Canaries : 130 Sénégalais secourus au large de Dakhla, dans le sud du Maroc

Partie de Fass Boye, au Sénégal, une pirogue a sombré près de Dakhla alors qu’elle tentait de rejoindre l’archipel espagnole des Canaries. Ses 130 passagers, dont une femme, ont été secourus par les autorités marocaines. Depuis juin, les tentatives de traversées depuis le Sénégal se multiplient.

Ils ont frôlé le drame. Samedi 12 août, 130 Sénégalais, dont une femme, ont été secourus par une unité de surveillance du littoral marocain près de Dakhla, dans la région du Sahara occidental, après le naufrage de leur embarcation. « Cette pirogue a pris la mer à partir de la localité de Fass Boye, près de Thiès, au Sénégal et comptait rejoindre les îles Canaries » en Espagne, a expliqué une source militaire marocaine citée par l’agence de presse marocaine MAP.

La veille, vendredi 11 août, près de 70 exilés subsahariens avaient déjà été secourus par la marine marocaine alors que leur embarcation était en difficulté au large de Tarfaya, dans le sud du royaume. Ces migrants, dont une femme et trois mineurs, avaient été ramenés à Laâyoune, port du Sahara occidental.

Cette opération porte à au moins 253 le nombre de candidats à la migration irrégulière originaires d’Afrique subsaharienne débarqués sur les côtes marocaines depuis le 8 août, selon un bilan de l’AFP compilé à partir de sources militaires marocaines.

Des corps à Dakar

Si certains atteignent les îles Canaries sains et saufs, de nombreux exilés ne survivent pas à cette route périlleuse de 1 700 km, en plein océan Atlantique. En juin et juillet, au moins 547 personnes sont mortes dans des bateaux partis du Sénégal, selon un décompte du groupe d’aide espagnol Caminando Fronteras.

Le 7 août, cinq cadavres de Sénégalais ont été repêchés au large de Guerguerat. Et au moins 13 autres ont péri à la mi-juillet dans le naufrage de leur pirogue au large des côtes marocaines, selon les autorités locales sénégalaises.

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Les drames se jouent aussi bien plus au sud, tout près des points de départs de ces traversées. Au moins 16 personnes sont mortes, le 24 juillet, sur une plage de Dakar. Le bateau de pêche utilisé par les candidats à l’exil s’est écrasé contre des rochers, alors qu’il faisait route pour l’Espagne. D’après des témoignages recueillis par le New York Times, la pirogue, partie de Thiaroye, était poursuivie par des patrouilleurs espagnol et sénégalais lorsqu’elle a heurté les rochers, dans l’obscurité totale.

Les autorités sénégalaises ont fait savoir qu’une enquête était en cours, mais se sont refusées à tout commentaire. Un porte-parole du ministère espagnol de l’Intérieur, lui, a nié dans un e-mail qu’un patrouilleur espagnol avait poursuivi la pirogue. D’après lui, leur équipe a, en fait, alerté les autorités sénégalaises à terre qu’un bateau coulait.

« Le pays ne fonctionne plus »

Depuis le début de l’été, de nombreux bateaux chargés de migrants sénégalais prennent la mer en direction de l’archipel espagnole des Canaries. En moins de trois mois, près de 17 embarcations ont quitté les côtes sénégalaises, d’après Ahmadou Bamba Fall, coordonnateur de l’ONG sénégalaise « Village du migrant ».

Si les ressortissants sénégalais ont toujours fait partie des candidats à l’exil en Europe, leur nombre croissant s’explique notamment par « la situation nationale, marquée par les tensions politiques », avance le site Seneplus. Ces derniers mois, de vives contestations – lourdement réprimées – ont éclaté dans le pays, d’abord contre un troisième mandat du président Macky Sall [qui depuis a renoncé], puis après l’annonce de l’arrestation de l’opposant Ousmane Sonko.

Mais d’après Boubacar Seye, président de l’association Horizons sans frontières qui lutte contre l’immigration clandestine, c’est surtout la situation économique dans le pays qui pousse les Sénégalais à partir, au péril de leur vie. À cause de l’inflation, le prix des matières premières s’est envolé : 1 kg d’oignons se vendait environ 300 francs CFA (soit 0,46 centimes d’euros) avant la crise sanitaire, contre 1 000 francs CFA (1,52 euros) aujourd’hui. La pandémie de Covid-19 « a plombé toute l’économie du Sénégal et rien n’a été fait pour aider les gens. Depuis deux ans, le pays ne fonctionne plus », a-t-il constaté auprès d’InfoMigrants.

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« L’Espagne… On veut tous y aller, a confié à l’AFP Abdou, un Sénégalais d’une vingtaine d’années. Si une pirogue part, je saute tout de suite dedans. Il n’y a pas de travail ici, pas d’argent. L’unique solution, c’est l’Espagne ».

Plus de 9 millions d’euros pour lutter contre l’émigration

Pour empêcher ses ressortissants de quitter le pays, le gouvernement sénégalais a présenté fin juillet un plan de lutte contre l’émigration irrégulière. Celui-ci, d’une durée de dix ans, doit passer notamment par un renforcement de l’accès à l’éducation et à la formation, un soutien à l’entrepreneuriat pour la création d’emplois, mais aussi par une meilleure gestion des frontières. Baptisé Stratégie nationale de lutte contre la migration irrégulière (SNLMI), il prévoit, dans le détail, des mesures de gestion des frontières, de répression contre les convoyeurs, ainsi qu’une assistance au retour et à la réinsertion des migrants.

Pour ce faire, Dakar compte sur le soutien de l’Union européenne (UE). Le 4 août, l’ambassadeur de l’UE au Sénégal s’est joint au ministre de l’Intérieur du Sénégal pour inaugurer un nouveau quartier général de la police de l’air et des frontières. Cette visite a eu lieu dans le cadre d’un versement de neuf millions d’euros de l’Espagne et de la France, pour aider à stopper la migration illégale. D’autres moyens sont déjà mis en place par l’UE, comme des formations et des équipements high-tech pour la police des frontières sénégalaise, affirme le New York Times.

En revanche, le Sénégal n’a pas encore accepté la proposition émanant de la Commission européenne en 2022 pour déployer Frontex, agence de surveillance des frontières de l’UE, sur son littoral. Dimanche, une manifestation a été organisée à Dakar contre le déploiement de l’agence dans le pays.

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En attendant que les mesures prévues s’appliquent sur le terrain, les Sénégalais, poussés par le manque d’opportunités, continuent d’embarquer pour l’Espagne. Mi-juillet, environ 300 migrants répartis sur trois embarcations ont pris la mer, depuis Kafountine notamment. Ils n’ont, à ce jour, pas été retrouvés. 


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