cinq choses à savoir sur le Dr Denis Mukwege, candidat à la présidentielle

Au bout d’un très long suspense, le docteur Denis Mukwege, Prix Nobel de la paix en 2018 pour son action en faveur des femmes violées, a annoncé ce lundi 2 octobre 2023, à Kinshasa sa candidature à la présidentielle du 20 décembre prochain en République démocratique du Congo. « L’homme qui répare les femmes », surnom hérité d’un documentaire qui lui a été consacré, rejoint une liste déjà longue de candidats qui comptent affronter le chef de l’État sortant, Félix Tshisekedi, au pouvoir depuis janvier 2019 et candidat à sa réélection.

Sa candidature était très attendue

« J’accepte d’être votre candidat à la présidence de la République », a lancé le célèbre gynécologue de 68 ans, devant des centaines de personnes enthousiastes rassemblées dans une salle de conférences de Kinshasa. « Notre pays va très mal », a-t-il dit dans son discours, avec des mots très durs pour décrire « la crise » en RDC, sur les plans sécuritaire, politique ou des droits de l’homme, avec de récentes arrestations d’opposants et journalistes.

Son engagement en faveur des femmes

Le gynécologue et chirurgien, fondateur de l’hôpital de Panzi, au Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), a reçu en 2018 le prix Nobel de la paix pour son action en faveur des femmes victimes de viols utilisés comme armes de guerre.

Depuis sa création en 1999, l’établissement a traité plus de 50 000 femmes, enfants et même nourrissons, aux corps meurtris.

Les Kivu, en proie aux violences armées depuis plus de 25 ans, restent l’épicentre des violences sexuelles dans l’ex-Zaïre, contre lesquelles Denis Mukwege tente inlassablement de mobiliser. Cette « guerre sur le corps des femmes » continue encore aujourd’hui et s’étend de plus en plus souvent aux enfants, voire aux nourrissons, constatait-il récemment.

Un critique des pouvoirs

Depuis des années, en RDC comme lors de ses déplacements à l’étranger, Denis Mukwege déplore l’impunité, réclame un tribunal international et plaide pour une « justice transitionnelle » pour panser les plaies des populations de l’est de la RDC, meurtries depuis près de 30 ans par les violences de groupes armés et rébellions. « Nous ne pouvons pas attendre pour agir […], demain ce sera tard, c’est aujourd’hui, c’est pourquoi je suis prêt et que j’y vais maintenant » a-t-il martelé lundi, en se décrivant comme « un citoyen révolté ».

L’annonce du docteur intervient après des mois de conjectures sur ses intentions. Depuis l’année dernière, ses soutiens, dont beaucoup d’intellectuels congolais, le poussaient à se lancer dans la bataille politique, un terrain sur lequel il ne s’était pas encore aventuré, même si sa voix est depuis longtemps très critique à l’égard du pouvoir.

Un premier don de 100 000 dollars, des soutiens et enfin un programme

Le 16 septembre, depuis sa ville de Bukavu, dans l’est de la RDC, il avait annoncé avoir reçu de ses partisans les 100 000 dollars de caution requis par la commission électorale pour tout dépôt de candidature à la présidentielle. « Quand le peuple décide de prendre le pouvoir, aucun système ne peut s’y opposer », leur avait-il alors dit, sans dévoiler ses intentions.

Sur le terrain, deux structures appuient sa candidature : un « Appel patriotique », issu de la société civile, et une plateforme politique, l’ACRN (Alliance des Congolais pour la refondation de la nation).

De nombreux candidats sur la ligne de départ

Parmi les autres opposants en lice pour la présidentielle figure Martin Fayulu, candidat malheureux à l’élection de décembre 2018, qui a confirmé samedi sa candidature. Également sur les rangs, l’ancien gouverneur du Katanga (Sud-Est) et riche homme d’affaires Moïse Katumbi.

La date limite pour le dépôt des candidatures est fixée au dimanche 8 octobre à minuit.

En fin de semaine dernière, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) disait en avoir reçu six, dont celles des anciens Premiers ministres de l’ex-président Joseph Kabila, Augustin Matata (2012-2016) et Adolphe Muzito (2008-2012).

La présidentielle sera couplée avec les élections législatives, provinciales et locales. C’est un scrutin à un seul tour, pour lequel, sauf alliances et ralliements d’ici là, l’opposition se prépare donc en ordre dispersé. Malgré son aura, rien ne dit que le Dr Mukwege, sans base bien ancrée dans les provinces ni expérience politique, sera en mesure de la rassembler.

dmp

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