EXCLUSIF – Les confidences de Salman Rushdie

C‘est un survivant qui s’avance vers vous, dans ce couloir d’un building de Manhattan où son agent, le célèbre Andrew Wylie, veille sur les destinées des œuvres du Prix Nobel Orhan Pamuk ou de feu Philip Roth. Et vous avez envie de le prendre dans vos bras tant vous êtes heureux, en ce jour de juin, de le revoir debout et souriant, malgré le verre noir qui cache son œil mort. Vous le faites, d’ailleurs, et, dans ce hug amical, vos mains vous confirment l’amaigrissement dû au long chemin de croix hospitalier parcouru après la lâche et violente agression dont il a été la victime, il y a un an, le 12 août 2022. « Désolé, c’est le mieux qu’on a pu faire ! » dira-t-il quelques minutes plus tard, avec sa joyeuse ironie, intacte sous la voix désormais légèrement voilée.

Douze coups de couteau. En vingt-sept secondes. Un supplice, puis un miracle : pas mal, pour un athée… Car voilà Salman Rushdie de retour, tel qu’en lui-même, et c’est une formidable nouvelle. Pour la littérature, puisqu’il publie un nouveau roman, La Cité de la victoire (Actes Sud), et que c’est l’un de ses meilleurs : l’histoire d’une jeune Indienne qui, révulsée par la coutume qui veut que les épouses se jettent dans le bûcher funéraire de leur mari, se met en tête de bâtir, au XIVe siècle, un empire égalitaire entre les hommes et les femmes, dont les ruines s’élèvent encore fièrement du côté de Hampi, dans le sud de l’Inde.

Gagner la « bataille du récit »

Une formidable nouvelle aussi pour la liberté de pensée, puisque la terrible agression n’a pas entamé la force de résistance de l’écrivain au fanatisme et à la bêtise. Et a fait naître en lui une conviction profonde : il s’agit, aujourd’hui, de gagner la « bataille du récit » contre tous ceux qui, désormais, effacent et récrivent l’Histoire, de l’Amérique à la Russie, de l’Europe à l’Inde, pour imposer leurs vues et leur pouvoir sur les esprits. Il s’agit, aujourd’hui, de lutter pour que soit préservée la liberté d’expression menacée, pour lui, autant par la gauche que par la droite, « et c’est un combat que nous ne pouvons pas nous permettre de perdre », avertit-il.

Un an après « l’attaque », ou « l’incident », comme il l’appelle, comment va-t-il, lui qui s’est remarié, en septembre 2021, avec la poétesse et romancière Rachel Eliza Griffiths ? Comment vit-il désormais, sous l’épée de Damoclès d’une nouvelle agression ? Quel est son regard sur le monde actuel, entre émergence de l’intelligence artificielle et guerre en Ukraine, religiosité conquérante, cancel culture et retour du puritanisme ? A-t-il encore envie d’écrire et pour dire quoi, trente-quatre ans après la fatwa lancée contre lui par l’ayatollah Khomeyni à la suite de la publication des Versets sataniques ? Salman Rushdie a décidé d’accorder au Point sa première interview en France. Nous vous la proposons en 4 parties. 

  • Retrouvez l’interview de Salman Rushdie :

1/4 : « Dans mes cauchemars, un gladiateur m’attaquait »

2/4 : « Avec ce nouveau roman, j’ai voulu me la jouer Homère ! »

3/4 : « Maintenant que j’ai failli être tué, les gens sont si affectueux »

La Cité de la victoire, de Salman Rushdie (traduit de l’anglais par Gérard Meudal, Actes Sud, 336 p., 23 €). Parution le 6 septembre 2023.


dmp

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