Envoyé spécial à Marseille.
Jouer au Vélodrome à Marseille, c’est forcément entrer dans la légende, participer à l’histoire de ce stade mythique où les exploits du ballon rond acceptent parfois que viennent s’y mêler ceux de l’ovalie. Et il n’y a pas que les manchots qui peuvent vous abreuver d’anecdotes à son sujet. Les rugbymen aussi en ont de bonnes à vous conter. « J’adore, je suis fan, je n’ai que des grands souvenirs au Vélodrome en tant que joueur », débute le sélectionneur Fabien Galthié très prolixe sur le sujet et de continuer : « C’était en 2000 contre les All Blacks. On était logés à Aix-en-Provence. On n’avait encore jamais joué au Vélodrome, c’était la première fois. On se perd, le bus ne trouve pas le stade. On arrive seulement une demi-heure avant, on va dans un hall mais c’est une réception de la Société Générale. On avait nos sacs et on nous dit : « Vous vous êtes trompés. »
Les gars étaient contents, on venait les voir une demi-heure avant le coup d’envoi, ils nous ont fait une ovation. Mais on n’était toujours pas dans le vestiaire. On s’est changé dans le bus et on est rentré dans le vestiaire un quart d’heure avant le coup d’envoi. Comme on n’avait pas le temps de s’échauffer, on a eu l’idée de faire le tour du terrain tout doucement, le long de la ligne de touche. Le public était très proche du terrain et il y avait une telle ferveur, une telle chaleur que lorsqu’on est rentré aux vestiaires, on était déjà chaud. Au bout d’un quart d’heure, on menait 17-0. »
Victoire finale (42-33) ! Vingt-deux ans plus tard, Charles Ollivon se souvient du match victorieux (30-26) contre les Sud-Africains : « J’ai le souvenir d’une pénalité de Cheslin Kolbe, on se regardait sur le terrain, on ne s’entendait pas parler tellement il y avait de bruit. J’ai eu l’impression parfois que le terrain tremblait un peu à cause des encouragements du public » et à Thomas Ramos le mot de la fin : « on ne s’entendait pas à deux mètres. » Le vélodrome même « namé » Orange Vélodrome, restera toujours un lieu à part.
Bon ce soir pas de grande nation du rugby à affronter pour étoffer la légende mais la petite Namibie pour continuer un sans-faute jusqu’à présent sans bonus offensif. Les « Welwitschias » qui participent à leur septième Coupe du monde avec zéro victoire au compteur sont aujourd’hui la 21e nation mondiale. Cette fois-ci, le bonus est là et en sus 13 essais sans en encaisser un seul (96-0). Les Bleus qui ont rencontré deux fois la Namibie en Coupe du monde, pour autant de victoires. D’abord en 1999 (47-13) puis en 2007 (87-10) n’ont cette fois-ci pas le choix, la victoire bonifiée ou rien.
Le XV de France enclenche dès les premières minutes
Et l’histoire débute de la meilleure des manières sur la première réelle offensive tricolore. Un ruck remporté. Une penal-touche ajustée par Jalibert. Touche bien menée avec une sortie de ballon pour Dupont, qui tape fort et à ras de terre sur la droite pour l’inévitable Damian Penaud sur son aile. Premier essai non transformé (5-0). La course au bonus est enclenchée en moins de cinq minutes puisque presque dans la foulée sur une inspiration de Jalibert au pied, Bielle-Biarrey se saisit du ballon et tel voltigeur passe acrobatiquement dans l’en-but à Danty, heureux de fêter son retour après blessure par un cinquième essai sous le maillot bleu. (12-0), après transformation cette fois-ci réussie par Ramos.
Les titulaires de retour décoiffent. Après un petit jeu de ping-pong, à toi à moi, ils enclenchent la vitesse supérieure sur l’aile droite. Sur une relance de Jalibert qui démontre toute sa confiance retrouvée, l’ouvreur offre à son demi de mêlée venu à l’extérieur. Une succession de deux contre un et de passes à l’aveugle entre Penaud et Jalibert permet d’offrir à Ollivon un nouvel essai (17-0). Les Namibiens n’y voient que du bleu au point qu’à la 21e minute Mauvaka feinte la défense, fait mine de rentrer à l’intérieur dans les 22 mètres adverse et sert Penaud sur la droite. L’ailier n’a plus qu’à se jeter dans l’en-but et inscrire un doublé, transformé par Ramos de retour lui aussi aux manettes (24-0).
