La France en bande-son | Les Echos

Publié le 7 sept. 2023 à 18:56

Pourquoi certains films comme « La Grande Vadrouille » ont-ils franchi le cap du demi-siècle de notoriété quand bien d’autres ont sombré dans l’oubli ou sont restés cantonnés à la seule mémoire d’une génération ? Pourquoi la plupart des chansons ont-elles connu la relégation mémorielle alors que « Les Neiges du Kilimandjaro » (1966), « Alexandrie Alexandra » (1977) et « Les Lacs du Connemara » (1981), par exemple, ont touché autant de générations qu’elles reflétaient de lieux géographiques différents, animent encore autant de mariages ? Ces questions font partie des « traces » qui ont constitué la bande-son de la France. Souvenez-vous de la première fois où une chanson (de Michel Polnareff) employait l’expression « faire l’amour », en 1966. Ce mini-scandale était annonciateur de la libération sexuelle.

Tous ces faits rassemblés, l’affaire Gabrielle Russier, la vogue du « Che », « 2001 ou Guernica sur CNN », plus tard, Cabu assassiné, l’affaire Bombardier-Matzneff donnent le livre absolument passionnant de Jean-François Sirinelli : « Le Temps qui passe, la France qui change ». Son livre commence à la fin des années 1950 avec la télévision, élément clé de la globalisation culturelle, qui, en 1969, apportera la Lune à domicile et sera accusée de voyeurisme quand en 1985 elle diffusera en direct la mort de la petite Colombienne engloutie dans la coulée de boue d’un volcan.

Eté 1964. « Pour l’Etat-nation, l’été 1962 après l’indépendance de l’Algérie avait été l’été de tous les enjeux. Plus prosaïquement, 1964 nourrit la chronique d’un été sans aucune mesure avec ce qui précède : entre autres, l’apparition de quelques seins nus sur les plages varoises et le tournage du ‘Gendarme de Saint-Tropez’ dont l’une des missions est précisément de pourchasser les naturistes […]. Surtout l’annonce d’un grand basculement anthropologique A travers ce corps dévoilé, c’est toute la question de l’intime et de sexualité qui se pose. Ce même été, le docteur Simon présente le stérilet ‘une sorte de crosse d’évêque finissant en grains de chapelets’. Le caractère délibérément provocateur du propos est manifeste. »

Les « boomers » déjà ! « Entre le général Westmoreland en 1965 et Lyndon Johnson en 1967, ‘Time’ désigne en 1966 comme ‘homme de l’année’, les ’25 ans et moins’. Dans le fond, cette génération a été celle des quatre P : paix, prospérité, plein-emploi et progrès. La culture de masse commence à se colorer des images et des sons venus de leur classe d’âge. La beatlemania qui déferle en quelques mois sur la planète en est l’indice le plus tangible. La une de ‘Time’ avait vu juste dans son constat du passage des baby-boomers au premier rang de la scène mondiale. »

Coluche, l’appel à voter clown. « En octobre 1980, Coluche annonce sa candidature : ‘Avant moi, la France était coupée en deux ; dorénavant, elle sera pliée en quatre’ ; ‘Je veux aller jusqu’au bout et foutre la merde’. ‘Le Nouvel Obs’ annonce que 27 % de ses lecteurs sont prêts à voter pour le fantaisiste. ‘Le Monde’ publie un appel pour cette candidature signé de Gilles Deleuze, Maurice Nadeau, Félix Guattari, etc. […] Ce qui en conséquence déboucha sur une dévaluation du sens de ces mots alors même que les intellectuels sont les dépositaires et les gardiens d’un tel sens. »

Le temps qui passe, la France qui change. Echos du monde d’avant

de Jean-François Sirinelli. Editions Odile Jacob, 320 pages, 23,90 euros.

Crédit: Lien source

Les commentaires sont fermés.