Le premier ministre canadien Justin Trudeau croit qu’une solution durable à la crise en Haïti devra venir de l’intérieur du pays, et que le gouvernement d’Ariel Henry doit rallier davantage d’appuis pour favoriser la réussite d’une éventuelle intervention multinationale.
M. Trudeau a fait ces déclarations jeudi, en marge d’une série de rencontres au siège de l’Organisation des Nations unies (ONU), à New York.
Aux côtés d’Ariel Henry, premier ministre par intérim d’Haïti, M. Trudeau a aussi annoncé 80 millions de dollars supplémentaires en aide humanitaire et en aide à la sécurité pour la police nationale haïtienne, complètement dépassée par les activités des gangs criminels.
Par ailleurs, le Canada a imposé de nouvelles sanctions contre trois autres membres du monde des affaires haïtien, gangrené par la corruption. À ce jour, 29 individus sont visés par des sanctions.
En conférence de presse, M. Trudeau n’a pas indiqué directement si le Canada participerait à une mission multinationale pour intervenir dans la crise en Haïti.
On ne peut pas continuer de mettre des diachylons sur les crises auxquels les Haïtiens font face, sans que les Haïtiens eux-mêmes ne soient au centre des solutions
, a-t-il dit.
Justin Trudeau et Ariel Henry ont participé à une réunion spéciale sur la situation en Haïti, jeudi, au siège de l’ONU à New York.
Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld
M. Trudeau a par ailleurs dit constater que le gouvernement haïtien est loin du consensus nécessaire à la réussite d’une quelconque intervention multinationale.
Nous avons besoin que le gouvernement d’Haïti prenne au sérieux la nécessité de créer un consensus politique, et de rallier la population pour appuyer nos interventions
, a indiqué le premier ministre canadien.
C’est pourquoi j’ai demandé aujourd’hui au premier ministre Henry d’en faire beaucoup plus, de créer une unité politique et un consensus autour du soutien international
, a-t-il ajouté.
M. Trudeau a aussi reconnu qu’en plus de l’aide humanitaire, une aide militaire à la sécurité pourrait être nécessaire pour stabiliser le pays. Il n’a toutefois pas précisé le rôle du Canada à cet égard.
Un groupe consultatif
M. Trudeau et l’ambassadeur du Canada aux Nations unies, Bob Rae, ont également présidé jeudi un groupe consultatif ad hoc composé de délégués de l’ONU qui tentent de tracer la voie à suivre dans ce délicat dossier.
Il n’y a pas de solution extérieure à cette situation, avait déclaré M. Trudeau plus tôt en journée. Nous avons un rôle à jouer de l’extérieur […], mais nous avons besoin de plus de dialogue, de plus de consensus en Haïti et dans la population haïtienne.
Des gangs criminels très violents sévissent en Haïti depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, bloquant les livraisons de carburant et terrorisant la population locale, le tout en pleine épidémie de choléra.

Des Haïtiens lors d’une manifestation pour la fin de la violence des gangs, à Port-au-Prince, en août dernier
Photo : Reuters / RALPH TEDY EROL
L’automne dernier, le premier ministre Henry a réclamé une intervention militaire extérieure pour éliminer les gangs et assurer l’aide humanitaire. Cet appel a intensifié les pressions sur le Canada, de la part de l’ONU et de ses alliés comme les États-Unis, pour qu’Ottawa prenne les devants dans cette initiative.
Le Kenya a depuis proposé de jouer ce rôle, et les États-Unis seraient sur le point de demander au Conseil de sécurité de l’ONU d’approuver le déploiement d’une force multinationale en Haïti.
Les nouvelles sanctions annoncées jeudi par Ottawa visent les hommes d’affaires Marc Antoine Acra, Carl Braun et Jean-Marie Vorbe. Ces trois membres de l’élite économique haïtienne
seront interdits de territoire au Canada et feront l’objet d’une interdiction générale de transactions.
Le Canada a des raisons de croire que ces personnes attisent la violence et l’instabilité en Haïti en se livrant à des actes de corruption et à d’autres actes criminels, et en permettant aux gangs armés de mener des activités illégales qui terrorisent la population et menacent la paix et la sécurité en Haïti
, indique un communiqué d’Affaires mondiales Canada.
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