Le bras de fer entre la France le régime militaire du Niger se poursuit

La France a affirmé plusieurs fois son soutien à la Cedeao qui brandit depuis plusieurs semaines la menace d’une éventuelle intervention militaire pour rétablir l’ordre constitutionnel au Niger et libérer le président Mohamed Bazoum, retenu prisonnier au palais présidentiel depuis le putsch du 26 juillet.

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Fin des accords militaires

Ces déclarations constituent le dernier épisode de plusieurs semaines de tensions entre Niamey et Paris. L’immunité et le visa diplomatiques de l’ambassadeur de France au Niger lui ont été retirés et les autorités ont notifié mardi à Paris leur intention de l’expulser. Vendredi dernier, ils avaient dans un premier temps laissé 48 heures à Sylvain Itté pour quitter le territoire, un ultimatum rejeté par Paris. Or, un autre ultimatum pourrait arriver à expiration dans le week-end: le 3 août, les nouveaux dirigeants nigériens avaient dénoncé plusieurs accords militaires avec la France, qui compte 1500 soldats déployés dans la lutte antijihadiste au Niger.

Les accords contenaient tous différents préavis pour leur fin effective, dont l’un, relatif à un accord de 2012, était d’un mois, selon les militaires. Vendredi, des milliers de personnes se sont massées devant la base de l’armée de l’air nigérienne qui abrite les forces françaises dans la capitale. Ce «sit-in» organisé à l’appel du Mouvement M62, une coalition d’organisations de la société civile hostile à la présence militaire française au Niger, a été précédé par de nombreux rassemblements aux revendications similaires depuis le coup d’Etat, et doit durer jusqu’à dimanche. «La France doit partir et elle partira, car elle n’est pas chez elle au Niger», a déclaré à la foule Falma Taya, une responsable du Mouvement M62.

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Eventuelle transition

Mais au-delà de la brouille entre Paris et Niamey, d’autres chancelleries s’activent pour tenter de trouver une sortie de crise diplomatique au Niger. Si la Cedeao reste ferme sur sa position – un rétablissement immédiat de l’ordre constitutionnel et la réinstallation du président renversé Mohamed Bazoum – deux voisins du Niger ont ouvert la porte à une éventuelle transition.

Le président nigérian Bola Tinubu, par ailleurs président en exercice de la Cedeao, a cité en exemple jeudi la transition de neuf mois qui avait eu lieu dans son pays en 1999, ne voyant pas «de raison que cela ne puisse pas se reproduire au Niger si les autorités militaires sont sincères». En début de semaine, l’Algérie, autre influent voisin du Niger, avait été plus précis en proposant au régime militaire un «plan de transition de six mois» sous la tutelle d’une «autorité civile».

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Recrudescence des activités jihadistes

Pour l’heure, les généraux au pouvoir à Niamey n’ont pas réagi à ces propositions et leur seule prise de parole sur le sujet remonte au 19 août lorsque le nouvel homme fort du pays, le général Abdourahamane Tiani, avait indiqué vouloir une transition de trois ans maximum. Vendredi, une quarantaine d’organisations de défense des droits de l’Homme ont appelé dans une lettre la Cedeao à lever les lourdes sanctions économiques imposées au Niger par l’organisation à la suite du putsch, estimant qu’elles vont «davantage aggraver la vulnérabilité des populations nigériennes».

Selon l’ONU, plus de 3,3 millions de personnes, soit 13% de la population sont en situation de grave insécurité alimentaire au Niger, et la situation pourrait empirer en raison de l’augmentation des prix alimentaires qui ont pris 21% en un mois. Le Niger est par ailleurs confronté depuis plusieurs années à des violences jihadistes meurtrières.

Jeudi soir, les autorités ont annoncé la suspension des activités des ONG, organisations internationales et agences onusiennes dans des zones d’opérations militaires «en raison de la situation sécuritaire du moment». Plusieurs zones de la région de Tillabéri (sud-ouest) sont concernées en raison de la «recrudescence de la présence et d’activités» des groupes jihadistes selon le bureau local de l’agence humanitaire de l’ONU (Ocha).

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