Au Sénégal, le chanteur Youssou Ndour prend ses distances avec le pouvoir

Youssou Ndour nourrit-il une ambition présidentielle ? A la surprise générale, jeudi 7 septembre, le chanteur sénégalais, roi du mbalax, la musique la plus populaire du pays, a démissionné de ses fonctions de ministre-conseiller auprès du chef de l’Etat, Macky Sall, et quitté la coalition au pouvoir, Benno Bokk Yaakaar (BBY). Le communiqué de Fekkee Ma Ci Boole (« je suis là donc j’en fais partie », en wolof), son mouvement politique créé en 2010, ne donne pas de raison à cette rupture. Et ne dit pas non plus si l’artiste de 63 ans sera candidat à la présidentielle de février 2024, un scrutin plus ouvert que jamais.

Homme d’affaires influent et patron du Groupe Futurs Médias, Youssou Ndour a fait ses premières armes en politique en janvier 2012, lors des mobilisations contre le troisième mandat de l’ancien président Abdoulaye Wade. A l’époque, il participe aux rassemblements et est blessé à la jambe. Une mésaventure qui ne l’empêchera pas de présenter sa candidature, finalement retoquée par le Conseil constitutionnel par manque de signatures de soutien. Au lendemain du premier tour, le chanteur décide – comme le reste de l’opposition – de soutenir Macky Sall. Il bat campagne pour lui à travers le Sénégal, jouant de sa popularité.

C’est le début d’un long compagnonnage politique entre les deux hommes. En avril 2012, Youssou Ndour est nommé ministre de la culture et du tourisme – puis seulement du tourisme. Lors d’un remaniement gouvernemental en septembre 2013, il perd son portefeuille mais décroche la casquette de ministre-conseiller auprès du président Macky Sall. Un titre qu’il conservera pendant dix ans.

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Fidèle au chef de l’Etat, le chanteur ne ménage pas sa peine pour le faire réélire en 2019, multipliant les concerts gratuits à travers le Sénégal. « Ses intérêts politiques et économiques sont liés, souligne Moussa Diaw, professeur en sciences politiques à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis. Au temps de Wade, il avait rencontré des difficultés pour mettre en place sa télévision, obtenir les autorisations de diffusion, et il avait eu des ennuis avec les impôts. En intégrant la coalition présidentielle BBY, il était épargné et préservait ses intérêts économiques»

Sa radio et sa télévision attaquées

En parallèle de ses activités politiques, l’artiste poursuit sa carrière musicale, avec la sortie de son album Mbalax, en novembre 2021, et la présentation du conte musical Birima au théâtre du Châtelet, à Paris, du 20 au 23 septembre. Son groupe de presse, en revanche, pâtit de ses bonnes relations avec le pouvoir. En marge des manifestations contre un éventuel troisième mandat de Macky Sall ou pour la libération de l’opposant Ousmane Sonko, entre mars 2021 et juin 2023, les locaux de sa radio et de sa télévision ont été attaqués à plusieurs reprises, ainsi que certains journalistes.

« Les Sénégalais lui reprochent de n’avoir jamais pris position officiellement lors des manifestations meurtrières. Il n’a jamais évoqué publiquement cette violence. Il n’a pas non plus fait de chanson pour demander aux jeunes de rester au Sénégal et d’arrêter de partir clandestinement vers l’Europe », analyse Moussa Diaw.

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Même s’il a cautionné l’ambiguïté entretenue pendant plusieurs années par la présidence sur l’éventualité d’un troisième mandat de Macky Sall, Youssou Ndour s’est réjoui de la décision du chef de l’Etat de ne pas se présenter au scrutin de 2024. « Un président de la République qui organisera, sans y participer, l’élection de son successeur, ça sera une première dans notre histoire commune. Un très grand président tu l’es, un chef d’Etat incomparable tu le resteras », s’est exprimée la star sur ses réseaux sociaux le soir même de la déclaration de Macky Sall.

Ce dernier doit se prononcer dans les prochains jours sur le candidat issu de son camp qui pourrait lui succéder. Un choix qui pourrait se porter sur l’actuel premier ministre, Amadou Ba, sur le président du Conseil économique, social et environnemental, Abdoulaye Daouda Diallo, sur l’ancien premier ministre Mahammed Dione ou sur l’ancien ministre de l’intérieur et actuel ministre de l’agriculture Aly Ngouille Ndiaye. Youssou Ndour, lui, a le champ libre : soutenir le candidat de son choix… ou se présenter lui-même pour la deuxième fois.

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