« Les choses vont assez vite » en Martinique et Guadeloupe

« Pendant huit jours, je n’ai pas vu la lumière. » Atteinte de la dengue au début du mois de septembre, Sara, enseignante en Nord-Basse-Terre, en Guadeloupe, n’a « fait ni la pré-rentrée, ni la rentrée », clouée au lit par cette infection virale bien connue et qui se répand aux Antilles depuis un mois. 705 cas cliniquement évocateurs ont été dénombrés en Martinique en une semaine, et 820 cas en Guadeloupe, selon le dernier bulletin hebdomadaire de Santé Publique France.

La dengue se transmet par la piqûre du moustique « aèdes aegypti ». Si la grande majorité des cas s’apparentent à un syndrome grippal, dont seuls les symptômes peuvent être traités, certaines formes de la maladie peuvent s’avérer graves, voire mortelles. Trois décès sont déjà à déplorer en Martinique et trois autres en Guadeloupe.

« Une épidémie déjà installée »

« Les choses vont assez vite », note le professeur André Cabié chef du service des maladies infectieuses et tropicales au CHU de Martinique, et « on ne sait pas encore jusqu’où ça va aller, on est frappés par le fait qu’il y a déjà eu des décès, des formes graves ». Santé Publique France dénombre 9 cas graves en réanimation en Guadeloupe, et 6 en Martinique depuis fin juillet.

« On est clairement dans une grosse phase épidémique avec un nombre de nouveaux cas plus élevé qu’à la précédente épidémie », explique le docteur Samuel Markowicz, chef de service des maladies infectieuses du CHU de Guadeloupe. Dans son service, « entre 3 et 4 patients sont hospitalisés pour une dengue non sévère et on tourne autour de trois patients en réanimation pour des dengues sévères ».

Le docteur Philippe Desprez, chef du service pédiatrie au CHU de Guadeloupe, décrit « une épidémie déjà installée avec au moins 3 cas par semaine hospitalisés pour le moment ».

Fait particulier cette année, le même sérotype, le sérotype 2 (il en existe 4), circule sur les deux territoires. La situation épidémiologique reste calme mais sous surveillance à Saint-Martin et Saint-Barthélemy.

Docteur Samuel Markowicz : chef de service des maladies infectieuses du CHU de Guadeloupe, dans son bureau. | OUEST-FRANCE, CÉCILE REMUSAT

Docteur Samuel Markowicz : chef de service des maladies infectieuses du CHU de Guadeloupe, dans son bureau. | OUEST-FRANCE, CÉCILE REMUSAT

« Que l’hexagone se prépare ! »

Des signes d’aggravation pouvant survenir, « chez certains patients en très bonne santé vers le 4e ou le 5e jour », précise le Pr Cabié, avec un risque de développer une forme grave de la maladie « beaucoup plus important statiquement lorsqu’on a une deuxième fois la dengue ».

Les personnes présentant des comorbidités ou un syndrome majeur drépanocytaire (maladie génétique héréditaire touchant une naissance sur 300 aux Antilles) restent aussi particulièrement à risque.

Les complications peuvent prendre la forme d’hémorragies, ou d’un « état de choc, c’est-à-dire un problème d’hypotension artérielle majeur ou une défaillance organique qui peut être le cerveau, le foie ou le rein », note le Dr Markowicz.

Si les médecins des Antilles sont habitués à ce type d’épisode épidémique, Dr Desprez avertit : « Que l’hexagone se prépare ! Ça va devenir une virose à laquelle il va falloir s’attendre au même titre que le Zika et le chikungunya, car l’aède est présent dans le sud de la France et il y a déjà des cas de dengue. »

Selon Santé Publique France, depuis 2010, « des épisodes de transmission de dengue dans l’hexagone sont régulièrement identifiés ». L’année 2022 a été « exceptionnelle que ce soit en termes de nombre de foyers de transmission qu’en nombre de cas autochtones ».

Crédit: Lien source

Les commentaires sont fermés.