Enlèvements, pillages, exécutions… Haïti concentre tous les maux d’un pays en déshérence totale

L’enfer au quotidien. Bienvenue en Haïti. Voilà plusieurs décennies que la « première République noire au monde » n’est plus que l’ombre d’elle-même. Dévastée par les catastrophes naturelles à répétition (ouragans, tremblements de terre…), minée par la corruption et une instabilité politique chronique, celle que l’on surnommait jadis « la perle des Antilles » n’en finit plus de sombrer dans le chaos. Et ce, dans l’indifférence quasi générale de la communauté internationale.

Haïti en a pourtant connu des misères et des soubresauts politiques. Mais le pays a toujours su se relever. Tant bien que mal. Sauf que depuis la mort il y a deux ans du président Jovenel Moïse, assassiné chez lui au beau milieu de la nuit, le peuple haïtien est littéralement livré à lui-même.

À l’économie en berne et la situation sanitaire des plus catastrophiques, s’ajoute un nouveau fléau qui plane tout particulièrement sur sa capitale, Port-au-Prince: celui des gangs armés. Selon l’Onu, ces derniers ont causé la mort de plus de 2.400 personnes depuis le début de l’année. C’est environ deux fois le nombre de victimes civiles ukrainiennes recensées sur la même période…

Dans la nuit de lundi à mardi, des hommes lourdement armés ont attaqué l’hôpital universitaire de Mirebalais, heureusement sans faire de victimes. Mais quelques jours plus tôt, des assaillants munis d’armes automatiques ont semé la terreur dans le village de Saut-d’Eau, faisant au moins onze morts et des dizaines de blessés. Preuve que ces gangs ont pris le contrôle de l’ensemble du territoire.

On ne voit pas comment le pays pourra se sortir seul de cette crise économique, politique et humanitaire, dans laquelle il s’enlise de jour en jour. Enlèvements contre rançon, pillages, exécutions sommaires, trafic d’organes, enfants soldats… « Ayiti » concentre aujourd’hui tous les maux d’un pays en déshérence totale.

Pis: un an après son premier appel, le Premier ministre Ariel Henry a réitéré la semaine dernière une demande de soutien urgente de la communauté internationale qui, comme souvent, tergiverse et peine à prendre les choses en main. Il s’agit de ne pas répéter les erreurs passées. Car les six missions onusiennes qui se sont succédé depuis 1997 n’ont pas laissé que de bons souvenirs au peuple haïtien.

Au lendemain du terrible séisme qui avait coûté la vie à près de 300.000Haïtiens en janvier 2010, des Casques bleus népalais avaient importé le choléra dans leurs valises et la propagation de la maladie avait fait près de 10.000 morts. L’enfer frappe souvent à la même porte.

(Photo Luc Boutria)

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