C’est quoi « El Niño », ce phénomène climatique qui fait craindre des records de température ?

L’enfant terrible du Pacifique est de retour. En avril déjà, l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) annonçait l’arrivée probable d’El Niño cet été. Deux mois plus tard, le 8 juin, la menace se concrétise : le redouté phénomène climatique a débuté. Alors que le mois de juillet qui vient de s’achever est le mois le plus chaud jamais enregistré du fait du dérèglement climatique, El Niño fait redouter aux météorologues une période plus étouffante encore.

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Car ce phénomène climatique, dont le dernier épisode remonte à 2016, est habituellement lié à une hausse des températures. Plus encore, il augmente le risque d’événements climatiques extrêmes. Qu’est-ce donc que El Niño, dont le nouvel épisode laisse craindre le pire pour les mois à venir ? Explications.

À quoi est dû El Niño ?

Cet événement climatique se produit en moyenne tous les deux à sept ans, et ses épisodes durent généralement neuf à douze mois. En temps normal, les vents de l’océan Pacifique vont « d’Est en Ouest et entraînent les couches supérieures de l’océan », débute François Marie Bréon. Donc de l’Amérique du Sud vers l’Asie, globalement. Conséquence : l’eau est plus chaude à l’ouest, donc au niveau de l’Asie. À l’autre extrémité, sur les côtés de l’Amérique du Sud, « l’eau remonte des profondeurs ».

El Nino par Marianne Web

Mais El Niño bouleverse ce schéma habituel. « Les vents faiblissent, voire s’inversent, ce qui conduit à des eaux plus chaudes dans la partie Est », continue le chercheur. Les eaux de surface, plus chaudes, restent du côté de l’Amérique du Sud. Un phénomène qui perturbe également les courants aériens, si bien que les précipitations augmentent sur la partie est du Pacifique, les sécheresses deviennent plus menaçantes à l’ouest.

Ces bouleversements prennent du temps. Alors qu’El Niño est officiellement de retour depuis juin, les scientifiques estiment que ses effets se feront surtout ressentir pendant l’année 2024. D’après le site du gouvernement américain, la probabilité que El Niño « se poursuive tout au long de l’hiver est supérieure à 95 % ». À l’inverse, El Niña correspond aux périodes pendant lesquelles la chaleur se déplace encore plus à l’ouest. Chaque épisode d’El Niño ou El Niña est plus ou moins marqué : ces alternances El Niño, El Niña et périodes neutres façonnent le climat du globe.

Où fait-il effet ?

Puisque ce phénomène se produit dans l’océan Pacifique, cette région et les alentours sont forcément les plus concernées par les bouleversements qui en résultent : l’Amérique du Sud d’un côté, l’Asie du Sud-est ou encore l’Indonésie de l’autre, où le rythme des précipitations change. Ainsi, au Pérou, en Enquêteur ou encore au Chili, le mercure monte et les pluies déferlent, provoquant parfois des inondations. En Australie, il faut plutôt s’attendre à une sécheresse. Les États-Unis sont aussi concernés : « l’influence d’El Niño sur les États-Unis est faible pendant l’été et plus prononcée à partir de la fin de l’automne jusqu’au printemps », note le NAOO.

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En revanche, s’il « concerne principalement le Pacifique tropical », El Niño « a des répercussions dans de nombreuses régions de la planète », nous explique François Marie Bréon. Plus largement, il est souvent lié à une augmentation globale de la température du Pacifique. Aucune preuve, en revanche, qu’il y a un effet en Europe. « l’effet s’il existe est faible », estime ainsi le climatologue français.

Pourrait-il faire tomber de nouveaux records ?

Cet été, de nombreux records sont tombés, notamment celui du mois le plus chaud jamais enregistré, du fait du dérèglement climatique… Et alors que les effets d’El Niño se feront surtout ressentir d’ici quelques mois. Ainsi, ce phénomène pourrait faire grimper le thermomètre encore plus haut, et amplifier la montée du mercure. Ainsi, en lui-même, « le nouvel El Niño n’est pas particulièrement inquiétant », explique François Marie Bréon. Mais couplé au dérèglement climatique, il pourrait conduire à « des températures record sur le court terme, mais qui seront à nouveau battues dans la décennie suivante ».

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Même constat début juillet le secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), Petteri Taalas : « L’arrivée d’El Niño augmentera considérablement la probabilité de battre des records de température et de déclencher une chaleur plus extrême dans de nombreuses régions du monde et dans les océans ». Ainsi, mi-août, des scientifiques américains estimaient à 50 % la probabilité que 2023 soit l’année la plus chaude jamais enregistrée. Et qu’elle soit ensuite détrônée par 2 024. El Niño, dont les effets se feront pleinement sentir en 2024, contribuerait à ces tristes records.

Entraînent-ils d’autres risques ?

Les conséquences de El Niño ne concernent pas que le climat. Le dérèglement climatique étend d’ores et déjà l’aire de contamination de certaines maladies vectorielles – le paludisme, la dengue…, et là aussi, El Niño pourrait aggraver la situation. Certains scientifiques se sont aperçus que des maladies infectieuses se sont répandues lors de précédents épisodes. En cause, notamment : des précipitations inhabituelles qui accélèrent la prolifération des moustiques transmetteurs. En 1998, un phénomène El Niño avait coïncidé avec une importante épidémie de paludisme dans les hautes terres du Kenya.

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La menace pèse aussi sur les récoltes, notamment « en Asie du Sud et du Sud-Est », a indiqué à l’AFP Walter Baethgen, de l’Institut international de recherche sur le climat et la société de Colombie. La production mondiale de riz, très sensible aux conditions climatiques, pourrait être affectée. Un coup aussi pour la biodiversité : El Niño menace par exemple les espèces des Galápagos, à l’instar des iguanes. De fait, cet archipel est situé en plein cœur de la zone la plus touchée par ce phénomène. La survie des coraux est aussi en danger : ces derniers souffrent déjà des températures records des océans, El Niño ne faisant qu’empirer la situation. La Grande barrière de corail, en Australie, est menacée.

Même l’économie mondiale pourrait pâtir de ce grand retour. D’après une étude publiée dans la revue Science en mai, le El Niño de 1997-1998 aurait coûté 5 700 milliards de dollars à l’économie mondiale, et celui de 1982-1983 pas moins de 4 100 milliards. Autant dire que l’année 2024 s’annonce encore plus désastreuse que 2 023.

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