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Dehors, la pluie tombe, mais Anaïs, 7 ans, et sa petite sœur, Lylou, 3 ans, écoutent les explications de Joël Pierre, qui perpétue l’histoire d’une dynastie familiale de sabotiers. Une lignée qui remonte au milieu du XVIIe siècle et au début du règne de Louis XIV.
« Tout petit, je me postais auprès de la scie à ruban. Je retirais pour mon père les chutes de bois et je réalisais aussi les frises décoratives sur les sabots avec ma mère. J’allais à l’école avec mes sabots », se souvient celui qui n’est pourtant pas devenu sabotier, rompant la tradition familiale.

Des machines qui ne tombent jamais en panne
Joël Pierre a travaillé à l’IUT de Nancy où il était maître de conférences jusqu’en 2006. A la retraite, il revient dans la région de Dinan (Côtes-d’Armor) et remet en marche les machines de son père – acquises en 1937 – et ouvre à la visite en 2016 son atelier-musée de Pléven, près de Plancoët (Côtes-d’Armor).
« Elles fonctionnent encore parfaitement et ne tombent jamais en panne. Je change parfois une courroie, mais rien d’autre », précise Joël, qui propose des visites commentées et des démonstrations tout ce mois d’août.
Les sabotiers étaient vus comme des marginaux
« Autrefois, les sabotiers étaient un peu considérés comme des marginaux. Ils vivaient dans les bois, où se trouvait la matière première et allaient là où ils avaient du travail. D’ailleurs, il n’était pas rare que chacun des enfants d’un sabotier naisse dans une commune différente ».
La famille de Joël compte dix générations de sabotiers. Et probablement au-delà, « mais je n’ai pas réussi à remonter plus loin dans les actes, car il n’y a pas d’archives ».
Il a offert une paire à Albert de Monaco
Les sabotiers bretons se comptent désormais sur les doigts d’une main, mais les sabots se portent encore parfois au jardin. Pourtant malgré la demande, Joël ne prend pas de commandes.
« Je ne fais des sabots que pour les rois », glisse-t-il avec humour mais en exagérant à peine, il en a fabriqué une paire pour Albert de Monaco alors qu’une délégation de la commune de Matignon, toute proche de Pléven, était invitée sur le Rocher en 2019.
Joël a surtout à cœur de conserver le patrimoine et de transmettre un savoir-faire ancestral. Pour cela, il a créé l’association « La Saboterie d’Antan ».

A la hache, puis à la scie
La fabrication d’un sabot commence avec une rouelle de bois que l’on sépare en quartiers. Autrefois le sabotier ébauchait le quartier à la hache, puis celle-ci a été remplacée par la scie.
L’ébauche est ensuite positionnée dans la tailleuse, « un tour à copier automatique qui reproduit un modèle afin de donner au sabot sa forme extérieure. Auparavant, c’était fait au paroir, à la main ».
Reste à creuser l’intérieur du sabot. Une nouvelle machine, munie de cuillères tranchantes exécute la mission, en reproduisant un modèle de creuse.
Le sabotier s’installe ensuite pour les finitions.
Une étonnante collection de sabots
« Je connais les gestes, mais la maîtrise nécessite de la pratique. On utilise le paroir pour achever la mise en forme, la rouanne mais aussi le boutoir pour lisser l’intérieur, poursuit Joël qui est en mesure avec ses machines de réaliser une paire de sabots en une heure, quand un bon sabotier devait réaliser deux à trois paires par jour. »
A La Saboterie d’Antan, le visiteur découvrira aussi des photos anciennes et des outils, véritables témoignages d’une pratique traditionnelle disparue.
A ne pas manquer non plus, l’étonnante collection de sabots chinés ou réalisés par le père de Joël.
Atelier-musée, la Ville Baudoin, Pléven. Visites commentées, jeudi, vendredi, samedi, à 14 h 30, 16 h et 17 h. Ou sur demande au 02 96 84 41 73. Adultes : 3 €, seniors (+ de 65 ans) : 2 €, enfants : 1€.
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