Depuis leur arrivée en 2001 sur nos écrans, les programmes de télé-réalité n’ont cessé de se multiplier. Nouveaux concepts, nouveaux codes narratifs, ils ont bouleversé le secteur du divertissement sur le petit écran. Vingt ans plus tard, la télé-réalité est aussi pointée du doigt : comportements sexistes, scandales, lassitude des téléspectateurs…
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Aujourd’hui à 07:00
| mis à jour aujourd’hui à 07:05
Le 26 avril 2001, l’émission Loft Story (M6) débarque sur les écrans de télévision. Une révolution et beaucoup de questions. Les téléspectateurs se montrent très méfiants et critiques, mais aussi curieux. Le principe est simple : suivre des personnes lambda enfermées pendant des semaines et observer leur comportement. Du jamais vu. Le concept est innovant, on découvre un nouveau mode de narration (le « confessionnal » des candidats remplace la « voix off »). Et ça fonctionne.
Derrière suivront des programmes qui ont marqué le paysage audiovisuel, comme Secret Story (2007-2017), mais aussi des émissions déclinées sous d’autres thématiques : concours de chansons (Star Academy, The Voice), de danse (Danse avec les stars), de cuisine (Top Chef), aventures (Koh Lanta), etc.
Des télé-réalités construites comme des séries
Dans les années 2010, les chaînes accélèrent le développement de la télé-réalité « d’enfermement » : TF1, W9 et NRJ12 en tête. L’émission Les Anges, diffusée sur cette dernière (2011-2020) va proposer un nouveau concept : réunir des anciens candidats d’émissions de télé-réalité dans une seule, créant un grand nœud narratif entre tous ces programmes.
La télé-réalité prend un autre tournant avec l’arrivée des réseaux sociaux, qui va accentuer cet effet de gigantesque feuilleton. Les candidats deviennent des personnages que l’on peut suivre en dehors du petit écran. Ils sont réutilisés dans plusieurs saisons, plusieurs émissions et le public prend plaisir à suivre leurs aventures au fil du temps, comme une série télévisée.
Ces programmes font un carton, notamment auprès de la cible des jeunes (15-24 ans). W9 se lance avec Les Ch’tis (2011-2014) mais surtout avec son émission emblématique Les Marseillais (2012-2022). La première saison, Les Marseillais à Miami, avait rassemblé en moyenne 651 000 téléspectateurs (*), mais le programme a connu des pics à 1,25 million de fidèles (épisode du 31 mars 2020).
Les candidats dépassent le petit écran
Ce qui plaît au public, ce n’est plus l’histoire qui se déroule dans une émission, mais celle des candidats que l’on suit à travers ces programmes. Les productions l’ont bien compris. Elles reprennent les codes de la fiction, capitalisent sur les histoires d’amour et d’amitié des candidats et jouent des « clashs » pour créer du suspense.
Les candidats, eux, se professionnalisent et savent très bien se mettre en scène pour gagner en notoriété. Car ils jouent leur carrière : se faire remarquer à la télévision peut leur ouvrir les portes du monde de l’influence, en dehors de la télévision.
Les chaînes surfent alors sur cette tendance et dégainent pléthore d’émissions : La Villa des cœurs brisés (TFX), Les Princes et les Princesses de l’amour (W9), Moundir et les apprentis aventuriers (W9), etc. « Il n’y avait pas autant d’offres en émissions de télé-réalité il y a dix ans. C’est un genre qui se renouvelle énormément et les chaînes testent beaucoup de choses. Lors des dix premières années de la télé-réalité, il y avait environ trois à sept émissions. Aujourd’hui, il y en a beaucoup plus », constate Isabelle Maurice, directrice études, veille et prospective chez Médiamétrie. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) en a recensé 140 depuis dix ans.
Les émissions de télé-réalité particulièrement regardées en replay
Signe de l’évolution du mode de consommation de la télévision : la télé-réalité est l’un des genres les plus regardés en replay. Ces émissions attirent un public principalement jeune (15-24 ans) qui se détache de la télévision « linéaire », c’est-à-dire le mode de consommation « traditionnel » de la télévision, lorsqu’un programme est regardé au moment de sa diffusion.
