En succédant à Laurent Ruquier, Léa Salamé a redonné des couleurs à la case stratégique du samedi soir, en deuxième partie de soirée. Avec plus de un million de fidèles par semaine, France 2 n’avait pas connu de telles audiences depuis six ans.
En cette veille de rentrée, êtes-vous sereine ou stressée ?
Un peu les deux. Honnêtement, je suis plus sereine que l’an dernier. On ne pensait pas faire ces scores-là. On ne pensait pas qu’un public habitué à passer ses samedis soir pendant vingt ans avec Laurent Ruquier viendrait nous voir. Maintenant, on a peur que ça baisse, c’est normal. C’est à nous d’être encore plus dans l’événement, de faire des coups.
Peu de gens croyaient en vos chances…
Oui, c’était un vrai pari. Les figures qui m’ont précédée dans cette case mythique étaient des hommes, et tous animateurs. Le fait de nommer une femme journaliste avec une image un peu dure, d’intervieweuse pugnace ou agressive, ce que l’on m’a reproché, était risqué. On a tâtonné pendant cinq ou six émissions, puis une magie s’est fait sentir sur le plateau. Je suis estomaquée de voir les réactions dans la rue : « On attend l’émission chaque samedi soir. Elle nous fait du bien, on rit, on la regarde en replay… » C’était quelque chose à laquelle je n’étais pas habituée.
Comment avez-vous réussi votre mue de journaliste en animatrice d’infodivertissement ?
Assez naturellement. J’ai toujours eu cette dimension qui me vient peut-être de mon côté oriental, méditerranéen et débordant. Au début, j’étais un peu coincée et je me suis progressivement lâchée. En tant que journaliste politique, je commençais à tourner en rond. Dans Quelle époque !, je peux interroger les hommes politiques sur des questions plus humaines. Je peux parler de leur vie privée, me marrer avec eux, ce qui n’empêche pas les questions méchantes.
Ne risquez-vous pas de vous « fogieliser » ou « ardissoniser », en entrant dans la course au buzz ?
Je ne le prends pas comme une critique. Et, honnêtement, je ne pense pas qu’on ait déjà cédé au buzz facile. J’aime bien qu’il y ait un peu de transgression et de sulfureux mais sans tomber dans le trash. On nous a reproché l’interview du tueur en série, Charles Sobraj, dit le Serpent. On n’était pas les seuls. TF1 l’a reçu à 19 h 00, nous à 1 h 00 du matin. Il a purgé une très grande partie de sa peine. Il a eu sa série Netflix. On a rappelé ses crimes. Si c’était à refaire, le referais-je ? Oui. Il faut toujours assumer.
Avec un père ancien ministre de la Culture au Liban, une scolarité à Sciences Po Paris, une carrière à France Inter, vous devez quand même préférer interviewer Éric Dupond-Moretti que Vincent Lagaf’ ?
Pas du tout. J’entends les remarques sur France Inter, son côté bien-pensant et bobo. Je ne suis pas comme ça. Je ne suis pas snob. Je suis devenue journaliste parce que j’aime les histoires. La séquence avec Vincent Lagaf’ a été très forte. Sa vie est romanesque. J’ai pris plaisir à lire sa biographie. Autre séquence forte : quand Laeticia Hallyday a décidé de nous confier ses propres infidélités. C’était la première fois qu’elle le disait. Ce que je recherche chez toutes ces personnes, ce sont leurs failles, leur humanité.
Comme cheffe de bande, comment êtes-vous ?
Sans être autoritaire, j’ai une forme de fermeté. Et il faut l’avoir. Mais je ne me considère pas du tout comme cheffe de bande. Christophe Dechavanne et Philippe Caverivière ont des personnalités tellement fortes, je ne me vois pas leur imposer quoi que ce soit. Je ne pense pas être cassante. J’ai une autorité ronde, à la libanaise.
Il doit y avoir eu des prises de becs avec Dechavanne, hors antenne ?
Non, mais on se dit les choses. On a un discours assez libre. On les a choisis, lui et Philippe Caverivière, car ils ne sont pas lisses. Je ne vais pas aller pleurer après parce qu’ils ont de la personnalité. On se dit les choses franchement et simplement.
N’êtes-vous pas gênée par certaines blagues de vos acolytes masculins, Paul de Saint-Sernin, Philippe Caverivière et Christophe Dechavanne ?
Je n’ai jamais honte. Même ratées, je les trouve drôles. D’ailleurs, on garde souvent les mauvaises blagues. C’est ce qui donne la sève de l’émission.
Auriez-vous réussi de la même manière si vous aviez gardé votre prénom libanais, Hala ?
Je ne sais pas. J’aime penser que oui. Ce que je sais, c’est qu’à 13 ou 14 ans, j’ai voulu changer de prénom. J’aime mon prénom libanais mais les Français n’arrivaient pas à prononcer le H aspiré. On m’appelait Allah ou Allahou akbar. Je ne le supportais pas. Alors, j’ai fini par prendre mon deuxième prénom, Léa.
La question de l’identité est très importante pour vous…
Oui. Je continue de me poser des questions. Quelle aurait été ma vie s’il n’y avait pas eu la guerre au Liban, si je n’étais pas venue en France à l’âge de 5 ans ? Le fait d’être Libanaise, Arménienne, chrétien d’Orient, même si ça m’a énormément fait souffrir à l’adolescence, je pense que cela a participé à la personne que je suis devenue et à ma carrière. Dans Quelle époque !, on voit mon côté libanais. Il y a un côté moins chichiteux, plus simple chez les Orientaux. Quelqu’un m’a dit que j’avais un peu décoincé le journalisme français. C’est le plus beau compliment qu’on ait pu me faire.
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