Après la messe, l’enterrement. Au lendemain de sa rencontre avec le pape François à Marseille, Emmanuel Macron a répondu aux questions des présentateurs des journaux télévisés de TF1 et France 2, Anne-Claire Coudray et Laurent Delahousse ce dimanche 24 septembre au soir. Au cours de l’entretien, il a mis fin à la tragicomédie inaugurée il y a une semaine par sa Première ministre, Élisabeth Borne, lorsqu’elle avait annoncé une prochaine autorisation de vendre le carburant à perte. Une mesure pilonnée aussitôt par la classe politique mais aussi par de nombreux acteurs économiques.
Carburant, prix de l’alimentaire : renoncement et vœux pieux
« La vente à perte ne sera pas dans le texte présenté mercredi en Conseil des ministres : elle restera comme menace », a-t-il ainsi lancé. En contrepartie, il a indiqué vouloir « demander aux enseignes de vendre à prix coûtant, et donc qu’elles ne fassent pas de marge ». Il ne s’est pas expliqué plus avant sur l’abandon de la vente à perte, mais a toutefois posé dans son propos liminaire ne pas souhaiter de « solution démago » en la matière. Comme un curieux hommage à la cheffe du gouvernement. Emmanuel Macron a en revanche annoncé l’élaboration d’un nouveau dispositif de « 100 euros par voiture et par an » à destination des travailleurs les plus modestes. Toujours au registre des funérailles, Emmanuel Macron a acté : « C’est clair on sort du quoi qu’il en coûte ».
Tandis que l’inquiétude des Français grimpe en même temps que les prix de l’alimentaire, le chef de l’État s’est adressé aux industriels du secteur. « Des grands groupes ont fait flamber les prix. On les veut autour de la table et on veut leur faire baisser les prix. On va mettre les 60 plus gros industriels et on va mettre en place un accord sur la modération des marges », a-t-il affirmé. Si ces propositions ressemblent à des vœux pieux avant la tenue des négociations, Emmanuel Macron regarde tout de même l’inflation avec quelques certitudes à l’évidence. Il a en effet écarté d’un même mouvement et l’indexation des salaires et le blocage des prix : « Je ne crois pas à l’indexation des salaires sur les prix, sinon on crée une boucle inflationniste (…). Le blocage des prix ça ne marche pas, car les prix ne sont plus administrés dans notre pays ».
« Notre ambassadeur au Niger et nos diplomates rentreront en France »
Au cours d’un entretien qui a brassé large, Emmanuel Macron a aussi été interrogé sur les questions internationales. Avec une annonce particulièrement saillante : « Notre ambassadeur au Niger et plusieurs de nos diplomates rentreront en France ».Cette annonce referme une période d’incertitude et de craintes longue de plusieurs semaines, initiée par le putsch à Niamey. Un rappel – espéré depuis longtemps par le personnel au Quai d’Orsay – décidé après une discussion avec le président du Niger renversé, Mohamed Bazoum, qu’Emmanuel Macron continue de désigner comme la « seule autorité légitime » du pays.
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Si le président destitué conserve donc le soutien de l’Hexagone, les putschistes eux demandent le départ des des troupes françaises sur place. Le président de la République s’est résigné au retrait de nos soldats et en a annoncé le calendrier : « C’est la fin de notre coopération militaire avec le Niger. Nos soldats rentreront de manière ordonnée, mais d’ici la fin de l’année ».
Immigration : Macron se tourne vers les pays d’origine et de transit
L’entretien s’était ouvert autour de la thématique de l’immigration, dans le sillage des paroles du pape François en faveur de l’accueil des migrants. Emmanuel Macron a rétorqué : « Le pape a raison d’appeler à ce sursaut de l’indifférence (…) mais l’Europe est le continent qui en fait le plus. La France en prend sa part ». S’appuyant sur l’exemple de l’île italienne de Lampedusa qui a connu ces derniers jours une – nouvelle – arrivée massive de migrants sur ses rivages, il a demandé une réponse à l’échelon européen. Celle-ci devant consister à durcir le ton avec les pays d’origine des migrants : « Nous devons mieux conditionner notre aide au développement et dire : « On vous aide mais vous devez nous aider à démanteler les réseaux de passeurs chez vous, et nous aider avec les retours » ». Il compte aussi se retourner vers les pays de transit, comme la Tunisie : « Nous devons mettre en place des partenariats et proposer d’envoyer des experts sur leur côte pour démanteler les réseaux ».
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Emmanuel Macron a enfin évoqué le projet de loi immigration actuellement en gestation et bientôt en débat au Sénat. « On ne peut pas avoir un système plus généreux et plus lent que les autres. Le cœur du texte est d’accélérer nos procédures, mieux instruire les dossiers, et accélérer les retours », a-t-il déclaré. Mais c’est la question de la régularisation des travailleurs sans papiers dans les métiers en tension qui fait figure de pomme de discorde. Emmanuel Macron a avancé prudemment : « Il n’y aura jamais de droit inconditionnel à la régularisation (…). Mais il ne faut pas abandonner les personnes en situation irrégulière qui travaillent et sont de fait intégrés ».
Totem pour l’aile gauche macroniste, cette éventuelle régularisation est l’épouvantail de la droite dont les voix seraient pourtant précieuses au gouvernement. Elles le seront probablement davantage encore à l’automne au vu des résultats des sénatoriales de ce même dimanche.
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