200 ans d’une révolution technologique mondiale


L’ampoule se situe à hauteur d’homme. Ici avec Régis Magnier, de la direction des Phares et Balises, et ancien gardien du phare.

Laurent Theillet/ « SUD OUEST »

Le 25 juillet 1823, en faisant installer, non sans encombre, sa révolution technologique à 67 mètres de hauteur, à l’entrée de l’estuaire de la Gironde, l’ingénieur Augustin Fresnel ne se doutait peut-être pas qu’il sauverait des vies dans le monde entier. Ni sans doute que, deux cents ans plus tard, son système de lamelles biseautées en verre poli serait toujours d’actualité. Timide et chétif, pas très bon à l’école primaire, viré de son emploi par Napoléon, il a remis en cause la théorie de Newton sur la propagation de la lumière. Cet ingénieur des Ponts…

L’ampoule se situe à hauteur d’homme. Ici avec Régis Magnier, de la direction des Phares et Balises, et ancien gardien du phare.


L’ampoule se situe à hauteur d’homme. Ici avec Régis Magnier, de la direction des Phares et Balises, et ancien gardien du phare.

Laurent Theillet/ « SUD OUEST »

Le 25 juillet 1823, en faisant installer, non sans encombre, sa révolution technologique à 67 mètres de hauteur, à l’entrée de l’estuaire de la Gironde, l’ingénieur Augustin Fresnel ne se doutait peut-être pas qu’il sauverait des vies dans le monde entier. Ni sans doute que, deux cents ans plus tard, son système de lamelles biseautées en verre poli serait toujours d’actualité. Timide et chétif, pas très bon à l’école primaire, viré de son emploi par Napoléon, il a remis en cause la théorie de Newton sur la propagation de la lumière. Cet ingénieur des Ponts et Chaussées qui a fait ses premiers stages lors de la création du port fluvial de Bergerac, à force d’obstination et grâce à son génie mathématique, a révolutionné l’éclairage des phares. Assurant ainsi la sécurité de la navigation dans le monde.

Le phare de Cordouan a marqué l’histoire des phares du monde, du balisage des côtes et de la technologie. En 1823, parce qu’il est le plus haut de France, le phare de Cordouan a été choisi pour recevoir l’innovation qui va révolutionner le balisage des côtes.

Le phare de Cordouan à marée basse.


Le phare de Cordouan à marée basse.

Laurent Theillet/ « SUD OUEST »

À 67 mètres au-dessus de l’embouchure de la Gironde, dans la partie la plus haute du phare, la lentille surprend par ses dimensions. Mesurant 1,60 m, elle culmine au niveau de l’ampoule, soit à la moitié de la hauteur du dispositif. Celui-ci est disposé au centre de la salle ronde, laissant un petit mètre entre les lamelles de verre et la baie vitrée aux panneaux rouges, verts ou blancs qui donnent ses couleurs au faisceau indiquant la bonne direction aux navires.

Gardiens de phare

Lorsqu’on passe le doigt sur le verre biseauté, on touche l’histoire. Parfois un brin ébréché par un éclat, sans doute un outil qui aura cogné par mégarde au fil des siècles. Depuis 1896, l’appareil optique du « roi des phares » est le même. Celui qu’Augustin Fresnel avait fait poser se trouve au musée national de la Marine, à Paris. Il est de taille plus modeste. Depuis la fin du XIXe, des générations de gardiens de phare époussettent, toutes les semaines, les nombreuses facettes de verre de la lentille. « Dans cet endroit magique, au milieu de l’eau, face à l’océan Atlantique, à 60 mètres de hauteur, nous sommes seuls avec cet objet d’une technicité incroyable », souffle Pierre Cordier, l’un des gardiens du phare de Cordouan et auteur du livre « La Lentille de Fresnel » . Il a appris à comprendre son fonctionnement à force de passer l’éponge. Minutieusement. À force d’en observer chaque détail, il sait où se trouve chaque éclat, même s’il n’y en a pas beaucoup. Chaque lamelle est épaisse et lisse, presque douce. Émouvante, à la fois fragile et solide..

La première édification du phare de Cordouan date de 1584. Sur sa gauche, on voit l’ancienne tour du Prince Noir, datant du XIVe siècle. De cette première édification du XVIe siècle, il reste encore ce qui est devenu la base du phare.


La première édification du phare de Cordouan date de 1584. Sur sa gauche, on voit l’ancienne tour du Prince Noir, datant du XIVe siècle. De cette première édification du XVIe siècle, il reste encore ce qui est devenu la base du phare.

