La France prépare l’intégration des objectifs européens dans sa stratégie énergétique – EURACTIV.fr

La ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, a dévoilé mardi (12 septembre) les avancées en cours sur la planification écologique et énergétique française. Son entourage affirme que les objectifs européens seront bien pris en compte. La France accuse un retard sur la mise à jour de son plan national énergie-climat.

Fin 2019, l’UE lançait le « Pacte vert pour l’Europe » (Green deal), synthétisant l’ensemble des textes législatifs nécessaires pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat.

Depuis, la Russie a déclenché une guerre en Ukraine, l’UE a acté l’objectif de réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 par rapport à 1990 et l’objectif de 42,5 % d’énergies renouvelables dans la consommation énergétique d’ici à 2030.

Afin de prendre sa part, la France s’apprête à mettre à jour ses textes de programmation énergétique et climatique, et notamment la « loi de programmation énergie et climat » (LPEC) prévue avant l’été, puis repoussée à l’automne. Le temps, finalement, de plancher sur les moyens d’atteindre les objectifs poursuivis.

À ce sujet, sept groupes de travail réunissant des décideurs politiques, économiques et associatifs ont rendu mardi (12 septembre) leurs recommandations à la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher.

Le premier constat est sans appel : la France doit électrifier son parc énergétique, tout en réduisant sa consommation. En ce sens, les travaux rendus envisagent une réduction de 25 à 30 % de la consommation d’énergie d’ici à 2030, soit un doublement par rapport à l’objectif inscrit dans le dernier plan national énergie-climat (PNIEC) remis à la Commission européenne en 2021.

En face, les consommations d’électricité et de chaleur renouvelables devraient connaitre des bonds respectivement de 30 % et 60 % par rapport à 2022, selon les chiffres retenus.

Pour atteindre ces objectifs, les travaux menés dévoilent quelques priorités, entre sobriété et efficacité énergétique, développement du nucléaire et du renouvelable, maintien des capacités thermiques en cas d’urgence, effort d’innovation et de décentralisation de la prise de décisions.

Doublement de l’éolien et quadruplement du solaire

En chiffre, ces priorités se traduisent par un passage de 0,5 GW d’éolien en mer en 2022 à 18 GW en 2030. La puissance installée d’éolien terrestre doit doubler, passant de 21 GW en 2022 à 35 GW en 2030. Celle du photovoltaïque doit même tripler, voire quadrupler d’ici 2030, passant de 16 à 60 GW.

Bien que tout ne soit pas encore bouclé, il s’agit de « l’exercice le plus sérieux et le plus lucide de planification écologique, et en particulier en matière d’énergie, qui a été fait depuis un certain temps », s’est félicitée Mme Pannier-Runacher à l’issue de la présentation des travaux.

« À ma connaissance, je n’ai pas de collègues européens qui disposent de la même profondeur de travaux », a-t-elle ajouté.

D’ailleurs, le cabinet de la ministre « confirme » à Euractiv France que la planification en cours de préparation intégrera bien les objectifs européens votés ces derniers mois, y compris les nouvelles orientations esquissées mercredi (13 septembre).

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a par exemple annoncé lors de son discours sur l’état de l’Union mardi la mise en route d’un nouveau train de mesures pour accélérer le déploiement de l’éolien en Europe.

De leur côté, les associations environnementales nuancent.

D’abord, « les objectifs annoncés par filière, même s’ils ont été renforcés, semblent insuffisants pour permettre d’atteindre le nouvel objectif global au niveau européen » de réduction des émissions de gaz a effet de serre de 55 %, déclare à Euractiv France Anne Bringault, directrice des programmes du Réseau action climat.

Constat similaire sur les renouvelables : « il y a peu de nouvelles mesures annoncées pour accélérer. L’atteinte des objectifs européens semble donc difficile en l’état ».

En outre, la France est toujours en retard sur les objectifs de déploiement de renouvelables qui lui avait été fixés par l’UE pour 2020.

Un discours de « vérité »

Les travaux présentés à ce jour ne font pas office de conclusion. Surtout, « Nous n’essayons pas d’embellir la situation », avait déclaré lundi (11 septembre) à Euractiv France le député Antoine Armand (Renaissance), président du groupe de synthèse des travaux menés ces derniers mois, lors d’une rencontre organisée par l’association des journalistes de l’énergie.

Par exemple, «Nous ne sommes pas encore capable de documenter complètement le modèle de baisse de la consommation d’énergie  a déployer», avait-il illustré.  

Pour être dans les clous globalement, « l’impulsion doit donc être politique et locale » en permettant, notamment, l’expérimentation de mesures sur un territoire pilote de l’action climat et énergie de la France, plaide-t-il toujours.

Un discours de « vérité » qui ne cache pas le retard emmagasiné sur le calendrier législatif. La LPEC et les deux textes législatifs et règlementaires qui la complète — mise à jour de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) et de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) — ont été repoussés maintes fois depuis juillet dernier.

En vue de la teneur actuelle du travail fourni, il est peu probable que la LPEC soit adoptée avant la fin de l’automne, voire même de l’année, nous confient plusieurs sources proches du dossier.

De ces lois pourrait ensuite découler le prochain PNIEC français pour la période 2023 – 2030 qui devait être rendu en juin dernier à la Commission européenne. Mais puisqu’il est « indépendant de la loi », précise le cabinet de la ministre, il pourrait donc être rendu avant l’adoption du tryptique de textes français.

La « planification » écologique n’est plus un gros mot

The climate crisis is real, and simply hoping that EU citizens will voluntarily change their ways enough to create the necessary change is idealistic at best. European politicians are coming around to the idea of a more rigorously planned approach, so-called state ‘planification’.

[Édité par Frédéric Simon]


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