Gaines de différents diamètres, annelées ou lisses, électriques ou à destination de l’irrigation… Le parc de stockage de la société Elyrev, à Signes, déborde de chutes de ces éléments en polyéthylène et polypropylène indispensables au monde du BTP et des travaux publics.
« Vous seriez venus il y a quelques jours, les tas étaient bien plus grands, mais nous avons reçu entretemps une nouvelle machine capable de traiter de plus grosses pièces que notre petit broyeur », commente Marc Tassy, le directeur général de la filiale du groupe grenoblois Elydan, spécialiste de la fabrication de canalisations en polyéthylène et polypropylène, de conduits et canalisations en tous genres pour les marchés du bâtiment, des travaux publics et de l’irrigation. Il est même un peu son fondateur puisqu’Elyrev est née d’un besoin identifié par cet ex-directeur achat de l’industriel français aux 170M€ de chiffre d’affaires.
Responsabilité élargie des producteurs
Qui, ces dernières années, devait répondre au besoin de plus en plus pressant de ses clients professionnels du BTP, contraints depuis 2020 de récupérer et recycler leurs déchets, dans le cadre de la responsabilité élargie des producteurs (Rep) auquel le monde des travaux publics s’attend aussi à être assujetti.
« Elydan produit 55.000 tonnes de matière plastique transformée dont la moitié avec des matières recyclées dans une plus ou moins grande proportion en fonction de l’usage auquel le produit est destiné. Mais on ne savait pas recycler nous-mêmes. Le pari d’Elyrev est parti de là », poursuit ce fin connaisseur des matières plastiques recyclées, qui en tant que directeur des achats, se heurtait alors à une autre difficulté. « Dans les matières recyclées, la qualité n’était pas toujours au rendez-vous. »
Elydan a déjà investi plus de 3M€
dans l’usine de recyclage Elyrev.
L’idée est née de créer une usine où les chutes de gaines collectées auprès des clients à l’issue d’un chantier seraient triées, broyées, puis retransformées en granulés utilisables par Elydan pour fabriquer de nouveaux consommables et les vendre…
Un bel exemple d’économie circulaire dans lequel le groupe isérois était prêt à investir en mode startup. « Depuis le démarrage de l’usine en août 2022, nous avons déjà fabriqué et revendu à la maison mère 400tonnes de granulés. » En l’occurrence, c’est l’usine voisine d’Aubagne, tournée vers les produits d’irrigation dans lesquels les matières recyclées sont particulièrement tolérées, à haut pourcentage, qui est cliente depuis un an d’Elyrev. « Mais on ne s’interdit pas, un jour, de vendre aussi à d’autres entités que notre groupe », ajoute Marc Tassy.
Le cadre qui a obtenu carte blanche de sa direction pour monter ce projet de A à Z a embarqué avec lui l’ex-responsable qualité d’Elydan, devenu aujourd’hui à ses côtés responsable technique d’Elyrev.
Après six mois de recherche, le duo a fini par trouver un local provisoire de 650 m² dans la zone d’activités de Signes, a conçu la chaîne de production et expérimenté une première fabrication concluante après avoir fait une étude de marché.
« Sur un million de tonnes de polymères consommés par le BTP en France en 2020, 12,5% finissaient en déchets, dont la moitié seulement est recyclée, au mieux pour en faire des CSR (Combustibles solides de récupération), donc peu valorisée. »
Une fois le besoin identifié, le fruit de sept mois de collecte en partenariat avec les Canalisateurs de France qui s’engageaient à trier correctement a permis de tester le process mis en place, avec des machines qui effectuent la transformation en plusieurs étapes. « Au total, Elydan a déjà investi, en fonctionnement et investissement, 3,2M€ », estime Marc Tassy qui a pu compter sur une subvention de l’Ademe de 100.000€.
Déménagement le 22 septembre
L’industriel a même fait construire une toute nouvelle usine, toujours à Signes, de 3.900m² sur 20.000m² de terrains dans lesquels la petite équipe de sept personnes emménagera le 22 septembre. « Nous aimerions recruter deux opérateurs supplémentaires mais nous ne trouvons personne », regrette le dirigeant.
La capacité de cette nouvelle unité sera de 3.000tonnes par an, avec un objectif de 5.000tonnes à cinq ans. Auparavant, Elyrev doit se faire connaître.
Capable de fabriquer quatre types de granulés différents en fonction des matières d’origine (issus de la marque NF, produits lisses, gaines annelées, couleur rouge, ou polypropylène utilisé dans les petites gaines), Elyrev accueille les camions de déchets apportés par ses clients sur son site de Signes mais peut aussi mettre des big bags à disposition et les récupérer directement sur les chantiers. « Nous leur demandons de trier mais nous pouvons aussi le faire nous-mêmes », précise le directeur.
Car l’économie circulaire est une chaîne vertueuse dont le tri est un maillon essentiel.
Un process d’économie circulaire
Elyrev est bâtie sur un process de fabrication découpé en plusieurs étapes, dont l’extrusion est le cœur. Les chutes de gaines sont d’abord triées par famille, puis déchiquetées par une première machine en gros morceaux, lesquels sont broyés.
La ferraille qui pourrait y rester coincée est enlevée, les matières sont ensuite plongées dans un « bac à lourd », où le plastique valorisable flotte. Il sera ensuite lavé puis séché dans une centrifugeuse. La matière est homogénéisée dans un big bag avant d’être transformée en granulés par le biais d’une extrudeuse qui avec la double action de la chaleur et de la vis sans fin transforme ces matières broyées en granulés, lesquels seront aussi homogénéisés et caractérisés au labo.
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