Ce pourrait n’être qu’un pique-nique champêtre, réunissant près de deux mille personnes à Cannes, sous les chênes de la butte Saint-Cassien. Ne manquent ni les rires, ni les accolades, ni les fronts en sueur martyrisés par le soleil d’août.
Mais c’est bien plus que cela. En témoignent les fanions tricolores accrochés aux chaises, les tee-shirts siglés « Nouvelle énergie » et les envolées du speaker qui accueille chaque nouvel élu (1) avec des trémolos emphatiques.
« C’est toujours comme ça, sourit un habitué. La rentrée politique de David Lisnard est une fête… avec une dimension sérieuse. »
« Léviathan démocratique »
Confirmation, à 19h25, avec l’allocution d’Alexandra Martin. La députée LR de la 8e circonscription des Alpes-Maritimes pose les bases du débat: « Notre objectif est de bâtir un projet alternatif puissant et crédible. Les problèmes ne sont pas traités, malgré les séquences de communication qui ne trompent plus personne. Face aux chèques en bois du gouvernement, face aux oppositions démagogiques, nous faisons de l’efficacité de l’action publique l’axe principal de notre engagement. »
David Lisnard embraye avec un discours fleuve de 90 minutes, sans note, rythmé par des digressions parfois déconcertantes. Le président de l’Association des maires de France (AMF) attaque, bille en tête, Emmanuel Macron: « On nous a promis un nouveau monde qui ne fait que radicaliser l’expression politique ».
Il harponne au passage son ennemie intime, la bureaucratie. « Nous voulons combattre tous ces machins liberticides qui ne font pas avancer les causes qu’ils prétendent servir, s’agace-t-il. On se heurte à un Léviathan bureaucratique. Vivement qu’il y ait une alternance pour en finir avec cela! »
« Il faut redonner de l’oxygène à notre pays »
Après un hommage appuyé au président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, il salue ses collègues et plaisante: « Je suis un pair parmi les maires ». Puis redevient grave, évoque les 1.400 édiles qui ont démissionné depuis 2020 – « deux fois plus que lors de la précédente mandature ». Il défend, dans la foulée, sa « vision charnelle » de la France, jalonnée de « paysages sublimes », « merveilleuse aussi par ses habitants qui souffrent des entraves qui les empêchent d’agir. Il faut redonner de l’oxygène à notre pays, sinon il s’effondrera! »
Inspiré, David Lisnard trousse quelques jolies formules – « La France doit être l’Eldorado de l’Europe, et l’Europe doit être l’Eldorado du monde. »
Puis, de nouveau, il s’en prend à « un pouvoir erratique qui dit tout et son contraire ». Évoque les homicides, « en baisse depuis la Renaissance, en hausse depuis dix ans. » Se dit convaincu qu’il est nécessaire de « recréer de la confiance par la constance ».
Puis adresse, ex abrupto, un satisfecit au… maire de Cannes. Énumère tous les embellissements réalisés dans sa ville – « la seule rue que je n’ose pas refaire, c’est celle où j’habite ». Dégaine encore un chapelet de formules percutantes: « La seule façon d’être efficace, c’est d’investir. C’est vrai pour une ville comme pour un commerce ». « La France doit être une superpuissance culturelle. »« Sur l’esclavagisme, il faut en finir avec le masochisme français! »
Il glisse enfin quelques tacles attendus au wokisme, au racialisme, à la politique migratoire. Glisse, subrepticement, qu’« abandonner [son] mandat de maire, pour [lui], serait impensable ». Avant de conclure, à 21h15 passées, sous l’ovation enthousiaste d’un auditoire à peine douchée par un début d’orage.
1. Notamment les députés LR Éric Ciotti, Christelle d’Intorni et Éric Pauget, les sénatrices Françoise Dumont, Alexandra Borchio-Fontimp et Dominique Estrosi-Sassone, le sénateur Henri Leroy, le président du Département 06 Charles Ange Ginésy, le maire de Saint-Raphaël Frédéric Masquelier, le maire de Mougins Richard Gally…
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