Juste l’équipe B de Monaco ? C’est fini au Cercle où on vise l’Europe : “On peut encore mieux travailler, comme chez Red Bull”

Cette sensibilité est encore plus forte à Bruges, où le Cercle est directement propriété de l’AS Monaco. Mais n’allez pas dire dans la Venise du Nord qu’on y voit la réserve monégasque avec un maillot vert et noir. Ce qui était vrai lors du rachat à l’été 2017 ne l’est plus du tout six ans plus tard. “On ne va plus revenir à un Monaco B”, assure Rembert Vroman, le nouveau directeur sportif du Cercle, étonnant quatrième en Pro League.

Cette étiquette n’a pas été simple à décoller. Parce qu’elle a été vraie pendant les premières années. Avec sept joueurs de Monaco prêtés dès le début, quand le Cercle était encore en D2. “À l’époque, être loué à Bruges était une punition, explique un proche d’un joueur qui a vécu ce passage. Personne à Monaco n’avait envie d’y aller. Les gars préféraient rester dans le noyau B. Ils pensaient qu’ils allaient se perdre au Cercle, se faire oublier.”

À part Cardona et Tormin, les onze autres joueurs prêtés lors des deux premières saisons n’ont d’ailleurs pas de vraie plus-value. Il faut attendre 2020 pour que la stratégie évolue dans le bon sens. “Le directeur sportif Carlos Avina a réalisé du très bon travail”, félicite le Brésilien Thiago Scuro, le nouveau directeur du football de Monaco.

Trois joueurs de Monaco prêtés cet été mais sans obligation de temps de jeu

Avina, qui n’a pas encore 30 ans en débarquant du Mexique pour gérer le Cercle en septembre 2020, travaille à la propre identité brugeoise. Il limite par exemple le nombre de prêts par saison. De sept la première saison et six la deuxième, on passe à seulement deux lors de son premier mercato. Puis chaque fois trois les deux années suivantes.

Et les joueurs débarquent de Monaco avec une autre mentalité. “On a vraiment vu un changement avec les arrivées enthousiastes d’Utkus et de Popovic, se souvient Hannes Van Der Bruggen, l’un des anciens chez les Brugeois. Avant je jouais contre le Cercle avec Courtrai et je voyais bien que les jeunes de Monaco n’étaient pas motivés. Aujourd’hui, les gars qui débarquent chez nous savent qu’ils arrivent dans un club bien structuré et qui travaille de manière très pro. Cela change la donne.”

Un changement d’état d’esprit qui s’est fait en deux temps : augmenter l’exigence quotidienne au Cercle pour arriver dans les standards monégasques et écoler les jeunes sur le Rocher. “On montre aux joueurs qu’aller au Cercle est un privilège, reprend Scuro. Jouer en D1 belge, ce n’est pas anodin. Pour nous, c’est le meilleur endroit possible pour développer un joueur. On en parle beaucoup à nos jeunes. Ils savent que le Cercle fait du bon travail en Belgique.”

Les trois joueurs prêtés cet été n’ont pas encore énormément joué avec le Cercle, mais ce n’est pas une inquiétude pour Scuro depuis Monaco. “Semedo commence à être titulaire tandis que Lemaréchal et Etonde sont arrivés en fin de mercato. Il faut leur laisser du temps. Je suis persuadé qu’ils pourront aider l’équipe cette saison. On ne loue pas des joueurs pour s’en débarrasser mais parce qu’on croit en leur développement au Cercle. Il est quand même important de préciser qu’il n’y a aucune obligation pour le staff brugeois. C’est le coach qui décide. On respectera toujours ses décisions.”

