Vers un boycott partiel ? L’IFLA, Fédération internationale des associations de bibliothécaires et d’institutions, annonce qu’elle maintient l’organisation de son congrès annuel (le WLIC) 2024 à Dubaï, aux Émirats arabes unis.
Un choix controversé dès son dévoilement, en juin dernier : plusieurs associations de bibliothécaires, dont l’Association des bibliothécaires de France, s’inquiètent du bilan du pays en matière de respect des droits humains. Par ailleurs, l’homosexualité est toujours considérée comme un crime par les Émirats, ce qui pourrait placer des professionnels dans une situation pour le moins inconfortable.
Diversité ou sécurité ?
L’Association des bibliothécaires suédois avait la première critiqué le choix de l’IFLA, en constatant « avec déception que l’IFLA continue d’organiser ses événements dans des pays où les droits humains, la démocratie et l’État de droit sont bafoués » — en 2018, l’IFLA avait en effet choisi la Malaisie.
Un grand nombre de structures professionnelles nationales ont porté le même discours, en majorité dans les pays occidentaux et de l’hémisphère nord. À l’inverse, en Malaisie ou dans les pays arabes, les associations professionnelles se félicitaient de la proposition, soulignant que celle-ci rétablissait un certain déséquilibre dans les pays où se déroulaient les WLIC de l’IFLA.
Pour autant, « [l]‘IFLA se doit de porter les valeurs et l’éthique de ses membres et de la profession et ne peut donc résolument pas choisir un État dont les lois entrent en totale contradiction en matière de droits humains — particulièrement de la femme, des filles, des LGBT+ et des réfugiés », soulignait l’Association des bibliothécaires de France dans un communiqué de presse.
Un référendum non suivi
Face à la polémique, l’IFLA s’était appuyé sur l’article 13 de ses statuts pour organiser un référendum consultatif, ouvert pendant près d’un mois. Clôturé le 2 août dernier, il a permis de collecter les avis de 37 % des 1700 structures membres de la fédération, autour d’une seule simple question.
68 % des répondants se sont exprimés contre l’organisation du WLIC 2024 à Dubaï, pour 27 % seulement en sa faveur. Sans surprise, l’Europe, l’Amérique latine et les Caraïbes et l’Amérique du Nord se sont prononcées contre en majorité, quand le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord, l’Afrique subsaharienne et l’Asie-Océanie sont plus favorables, voire totalement partants.
Les volontaires de l’IFLA, qui participent grandement à la bonne organisation du WLIC, étaient aussi consultés, séparément. 52 % d’entre eux ont voté, avec des avis moins tranchés : ils sont 49 % contre et 43 % pour, parmi les votants.
Prenant acte des résultats, l’IFLA maintient son choix initial. « Pour prendre sa décision, le conseil d’administration s’appuie sur l’ensemble des votes et commentaires, mais aussi sur la répartition par région et le poids des votes dans les différentes régions, ou encore la priorité que s’est donnée l’IFLA d’améliorer sa présence dans toutes les régions du monde, afin d’honorer sa vocation : être la voix des bibliothèques du monde entier », souligne la fédération.
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Plus structuré, le réseau professionnel d’un certain nombre de pays d’Europe, d’Amérique latine et d’Amérique du Nord compte en effet plus d’organisations que ceux des pays de l’hémisphère sud, ce qui a pu déséquilibrer les résultats. Néanmoins, le choix de l’IFLA pourrait déboucher sur l’absence de certains pays du rendez-vous annuel.
Consciente, la fédération explique que « la diversité et l’inclusion seront des thèmes centraux du Congrès » et que des discussions sont engagées avec les autorités émiraties pour que « tous les participants se sentent accueillis ».
Photographie : Dubaï (illustration, Anna Fuster, CC BY-NC-ND 2.0)
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