Les minutes passent et l’équipe de France ne ralentit pas le rythme qu’elle a décidé d’imposer. Cela va de plus en plus vite, trop vite pour les Namibiens. Sur un nouveau lancé en touche Woki sert dans la foulée Dupont en retrait qui accélère et décale vers Danty lancé plein fer. Le trois-quarts centre réalise un joli Strike dans la défense des « Welwitschias ». (31-0). La premium team a des fourmis dans les jambes. À défaut d’enfiler les perles, ce sont les essais. Jelonch retrouvé offre un petit bijou de passe à Flament à une quinzaine de mètres de l’en-but namibien qui n’a qu’à aplatir.
Même Antoine Dupont n’a pu suivre. C’est dire ! Cela vire à la démonstration de cour d’école. Au niveau de la ligne médiane, Damian Penaud trouve l’intervalle et perce le rideau namibien. Il sert Antoine Dupont sur sa droite qui peut filer en terre promise sans aucun adversaire pour venir lui chatouiller les mollets. (45-0). À peine le temps de transformer que sur une énième inspiration de Dupont au pied, Bielle-Biarrey n’a plus qu’à choper la gonfle dans l’en-but pour un 54 à 0 après transformation de ? Thomas Ramos évidemment.
Les Bleus changent dans la tranquillité
Même pas la peine pour Fabien Galthié d’attendre la 50e minute pour réaliser les premiers changements. Reda Wardi, Romain Taofifenua, Dorian Aldegheri font leur entrée dans le pack dès le retour des vestiaires. Seul bémol, la sortie du capitaine Antoine Dupont sur une charge irrégulière à la tête. Il est remplacé par Couilloud. Le carton jaune du fautif, après décision du bunker se transforme en rouge. A 15 c’était dur, à 14 cela devient invivable et Baptiste Couilloud s’illustre quasiment à son entrée, en y allant aussi de son petit essai, histoire de faire comme les copains (61-0). Le vélodrome est en feu lorsque Grégory Alldritt en tribune apparaît sur le grand écran.
Une ovation accompagne son sourire. Le score acquis, le sélectionneur tricolore décide de même bouger ses lignes arrières. Sur une percée de Melvyn Jaminet à peine arrivé, il est stoppé à 5 mètres de la ligne, mais le ballon ressort et Ramos sert Penaud sur l’aile, qui aplatit en coin. (68-0) après transformation de Ramos. Malgré la marée tricolore, les Namibiens, plient rompent mais tentent de jouer dès que la plus petites des occasions se présente. Une manière comme une autre de faire partie du spectacle et de profiter de l’ambiance du Vélodrome. Mais voilà, ce sont des coulisses qu’ils le regardent. Sur une attaque à leur avantage, le contre enclenché par les Bleus en est l’illustration terrible. Bielle-Biarrey bien servi dans ses 22 mètres file seul pour un énième essai.
Quand on aime on ne compte plus ! (75-0). Ce n’est plus du rugby mais du hourra rugby « made in France. » auquel Charles Ollivon ajoute sa petite contribution (82-0). Contribution pour laquelle Melvyn Jaminet va aussi mettre la main à la poche dans les derniers instants (89-0). Enfin pour terminer, après les exploits individuels des uns et des autres, une autre petite tournée et un essai de pénalité sur un maul perturbé des Namibiens complètement sur les talons et à bout de souffle (96-0). Les Bleus voulaient le point de bonus, ils l’ont eu.
Fracture du plancher orbital pour Antoine Dupont
Seules ombres au tableau, et pas des moindres, les sorties d’Atonio et d’Antoine Dupont… Peu après le match, interrogé sur France 2, le sélectionneur français, Fabien Galthié, évoquait « une fissure ou une fracture maxillaire » pour le capitaine français. Finalement, en pleine nuit, Midi Olympique annonçait le terrible verdict pour l’équipe de France : le Toulousain souffre bien « d’une fracture du plancher orbital, après avoir été touché à la pommette droite ».
Le joueur du Stade Toulousain devrait être absent plusieurs semaines. Selon RMC Sports, le staff médical des Bleus attendrait 48 heures que l’hématome soit totalement résorbé, pour prendre une décision définitive quant à la manière de soigner au plus vite Antoine Dupont et déterminer, ainsi, sa durée d’indisponibilité.
Il sera absent entre quatre et six semaines. Au mieux, Antoine Dupont pourrait être aligné lors d’une potentielle demi-finale sachant qu’il y a peu de chances qu’il soit opérationnel pour le quart de finale programmé dans trois semaines. Dans le pire des cas, Antoine Dupont pourrait être forfait pour la suite de la compétition.
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