Quatre ans après la réunion du G5 Sahel à Pau, la crise au Niger confirme son échec

C’était il y a bientôt quatre ans. Une éternité en politique internationale, davantage encore en politique africaine. Le président de la République, Emmanuel Macron, choisissait de réunir à Pau les chefs d’État du G5 Sahel, quelques mois après le terrible accident qui avait coûté la vie à treize militaires dont sept du 5e RHC en opération au Mali.

Emmanuel Macron avait réclamé des prises de paroles fortes de ses homologues face aux mouvements anti-français et à la défiance des opinions publiques vis-à-vis des militaires engagés dans l’opération Barkhane…

C’était il y a bientôt quatre ans. Une éternité en politique internationale, davantage encore en politique africaine. Le président de la République, Emmanuel Macron, choisissait de réunir à Pau les chefs d’État du G5 Sahel, quelques mois après le terrible accident qui avait coûté la vie à treize militaires dont sept du 5e RHC en opération au Mali.

Emmanuel Macron avait réclamé des prises de paroles fortes de ses homologues face aux mouvements anti-français et à la défiance des opinions publiques vis-à-vis des militaires engagés dans l’opération Barkhane. Il s’agissait, en ce mois de janvier 2020, de réaffirmer la présence tricolore au Sahel.

« La rencontre de Pau marque à mes yeux un tournant très profond dans la méthode d’approche en reclarifiant le cadre politique, en redéfinissant très clairement les objectifs et les termes de notre intervention commune ainsi que celle de nos partenaires », avait exprimé Emmanuel Macron lors de la conférence de presse au Château de Pau.

Le rescapé mauritanien

Quatre ans plus tard, ces mots ont mal vieilli. Le départ de l’ambassadeur de France au Niger le 27 septembre dernier l’a encore illustré. Le diplomate avait été pressé de quitter le pays par la junte au pouvoir depuis le récent coup d’État, fin juillet 2023. Le départ de l’ambassadeur s’accompagnera d’ici à la fin de l’année de celui des 1 500 militaires français encore présents au Mali.

La situation au Niger est symptomatique de l’après réunion du G5 Sahel à Pau. Le président renversé en juillet 2023 avait succédé démocratiquement à son prédécesseur, Mohammed Issoufou, présent au sommet de Pau. Avec ce dernier, quatre des cinq présidents africains d’alors ne sont plus en place aujourd’hui.

Le chef d’État burkinabé Roch Marc Christian Kaboré a été renversé le 24 janvier 2022. Le grand voisin malien Ibrahim Babacar Keïta a dû quitter le pouvoir par la force le 19 août 2020, son pays a quitté le G5 Sahel en 2022. Et le Tchadien Idriss Déby est mort en avril 2021, cédant son fauteuil à son fils Mahamat.

Seul le Mauritanien Mohamed Ould Ghazouani est toujours en place aujourd’hui. Son discret pays de 4 millions d’habitants est celui qui a gardé les relations les plus correctes avec la France. Contrairement à ses voisins passés sous la coupe des généraux, la Mauritanie est pour l’heure parvenue à contenir la pression des groupes djihadistes.

L’AES balaie le G5 Sahel

Avec cette redistribution des cartes, le G5 Sahel est en état de « mort cérébrale » ainsi que le proclame un organe de presse sahélien ces jours-ci. Ce G5 Sahel, qui avait été porté sur les fonts baptismaux en 2014, avait pour objet la lutte commune contre le terrorisme et pouvait compter sur le soutien actif de la France.

À la place, se profile une Alliance des États du Sahel (AES), tripartite puisqu’elle associerait les trois régimes issus des putschs au Mali, au Niger et au Burkina. Le Tchad est, pour l’heure, en retrait malgré les appels du pied de ses voisins. Chacun des trois pays de l’AES promettrait son aide au voisin en cas d’opération militaire menée par la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour les écarter. Un scénario improbable aujourd’hui.

Seule certitude, la position de la France sur place est très fragilisée et le sommet de Pau n’a pas eu les effets escomptés. À l’époque, les sceptiques avaient préféré attendre les actes avant d’applaudir les conclusions du G5. Quatre ans plus tard, le retrait des troupes françaises, la dislocation du groupement et le recul de l’influence hexagonale sont incontestables.

Un sommet mondial

Un sommet international à Pau, le défi était majeur. Les forces de sécurité avaient été mobilisées en nombre et le château réquisitionné pour accueillir les délégations africaines, le président de la République et le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres. Le quartier avait été bouclé dans la matinée alors que les chefs d’État se recueillaient au 5e RHC. Les badauds se souviennent de leur arrivée au château à la mi-journée, à bord de berlines diplomatiques agrémentées de drapeaux. Les chefs d’État étaient accueillis par Emmanuel Macron après leur traversée du pont d’honneur. Ils s’étaient réunis dans les salons tandis que 150 journalistes internationaux avaient transformé le Parlement de Navarre en salle de presse. La conférence de presse finale avait eu lieu dans la salle des Cent couverts du château.

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