« Aujourd’hui, nous avons plusieurs supports pour accéder à un programme : sur notre smartphone, tablette, ordinateur, à la télévision. On a moins l’obligation d’un rendez-vous quotidien. Le téléspectateur sait où et quand aller chercher un programme quand ça lui convient. Les consommations sont plus fragmentées », confirme Isabelle Maurice, directrice études, veille et prospective chez Médiamétrie.
Une consommation à la demande
Alors que la saison 2 des Cinquante est lancée lundi sur W9, la saison 1, diffusée il y a tout juste un an, en avait fait la démonstration. « 50 % de la consommation a été faite en rattrapage, ce qui montre l’évolution de la consommation de ce type de programme. Il s’agit de l’émission la plus regardée sur 6play depuis la rentrée », expliquait W9 à l’époque. En outre, lors de la dernière saison de Koh Lanta, 30 % des téléspectateurs ont regardé le programme en différé, selon les chiffres de Médiamétrie. Un record.
Cet élément-là est désormais pris en compte par les chaînes. Certaines émissions sont d’ailleurs proposées uniquement sur les plateformes de replay, comme Carla & Kévin : Le mariage sur MyTF1 Max. Avec, là encore, une déclinaison de nouveaux formats avec des candidats de télé-réalité que les téléspectateurs connaissent bien.
L’essoufflement et les scandales
En 2022, le vent commence à tourner pour ces programmes. En mai, après huit ans de diffusion, W9 déprogramme Les Princes et les Princesses de l’amour. Les Marseillais au Mexique, diffusé de février à mai 2022, sera la dernière saison de l’émission. La mécanique est rodée, le public se lasse.
Mais surtout, le sexisme, la vision caricaturale des femmes, le manque d’inclusion, le culte du « physique parfait » et de la virilité mis en avant dans ces émissions ne passent plus. Ces programmes sont d’ailleurs pointés du doigt par le CSA et le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes.
Les candidats emblématiques s’empêtrent dans de sombres affaires : placements de produits douteux, « influvoleurs », dérives de la chirurgie esthétique… Plusieurs d’entre eux sont également mis en cause dans des affaires de drogues ou de violences sexistes et sexuelles. Les scandales s’empilent.
« Divertissant » ou « degré zéro de la télévision » : votre avis sur la télé-réalité
La télé-réalité est devenue un phénomène de société qui rassemble autant qu’elle divise les téléspectateurs. En témoignent les avis de nos lecteurs, que vous pouvez retrouver dans cet article.
L’enjeu du renouvellement
Alors, pour tenter de tourner la page, TFX et W9 ont diffusé en avril dernier La Villa et Love Island, avec un casting composé d’inconnus. Résultat ? Les téléspectateurs boudent ces rendez-vous, contraignant les chaînes à faire venir des guests en renfort pour relever des audiences historiquement basses. Même constat d’échec pour TF1 avec la première saison de Ma mère, ton père, l’amour et moi, uniquement composée d’anonymes.
Mais la Une peut se consoler avec le lancement plutôt bon de Time to love, la roue de l’amour cette semaine sur sa petite sœur TFX. Cinq femmes célibataires ont 100 heures pour trouver l’amour. Un concept novateur, et parmi elles, une seule, Julie, est une ancienne candidate de télé-réalité.
Autre mécanique nouvelle : Les Cinquante, un jeu de compétition et de stratégies lancé il y a un an par W9, avec 50 joueurs célèbres, tous issus de la télé-réalité et des réseaux sociaux. Ce fut un succès, au point que la deuxième saison arrive sur les écrans ce lundi 4 septembre. La télé-réalité réussira-t-elle encore à se renouveler pour perdurer ?
Contactées, les chaînes du groupe TF1 et M6 n’ont pas souhaité nous répondre.
(*) Chiffres fournis par Médiamétrie.
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