Après l’huile de tournesol, l’huile de palme pourrait se faire plus rare

L’Indonésie adopte cette mesure brutale pour des raisons intérieures. Peuplé de 270 millions d’habitants, le pays affronte une pénurie et une flambée des prix de l’huile de cuisson qui risque de provoquer des troubles sociaux. Le prix de gros s’est envolé de 70 % ces dernières semaines, alors que le pays ne consomme que 15 millions de tonnes en rythme annuel. Cette spirale inflationniste s’explique par la stratégie des producteurs indonésiens, qui préfèrent écouler leurs cargaisons à l’international pour profiter à plein de la hausse des cours. Ceux-ci sont au plus haut depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, à la fin février.

L’huile de tournesol vient d’Ukraine

L’Ukraine est, en temps normal, le principal producteur d’huile de tournesol, dont les volumes mondiaux sont beaucoup plus modestes que ceux de l’huile de palme. Elle a la main sur 50 % du commerce mondial de l’huile de tournesol, 80 % avec la Russie. Touchés par les difficultés d’approvisionnement, nombre d’acteurs de l’agroalimentaire prévoyaient hier encore de substituer l’huile de tournesol par l’huile de palme dans certaines recettes…

« Sur les matières premières alimentaires, le marché des huiles végétales est l’un des plus tendus. Le Covid et ses conséquences ont entamé la production d’huile de palme en Malaisie, le deuxième fournisseur mondial. Et la sécheresse en Amérique du Sud affecte la culture du soja » (qui sert aussi à produire des tourteaux, comme le palmier à huile, NDLR) explique l’économiste Christian de Perthuis, un spécialiste des matières premières et de l’énergie. Dans les pays occidentaux, cette convergence de problèmes pourrait avoir des répercussions. « Ils vont mécaniquement accentuer l’inflation, même s’ils ne seront pas immédiatement visibles sur les prix au détail », juge-t-il.

Les entreprises de l’agroalimentaire se gardent, pour l’instant, d’affoler le consommateur. « Ferrero s’approvisionne actuellement pour plus des deux tiers de ses volumes en Malaisie. Nous suivons de près l’évolution de la situation mais, à ce stade, il est trop tôt pour faire une évaluation définitive des conséquences » de la rupture des exportations indonésiennes, répond prudemment Ferrero France, bien connu pour sa pâte à tartiner et ses confiseries.

Il n’y a pas de solution miracle

Du côté du Cirad, l’organisme français de recherche agronomique qui intervient en Asie du Sud-Est, on confirme néanmoins que la solution miracle ne va pas apparaître en claquant des doigts. « Une alternative oléagineuse tropicale pourrait être l’huile de coco, mais la filière a déjà du mal à faire face à la demande croissante en noix de bouche. Et la réorientation d’une filière pérenne prend 25 ans, au mieux », explique Alain Rival, l’un de ses chercheurs basés en Indonésie. Selon lui, l’embargo indonésien va inévitablement renchérir les cours mondiaux, même si l’huile de palme reste moins onéreuse que ses concurrentes. Son prix a d’ailleurs bondi de près de 10 % le 27 avril à la Bourse de Kuala Lumpur (Malaisie), soit une hausse de 63 % sur un an.

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