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« Carlos Avina qui passe de la direction technique du Cercle à Monaco cet été, c’est un message clair pour tout le monde à Bruges. »

L’étiquette Monaco B s’est aussi détachée grâce aux résultats du Cercle. Deuxième des Europe Playoffs l’an passé et à nouveau dans le même rythme cette saison, voire mieux. “On veut devenir de plus en plus fort avec le Cercle. On veut s’installer de façon plus régulière dans le top 5 et jouer l’Europe, ambitionne Scuro. Pour notre président (NdlR : Dmitry Rybolovlev), le Cercle joue un rôle important dans la stratégie. Le plan pour les trois prochaines années est en place. Cet été, on a signé un joueur comme Minda (NdlR : acheté 2 millions) qui est un jeune international A d’Équateur. On était aussi sur d’autres talents étrangers. Étape par étape, on montrera que le Cercle devient de plus en plus compétitif et donc plus intéressant pour séduire des joueurs.”

Comme un symbole de cette stratégie, la balance des transferts du Cercle était positive cet été, pour la toute première fois depuis le rachat par Monaco. Grâce à la vente record d’Ueda pour neuf millions à Feyenoord. Avant ça, ça penchait à chaque fois du mauvais côté. Avec 13,9 millions en négatif sur le marché des transferts entre 2017 et 2022 (selon Transfermarkt).

Hugo Siquet et Olivier Deman, les deux Diables récents du Cercle.

L’idée aujourd’hui est de faire du Cercle un club rentable, par lui-même mais avec l’aide de son grand frère. Sur le modèle Red Bull. Et ça tombe bien, Thiago Scuro est arrivé cet été à Monaco en droite ligne du Red Bull Bragantino au Brésil. Ne pas juste faire de l’argent avec le développement des joueurs loués à Bruges (les prêtés ont jusqu’à présent rapporté 18,3 millions par des reventes à l’ASM) mais réaliser de la plus-value grâce à des éléments du Cercle qui ne seront pas passés par la case monégasque.

Pavlovic vendu à Salzbourg à l’été 2022 pèse lourd dans la balance. ©IPM Graphics

Tout ça n’empêche pas les passerelles entre Monaco et Bruges. Les principes de jeu sont exactement les mêmes, les compétences en termes de travail athlétique et de diététique sont partagées, les datas sont disponibles pour les deux clubs et les différents staffs se rencontrent régulièrement, notamment lundi passé lors d’un amical entre le Cercle et l’équipe U23 monégasque (2-2).

Scuro compte encore renforcer les échanges. “Depuis mon arrivée, je travaille pour que ces concepts soient le plus clair possible pour tout le monde. De par mon expérience chez Red Bull, je suis convaincu qu’on peut encore faire mieux entre Monaco et le Cercle. Le travail des dernières années a déjà amélioré beaucoup de choses. Mais rester constant au top est un autre challenge. On doit encore plus travailler à l’intégration des concepts. On ne voit pas le Cercle comme une équipe qui doit servir Monaco. C’est une entité à part entière. Chez Red Bull, il n’y a aucun club qui est au service d’un autre.”

Bientôt un problème de riche comme à l’Union ?

Monaco, actuel leader en Ligue 1, reste le sommet de la pyramide. Et la promotion du Cercle vers le Rocher est possible. Avina, devenu directeur technique de l’ASM, en est le plus bel exemple. “C’est le résultat de son très bon travail au Cercle, précise Scuro. C’est un message clair à tout le monde : peu importe le rôle, le bon travail peut permettre de franchir le pas vers Monaco.”

Cet été, le Cercle a vendu son Diable Olivier Deman au Werder Brême pour quatre millions. Et un autre joueur est devenu international A depuis : Hugo Siquet. “Il n’y a aucune obligation de venir à Monaco, coupe Scuro. On respecte le marché et les joueurs. Si on a une possibilité de transférer un joueur du Cercle, on discutera avec la direction à Bruges. Et évidemment on paiera comme dans n’importe quel transfert. Plus le Cercle sera fort et plus les joueurs attireront les regards. Pas uniquement de Monaco. La vente d’Ueda est une belle preuve du respect pour le Cercle sur le marché européen.”

Et dans quelques mois à Bruges, on se créera peut-être le même problème de luxe qu’à l’Union avec Brighton : que faire si Monaco et le Cercle se qualifient pour la même compétition européenne ? “On respectera le règlement de l’UEFA”, répond-on poliment à Monaco. Via une adaptation dans l’actionnariat ? La question pourrait vite se poser au rythme de la progression du Cercle.

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