lui-même, d’une durée de 45 minutes, il se veut une exploration de l’art de René Derouin qui en est lui-même le narrateur. Il évoque son parcours, l’évolution de sa création, ses influences, du sens de son travail et, forcément, le sens qu’il donne à l’existence.

Le film a un évident côté didactique qui ne s’impose pourtant pas. On apprend beaucoup, ce qui confère beaucoup d’intérêt au document, mais ça se fait avec doigté, de façon dynamique, douce. Notamment, parce que René Derouin s’avère un raconteur étonnant de simplicité et de clarté. Il parle de lui, de sa passion sur un ton inattendu. Très calmement; sereinement, même. Il présente son travail de création sans exaltation ni prétention mais avec une inattaquable conviction comme si la chose s’était imposée à lui et qu’il s’était plié à ses exigences sans la moindre résistance.

Il évoque certains événements troublants de sa vie qui l’ont conduit à devenir artiste. Comme si son œuvre avait essentiellement été le véhicule de profonds processus psychologiques mêlant la notion de deuil à un insatiable besoin d’expression.

Le film du réalisateur Patrick Bossé à qui on doit aussi le scénario est d’une maestria technique absolument renversante. L’extraordinaire animation graphique de Sindre Ulvik Péladeau ainsi que le montage de Myriam Magassouba nous rappellent habilement et de façon toujours pertinente les immenses possibilités techniques qui sont désormais disponibles aux créateurs.

Non seulement le film, par la sensibilité de son scénario, permet-il une rencontre humaine fascinante, mais il nous fait plonger dans les œuvres mêmes de l’artiste. Il nous fait ainsi littéralement voler à travers un espace peuplé d’éléments significatifs des œuvres de René Derouin pendant que l’artiste nous en explique l’origine et l’importance.

Sans l’apport de lunettes spéciales, on crée des effets en trois dimensions tout à fait convaincants qu’on utilise pour assurer l’immersion du spectateur. C’est d’ailleurs là un des plus intéressants attraits de cette technique du film en dôme : quand la 3D n’est pas que gadget mais un efficace processus narratif. Plonger littéralement dans une œuvre 2D peut offrir une perspective nouvelle et révélatrice. C’est l’impression qu’on en retire ici.

En plus d’une grande admiration pour l’artiste lui-même, si sincèrement dévoué.

Le film a remporté quelques prix dans des festivals internationaux consacrés aux films en dôme, une technique qui connaît apparemment un important développement.

Exposition

Une des belles réussites de cette première expérience du genre à Trois-Rivières, c’est qu’on a astucieusement combiné au film une exposition d’oeuvres de René Derouin présentées sur les murs de l’Espace Pauline-Julien. Il se trouve que la Collection de la Ville de Trois-Rivières en contient plusieurs et on en présente 13 dont une sculpture. Elles prennent toutes une signification nouvelle et éclairante une fois qu’on a vu Territoires des Amériques.

De plus, et ce n’est pas mineur, le documentaire témoigne de la création d’une œuvre en particulier qui semble dire où en est le parcours de René Derouin. On l’y voit y travailler. Or, cette œuvre est exposée dans la salle. Elle permet de mesurer l’effet de ces 45 minutes d’exploration du monde intérieur de l’artiste sur le regard qu’on peut ensuite poser sur ses réalisations.

Territoire des Amériques est vraiment un petit événement pour les amateurs d’art de la région et un apport fort judicieux à la Biennale internationale d’estampe contemporaine. C’est riche, fort bien ficelé, éducatif mais aussi divertissant.

Une des beautés de la chose est que c’est gratuit. Tout ce qu’on demande, c’est de réserver sa place sur le site parce que le nombre de spectateurs pouvant entrer sous le dôme à chaque représentation est limité. C’est présenté jusqu’au 3 septembre.

Pour l’été, l’Espace Pauline-Julien est ouvert du mardi au dimanche, de 12h à 17h.

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