En Côte d’Ivoire, des élections locales aux enjeux aussi nationaux

La campagne pour les élections locales, qui a pris fin jeudi 31 août à minuit en Côte d’Ivoire, n’a été que d’une semaine, mais les enjeux des scrutins régionaux et communaux, prévus samedi 2 septembre, sont multiples et vont au-delà du contrôle des mairies et des conseils régionaux.

A deux ans de la prochaine échéance présidentielle, ceux-ci doivent en premier lieu permettre à chaque parti de se jauger et de mesurer ses forces. Pour le parti au pouvoir, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), il s’agira tout d’abord de conserver sa majorité. Pour l’opposition, de progresser après des années d’absence.

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En 2018, le taux de participation s’élevait à 46,36 % pour les régionales et 36,20 % pour les communales, tandis qu’en 2013 il plafonnait respectivement à 28,01 % et 36,44 %, en raison notamment de l’appel au boycott du Front populaire ivoirien (FPI).

Dix ans plus tard, l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo a été libéré des accusations de crimes contre l’humanité de la Cour pénale internationale, a quitté le FPI, est revenu au pays mais il est toujours radié des listes électorales, en raison de sa condamnation pour le « braquage » de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), durant la crise post-électorale de décembre 2010 à avril 2011. S’il ne pourra pas voter, il n’est cependant plus question de boycott.

Le parti de Laurent Gbagbo sur la ligne de départ

En conférence de presse le 22 août, Laurent Gbagbo, 78 ans, a encouragé ses militants à se rendre aux urnes, affirmant que son rôle était « de conduire [son] parti au pouvoir ». Le parti qu’il a fondé en 2021, le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), avait pourtant abondamment dénoncé des irrégularités et des fraudes sur les listes électorales ces derniers mois.

Un mal surmontable semble dire désormais l’ancien chef de l’Etat : « Plus jamais nous ne manquerons les élections, a-t-il précisé. Le fait d’avoir décidé, après mon arrestation, qu’on n’irait pas aux élections, nous a causé beaucoup de dommages. On ne peut plus manquer les élections. Donc nous dénonçons des fraudes, mais nous continuons à aller aux élections. » Le PPA-CI ambitionne de reconquérir ses anciens bastions, passés ces dernières années dans le giron du parti présidentiel, en particulier la commune de Yopougon, la plus grande d’Abidjan, et l’ouest du pays.

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Dans plusieurs localités comme à Agou, à Daloa, à Grand-Bassam et dans les régions du Tonkpi, du Gbôklé et du Haut-Sassandra, le parti de Laurent Gbagbo mise sur son alliance avec l’autre grand parti d’opposition, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) . Pour ce dernier, l’enjeu est tout autre : un mois après la mort de son président, l’ancien chef de l’Etat Henri Konan Bédié, le parti qui n’a toujours pas désigné d’héritier joue sa survie. Ses ambitions : conserver ses bastions du centre du pays, comme Yamoussoukro, la capitale administrative, et Daoukro, le fief de Henri Konan Bédié, et peut-être récupérer Bouaké, la deuxième ville du pays, au RHDP.

Pour les candidats du parti présidentiel, l’enjeu est autant local que national, autant collectif que personnel. Plus importante sera la localité remportée, plus grandes seront les chances d’obtenir ou de conserver un ministère au prochain remaniement, ou une place de choix au RHDP. Le pouvoir a ainsi choisi d’envoyer la quasi-totalité de ses ministres en fonction dans la course.

Quelques débordements sans gravité

Le premier ministre Patrick Achi est candidat dans la région de la Mé, le ministre de la jeunesse et des sports, Mamadou Touré, se mesurera à Daloa à une alliance constituée de deux figures politiques, Alphone Djédjé Mady, le secrétaire général du PDCI, et Stéphane Kipré, le gendre de M. Gbagbo. Le président de l’Assemblée nationale, Adama Bictogo, affrontera lui Michel Gbagbo, le fils de l’ancien président, pour le PPA-CI, et Augustin Dia Houphouët, pour le PDCI, à Yopougon. Ces localités seront les plus surveillées.

Dans un pays où à chaque campagne les candidats rivalisent de promesses matérielles à leurs éventuels électeurs, des appels circulent sur les groupes WhatsApp à prendre conscience de ces dérives, et à prendre l’argent liquide et les dons en nature sans nécessairement voter ensuite pour le candidat.

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Les observateurs ont par ailleurs recensé quelques débordements sans gravité ces derniers jours. Des affiches du candidat PDCI vandalisées à Maféré (sud-est), un affrontement physique occasionnant un blessé léger entre des partisans du RHDP et ceux du PDCI à Azaguié (sud-est), des tensions à Toumodi (centre)…

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« La plupart des incidents ont trait à la détérioration de supports de communication, comme les affiches de campagne, rassure Arsène Konan, coordinateur de l’observation électorale citoyenne au Consortium des organisations de la société civile pour les élections en Côte d’Ivoire. Nous avons aussi recensé des tentatives d’intimidation, dirigées en particulier vers des candidats dissidents ou indépendants, et des propos discriminatoires envers les femmes candidates. » Les observateurs rendront leurs rapports dimanche et la Commission électorale indépendante aura jusqu’à six jours pour publier les résultats.

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