Une « épidémie » de coups d’État en Afrique francophone. En prononçant ce mot très fort, lundi 28 août à l’Élysée dans son discours de rentrée aux diplomates, Emmanuel Macron visait le Niger, tombé entre les mains de généraux putschistes un mois plus tôt. Tout comme, avant lui, ses deux voisins du Sahel, le Mali et le Burkina Faso. Le président pouvait-il imaginer alors qu’un pays de plus subirait le même sort, à peine plus de 24 heures après sa sortie ?
Et pas n’importe lequel : le Gabon, géré sans partage par la dynastie Bongo, si proche des milieux politiques français, depuis plus d’un demi-siècle (55 ans exactement). Ali Bongo, 64 ans, au pouvoir à Libreville depuis la mort de son père, l’inoxydable Omar, en 2009, a été débarqué dans la nuit de mardi à mercredi par le chef de sa garde prétorienne, le général Brice Oligui Nguema.
Ce dernier assure que le président déchu, placé en résidence surveillée avec sa famille et entouré de médecins (il garde les séquelles d’un AVC en 2018), « est mis à la retraite, il jouit de tous ses droits ». À mi-chemin entre la révolution de palais et le putsch pur et dur, en somme.
« Au Gabon, c’est tout sauf un coup d’État contre la France »
À première vue, le coup paraît rude pour Paris. « Le clan Bongo et le Gabon, c’est le berceau de la Françafrique », plante Caroline Roussy, directrice de recherches à l’IRIS. Omar Bongo incarnait plus que tout autre la complicité entre les dirigeants de la France et ceux de son ancien « pré carré » en Afrique.
Ne se flattait-il pas de murmurer à l’oreille de Jacques Chirac les noms de ministres à nommer ? Il avait cette formule, illustrant l’importance des liens économiques avec son pays regorgeant de pétrole : « La France sans le Gabon, c’est une voiture sans essence, le Gabon sans la France c’est une voiture sans conducteur ».
Avec le fils, aussi autocrate que le père, les liens s’étaient distendus, surtout après sa réélection entachée de fraudes en 2016. Pourtant, lorsque Macron se rendit en mars dernier à Libreville pour un sommet sur les forêts tropicales, l’opposition locale se déchaîna, y voyant un soutien implicite au président sortant à quelques mois de la présidentielle.
C’est d’ailleurs la proclamation des résultats, en pleine nuit mardi à Libreville, offrant à Ali Bongo un troisième mandat au terme d’un processus plus que douteux – de l’avis général –, qui a déclenché le coup de force des officiers. Pour l’heure, contrairement au Niger où elle exige le retour du président Mohamed Bazoum démocratiquement élu, la France « condamne le coup d’État militaire en cours » et rappelle son « attachement à des processus électoraux libres et transparents ». Mercredi, Emmanuel Macron n’a d’ailleurs aucun contact téléphonique avec Ali Bongo.
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De fait, on s’agace à l’Élysée de la petite musique selon laquelle un nouveau bastion de la Françafrique est tombé. « Au Gabon, c’est tout sauf un coup d’Etat contre la France », assure un connaisseur du dossier. Qui rappelle qu’à Libreville, le chef de l’État avait martelé que « l’âge de la Françafrique est bien révolu ».
Le général Oligui, nommé « président de la Transition » serait d’ailleurs plutôt profrançais, contrairement aux putschistes du Sahel. Et, pour l’heure, il n’y aurait pas de risque sécuritaire pour les ressortissants français sur place.
Des dynasties sclérosées en Afrique centrale, le poison du djihadisme au Sahel
Reste que ces putschs à répétition sur le continent, huit en trois ans, touchent principalement des États francophones. Que la France a dans un passé récent (Tchad) ou ancien (Côte d’Ivoire) appuyé des coups d’État institutionnels. Que l’ancien président François Hollande pointe un maillon faible en jugeant que Paris n’avait pas réagi assez sévèrement au premier putsch malien en 2020, encourageant ainsi des émules dans la région.
Du Niger au Gabon, les situations sont certes très différentes. « En Afrique centrale, au Gabon mais aussi au Cameroun voisin, la problématique est celle de pays sous le joug de dynasties installées depuis des décennies, captant les pouvoirs politique et économique, analyse Caroline Roussy. Au Sahel, l’instabilité touche des régimes qui n’arrivent pas à venir à bout du djihadisme ». Le ressentiment anti-français des opinions publiques au Sahel, instrumentalisé par la propagande russe de Wagner, se nourrit aussi de cette impuissance.
Dans les deux régions, se pose la question de l’avenir de la présence militaire tricolore : 1 500 hommes au Niger (dont la junte réclame le départ, comme celui de l’ambassadeur), environ 300 au Gabon. « Après Barkhane au Mali, dit la spécialiste, des images de militaires obligés de partir sous les huées de la foule donneraient une mauvaise image, sur le plan international… mais on n’en est pas encore là ».
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