En Papouasie-Nouvelle-Guinée, un projet gazier de TotalEnergies dénoncé comme une « bombe climatique » par les ONG

Lors de son déplacement fin juillet en Papouasie-Nouvelle-Guinée, Emmanuel Macron a mis en avant un partenariat d’un nouveau type visant à « rémunérer » la préservation de la forêt primaire pour les services qu’elle rend en matière de biodiversité et de lutte contre le changement climatique. Dans le même temps, le chef de l’Etat a apporté son soutien à un projet de gaz naturel liquéfié (GNL) porté par TotalEnergies dans cet Etat insulaire du Pacifique, situé au nord de l’Australie. « TotalEnergies investit dans ce pays, ce qui est bien, car cela crée des emplois, a expliqué le président. Ce projet s’inscrit intelligemment dans une stratégie plus large et régionale visant à remplacer le charbon par le gaz dans les pays asiatiques. »

Peter Bosip n’est pas de cet avis. Directeur exécutif du Centre pour les droits communautaires et la loi environnementale (Celcor) de Papouasie-Nouvelle-Guinée, il a fait le déplacement à Paris fin septembre pour alerter sur les risques soulevés par le projet Papua LNG, emblématique de la stratégie du groupe français. Celui-ci entend augmenter de 50 % sa production de GNL d’ici à 2030. « Ce projet aura des conséquences environnementales et sociales négatives, et un impact encore plus lourd en termes climatiques, dénonce Peter Bosip. Si TotalEnergies et le Crédit agricole – le conseiller financier du projet – veulent développer leurs activités, ils peuvent investir dans les énergies renouvelables dans mon pays. »

Lancé en 2014, le projet consiste à exploiter deux champs gaziers situés dans une zone montagneuse et forestière particulièrement difficile d’accès. Un gazoduc de 320 kilomètres doit être construit pour transporter cet hydrocarbure jusqu’à une usine de liquéfaction (opérée par ExxonMobil) située près de la capitale, Port Moresby. De là, la quasi-totalité du gaz sera exportée par navire. Le projet aura une capacité de 6 millions de tonnes de GNL par an et la production pourrait démarrer fin 2027 ou début 2028.

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Retardé à plusieurs reprises, Papua LNG a franchi une nouvelle étape début mars, lorsque TotalEnergies a annoncé le lancement d’études d’ingénierie. La décision finale d’investissement est prévue en 2024.

« Greenwashing »

Mercredi 27 septembre, à l’occasion de la « journée des investisseurs » de TotalEnergies, différentes ONG rassemblées autour de Peter Bosip ont protesté devant le siège du Crédit agricole pour lui demander de ne pas investir dans ces nouvelles infrastructures fossiles. Contactée, la banque affirme qu’« aucun engagement n’a été pris ». « En 2015, le consensus scientifique était alors que le gaz était une énergie de transition possible vers des énergies plus propres, précise le Crédit agricole. Depuis, de nouvelles études sont parues et nous travaillons à mieux comprendre la place du gaz dans les énergies de transition. »

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