La France a signé mercredi (27 septembre) deux accords dits de « dialogue stratégique » avec le Canada et l’Australie. Pas d’échanges de marchandises en vue, mais un pas de géant pour la « diplomatie des matières premières » européennes, a commenté le ministère de l’Énergie français.
« Bougez-vous ! », avait lancé mercredi (27 septembre) la ministre australienne des Ressources, Madeleine King à Bruxelles, pointant du doigt le retard de l’UE dans l’investissement sur les marchés des métaux critiques, notamment en Australie.
En face, la Chine, le Japon et les États-Unis ont pris une avance considérable sur le Vieux-continent, avait-elle pressé.
Le soir même, la ministre de la Transition énergétique française, Agnès Pannier-Runacher, a répondu « précisément à l’appel » de Mme King en signant un accord de coopération en matière de minéraux critiques avec elle, a rapporté le cabinet de la ministre française.
Aussi, la ministre française signait le matin même un accord similaire, dit de « dialogue stratégique », avec son homologue canadienne.
« Nous avons signé des accords avec des pays [Australie et Canada] qui partagent nos valeurs et nos pratiques », a précisé le cabinet de la ministre française.
Pas d’échanges chiffrés
L’Australie et le Canada disposent de nombreuses ressources : nickel, lithium, cuivre, etc.
Autant de métaux critiques inscrits dans la liste de l’UE (Critical raw materials act, CRMA, en anglais) destinée à lister ses besoins pour assurer la sécurité de sa transition énergétique.
Toutefois, le cabinet de Mme Pannier-Runacher a précisé que ces accords ne portent pas directement sur les matières, mais sur la mise en route d’une « chaîne de valeur » et de formulation d’un « cadre de collaboration commune pour, notamment, de l’investissement croisé dans les mines, les raffineries, les usines de recyclages, etc. ».
Surtout, ces deux accords s’attachent «à l’extraction et à la transformation des métaux critiques dans les meilleurs standards de la “mine responsable” au niveau mondial », a déclaré Agnès Pannier-Runacher dans un communiqué de presse publié suite à la signature de l’accord avec l’Australie.
Ces accords ne contiennent pas non plus de clauses contraignantes. Ils montrent, néanmoins, que « la France est devenue un acteur sérieux sur la scène internationale des matières premières critiques », a précisé le cabinet de la ministre.
Preuve, s’il en est, du fonds d’investissements lancés en la matière et ayant vocation à dépasser les deux milliards d’euros de capital privé et public. Aussi, des appels d’offres lancés pour l’exploitation de ressources sur le sol français.
En outre, le président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé lundi (25 septembre) le lancement à venir d’un « grand inventaire minier » du territoire.
Une réponse à ce que demandait notamment Christophe Poinssot, directeur général délégué du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) lors d’un colloque parlementaire début juillet.
« Nous devons réinvestir pour mieux connaître notre sous-sol et rouvrir des mines. Il faut, pour cela, relancer un travail d’inventaire des ressources minérales présentes dans l’ensemble des 27 États membres de l’UE », avait-il plaidé auprès d’Euractiv France.
Accords bilatéraux
Le cabinet de Mme Pannier-Runacher précise bien que ces accords sont bilatéraux. Dès lors, ils n’engagent pas d’autres États membres ni l’UE, bien que la France ait décidé, fin juin, de « renforcer [son] indépendance » dans un cadre trilatéral avec l’Italie et l’Allemagne.
En bilatéral, l’Allemagne a également pris le temps, lundi (25 septembre) d’une « bonne discussion […] sur le renforcement des partenariats […] dans le domaine des minéraux essentiels » avec ses alliés australiens, a signalé Mme King sur X (ex-Twitter).
En parallèle, l’UE est en train de négocier avec l’Australie pour un accord de libre-échange comprenant l’accès aux minéraux critiques australiens.
Pour le moment, l’accord est au point mort depuis l’annulation de la venue à Bruxelles du ministre australien du Commerce, Don Farrell, en juillet dernier.
Ce jeudi (28 septembre) est toutefois une occasion nouvelle de relancer les débats, puisque l’Agence internationale de l’énergie (IEA) organise un sommet sur les matières premières critiques réunissant plus de 90 décideurs politiques, institutionnels et financiers notamment européens et australiens.
« C’est la première fois que IEA organise un sommet sur ce thème», a argué le cabinet de Mme Pannier-Runacher, signe de l’importance du sujet pour l’UE et les pays de l’OCDE.
La ministre française présidera l’une des sessions à l’agenda.
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