Angoulême : ces bénévoles s’engagent dans des sports qu’ils n’ont jamais pratiqués

Je rencontre des gens que je n’aurais jamais connus ailleurs.

Ce soir-là, Matthieu Dewaeles présente le fonctionnement du club de HBC à des parents réunis au gymnase des Berneries. Le secrétaire de l’association, vététiste accompli, n’a aucune expérience de joueur. Ce Nordiste, arrivé en Charente en 2016 pour travailler sur la LGV, s’investit depuis 2019. « Au départ, j’accompagnais ma fille (Nora joue en U15) », rembobine-t-il. Son collègue de travail et de club, Eric Charpentier, poursuit : « On donne un coup de main, on se rapproche de la table de marque. Le président vous propose de vous investir plus. »

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Sept à neuf heures par semaine

Les deux compères s’impliquent à fond. Eric Charpentier cumule les fonctions de parent-référent des U15 et de coach des U9. « J’ai mes diplômes d’entraîneur de foot », livre le papa de 45 ans, bénévole depuis 2017. Il se sent à l’aise à diriger une séance de hand. « La coordination, l’animation, c’est la même mécanique. » Mais les gestes, les règles ? « Je me suis formé, avec un binôme puis des cours du soir avec un (ancien) salarié du club. » Il refuse d’encadrer au-delà de quinze ans. Ses casquettes le mobilisent au moins 9 heures par semaine. Matthieu Dewaeles, lui, reste loin du terrain. « Je suis une quiche, rigole-t-il. Mais gérer le planning, la logistique, oui. » Une heure quotidienne minimum.


Delphine Faux termine de nettoyer le club house du COC rugby.

Photo CL

Deux jours après le Fest’ovale, qui a animé le stade de rugby de La Couronne, Delphine Faux s’affaire à nettoyer les locaux. « Heureusement qu’elle est là ce matin », félicite Marion Gregis, une dirigeante du COC rugby. La Landaise d’origine n’a jamais plaqué mais elle joue sur tous les terrains. Elle accompagne l’équipe senior à l’extérieur. « Leur porter l’eau, soigner les bobos, je leur chante des chansons dans le bus. » À domicile, elle sert à la buvette, nettoie le club house après la troisième mi-temps. À la fin de la saison, elle enquille comme photographe sur des courses cyclistes.

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Le bénévolat rythme leur vie. Matthieu Dewaeles n’a pas repris de licence VTT cette année. « Pour me consacrer au hand. » Eric Charpentier a cédé à l’appel du padel. « Ce sont des horaires flexibles. Ça reste compatible avec le hand. » Mickaël Bouron, au comité directeur du club de tir à l’arc de Ruelle, les Archers de la Touvre, sacrifie des week-ends pour conduire les athlètes aux compétitions, repeindre les cibles…

« Une deuxième famille »

« Je ne m’étais jamais engagé dans l’associatif, je voulais découvrir, étale celui qui est venu aux Archers via son fils. Je rencontre des gens que je n’aurais jamais connus. » Les néocharentais y voient une « occasion de (nous) intégrer dans (notre) commune », exprime Eric Charpentier.

Delphine Faux touche du doigt un esprit qu’elle affectionne. « Au rugby, je retrouve les mêmes valeurs qu’à l’armée, explique cette ancienne sous-officier. La cohésion, le respect. » Son engagement lui sert aussi de tremplin. En 2017, elle subit une opération du dos et traverse « des passages compliqués. Maintenant j’ai envie de profiter de la vie. Et je vis de mes passions. »

Tous n’ont pas signé un bail éternel. Matthieu Dewaeles envisage de se retirer quand sa fille aura quitté le club. « Mais je viendrai les samedis voir le match. » À l’inverse, le benjamin d’Eric Charpentier n’a que sept ans. « J’en ai pris pour dix ans », rigole-t-il. Le temps de soulever de nouveaux trophées.

« Le sport ne pourrait pas faire sans eux »

Christophe Lepetit sait l’importance que revêtent les bénévoles pour le monde associatif. « Le sport ne pourrait pas faire sans eux », estime l’économiste au Centre de droit et d’économie du sport de l’université de Limoges. Selon ses recherches, seules 12 % des 160 000 associations sportives françaises emploient au moins un salarié à temps partiel. « La gestion associative repose quasi exclusivement sur le bénévolat », en déduit le chercheur. Toujours selon ses estimations, le bénévolat représente entre 6 et 12 milliards d’euros d’équivalent travail (si les heures de volontariat étaient payées).
Par ailleurs, Christophe Leptit nuance l’idée d’une pénurie. « Il n’y a pas moins de bénévoles. Mais la croissance des associations et de leur nombre dépasse celui du nombre de bénévoles. Et la nature de l’engagement change. Les clubs n’ont pas de problème pour recruter sur de l’événementiel. C’est plus compliqué pour un engagement quotidien, de long terme. » En clair, des associations toujours plus nombreuses pour autant de bénévoles, moins enclins à dédier leur vie à leur asso.

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