Reproduction Thierry David/ « SUD OUEST »

Contre Newton

Ce n’est pourtant pas avec le sens de la poésie mais grâce à celui, aigu, de l’observation, de la synthèse et de la déduction mathématique, que l’ingénieur Augustin Fresnel, au début de sa carrière, a fait table rase de la théorie de Newton. Celle d’Augustin Fresnel pose que la lumière se comporte comme une onde qui peut changer de direction si elle rencontre un objet, au contraire d’Isaac Newton, qui pensait qu’elle se propageait en ligne droite. Fresnel n’était pas le premier à poser ce postulat, mais il a réussi à faire admettre sa « théorie ondulatoire de la lumière » à l’Académie des sciences de Paris.

Pour monter les 301 marches du phare, un escalier en colimaçon s’élève au-dessus des différentes salles de l’édifice


Pour monter les 301 marches du phare, un escalier en colimaçon s’élève au-dessus des différentes salles de l’édifice

Photo archives Thierry David/ « SUD OUEST »

Il lui aura fallu sept années d’un travail acharné, lui qui n’avait ni femme ni enfants, ni vraiment de vie sociale, pour parvenir à prouver sa théorie. Non sans critiques, car le monde scientifique se partageait entre les partisans de Newton et ceux de Fresnel. Pour trancher, rien de mieux qu’une mise en concurrence en public.

En avril 1821, la commission des phares et l’Observatoire de Paris organisent un test entre une lentille fabriquée par Fresnel et des réflecteurs de lumière, technique la plus aboutie jusqu’alors. Sur la colline de Montmartre, à 6 kilomètres des feux allumés, les observateurs constatent que, « si tous les feux sont visibles, l’éclat de la lentille de Fresnel surpasse largement celui des réflecteurs », écrit Pierre Cordier. Fresnel remporte la bataille technologique, mais il lui faudra encore réaliser un essai en plein Paris. En août 1822, la lentille est testée sur l’Arc de triomphe et projette loin son faisceau lumineux. Le 25 juillet 1823, après deux semaines de péripéties pour acheminer le matériel au phare tout d’abord, puis tout en haut, l’innovation peut s’éclairer.

« Un avant et un après »

Dans tous les livres sur les phares du monde, le « Versailles des mers » trône en bonne place. Vincent Guigueno, spécialiste des phares, sillonne la planète pour donner des conférences sur les 200 ans de la lentille de Fresnel. « Il y a un monde avant et un monde après cette invention, affirme-t-il, car c’est une innovation de rupture. Fresnel n’a jamais connu le succès, puisqu’il est mort quatre ans après l’installation à Cordouan, mais pour passer du stade de l’innovation au stade industriel, il a fallu plusieurs années. Le personnage lui-même est intéressant : il n’a jamais déposé de brevet, je crois qu’il se moquait complètement de l’argent ! »

Quand vous regarderez le faisceau d’un phare, pensez à cet Augustin Fresnel…

Augustin Fresnel invente un assemblage de lamelles de verre poli qui redirigent la lumière de l’ampoule vers l’horizon au lieu qu’elle ne parte en « entonnoir ».


Augustin Fresnel invente un assemblage de lamelles de verre poli qui redirigent la lumière de l’ampoule vers l’horizon au lieu qu’elle ne parte en « entonnoir ».

Wikimédia Commons

Comment ça fonctionne ?

Automatisé en 2006, Cordouan est le dernier phare en mer gardienné de France. Il émet une lumière en rythme que l’on appelle « à occultations », c’est-à-dire une lumière longue, comme coupée de temps en temps selon un rythme précis et immuable, 2 + 1 éclats toutes les douze secondes. « Aujourd’hui, la lentille ne tourne plus autour d’un feu, explique Régis Magnier, directeur adjoint de la subdivision des Phares et Balises du Verdon, ce sont des écrans automatisés qui tournent autour de l’ampoule de 250 W à halogénures métalliques pour créer le rythme à occultations, signature unique du phare de Cordouan. »

Fiche d’identité

Lieu : en mer à 7 km de l’entrée de la Gironde.
Hauteur : 67,50 m.
Portée du faisceau lumineux : 40 km.
Nombre de marches : 301.
Plus ancienne trace historique : 1088.
Première édification d’un feu à cet endroit : 1362 à 1371.
Construction de la base du phare actuel : 1584.
Mise en service : 1611.
Inscription au Patrimoine mondial de l’Unesco : 2021.

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