‘Merci Monsieur Biden de nous aimer autant mais s’il vous plaît, ne nous envoyez pas de soldats’, la prière du célèbre poète haïtien Lyonel Trouillot

Lyonel Trouillot est écrivain et poète. Il vit à Port-au-Prince où il est né en 1956. Il est professeur, intellectuel engagé et codirecteur de la revue Cahiers du vendredi et cofondateur et directeur de l’Atelier Jeudi soir. Il est l’invité de « Et dieu dans tout ça ? », présenté par Pascal Claude.

Cet écrivain haïtien de renom vit à Port-au-Prince. Même si son actualité est son dernier roman « Veilleuse du Calvaire », Impossible d’éluder la situation actuelle et dramatique en Haïti.

Que se passe-t-il aujourd’hui en Haïti ? On peut lire ici des titres comme « Port au Prince sombre dans l’enfer des gangs ». Qu’est-ce que vous observez, vous ? De quoi êtes-vous le témoin ?

« C’est vrai que Port au Prince est dans l’enfer des gangs. Ces gangs ne viennent pas de nulle part. Ils agissent aussi dans un contexte politique. Je ne suis pas le seul Haïtien à le penser, les Haïtiens le disent, l’écrivent, mais personne ne semble les écouter : ce que nous vivons en Haïti, c’est le maintien d’un pouvoir, considéré comme illégitime par les Haïtiens, le maintien de ce pouvoir par les puissances occidentales, les États-Unis en tête, l’Union européenne, les Nations-Unies, tout ce monde-là maintient au pouvoir un gouvernement dont les Haïtiens ne veulent pas.

Ce que les Haïtiens demandent, c’est que, pour arriver à des élections, il faut un gouvernement de transition consensuel, pensé par les Haïtiens, voulu par les Haïtiens.

Ce gouvernement n’ayant aucune autorité, aucune légitimité aux yeux des Haïtiens, la vie des gens s’est totalement dégradée parce qu’il n’y a aucune forme d’autorité, aucune capacité ni aucune volonté. Ce que les Haïtiens demandent, c’est que, pour arriver à des élections, il faut un gouvernement de transition consensuel, pensé par les Haïtiens, voulu par les Haïtiens avec une mission décidée par les Haïtiens. La bêtise de l’Occident sur la question haïtienne, c’est de vouloir maintenir ce gouvernement illégitime en lui demandant de faire des élections. Or, ce gouvernement ne pourra jamais faire des élections que les Haïtiens accepteront. Donc c’est ça l’impasse que nous vivons. Et plus cela dure, plus la société est désarmée, non seulement face aux gangs, mais aussi face à la corruption, face à la dictature de ce pouvoir puisqu’il n’y a pas de parlement, le système judiciaire est sous contrôle pratiquement de cet exécutif que personne ne respecte en Haïti. Voilà donc une population, un peuple, on peut le dire, livré totalement à lui-même. Il n’y a pas de gouvernement en Haïti pour ce qui concerne les Haïtiens. »

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