Vous avez pu visiter le centre d’entraînement de l’ASM. Il est très différent de ce que vous avez connu, non?
(Il rit) La question ne se pose même pas. C’est bien pour le club. Quand tu vois tout ça, si tu n’as pas envie de jouer au foot, il faut que tu restes à la maison. Bravo à Monaco, l’évolution est énorme. L’ASM offre de bonnes conditions aux joueurs, à eux de lui rendre correctement.
Quel regard portez-vous sur la saison de Monaco?
Ils ont bien commencé. C’est dommage d’avoir craqué sur les quatre derniers matchs de la saison dernière. C’est important pour Monaco de jouer la Coupe d’Europe mais ça lui donne l’opportunité de repartir sur une base différente. Le club a fait un bon mercato, l’entraîneur connaît bien le foot. Il a performé en Allemagne. Monaco peut faire une grande saison.
Quel est votre meilleur souvenir au Louis-II?
L’année du titre a été incroyable. Je me souviens encore du match où on est officiellement champions (2-2 contre Nancy à trois journées de la fin) et de la façon dont on l’avait fêté (sourire). Ce soir-là, il y a eu beaucoup de folie. Ludovic Giuly avait mis le feu. Il était toujours de bonne humeur. On avait fait une super saison avec un groupe très uni.
Selon Sabri Lamouchi, « cette équipe aimait la vie et la fête ».
C’est vrai. On chantait, on rigolait mais quand on venait à La Turbie, c’était pour s’entraîner dur. On y prenait du plaisir. On était copains sur et en dehors du terrain. Souvent, on ne se donnait même pas de rendez-vous et on se retrouvait à 8-9 dans un restaurant avec nos familles. On vivait à fond.
Rien ne laissait pourtant penser que cette saison serait aussi belle.
Au début, tout le monde s’interrogeait sur Marcelo (Gallardo). Il arrivait de River Plate, il était blessé. Mais le premier entraînement qu’il a fait, laisse tomber, je n’avais jamais vu ça. Je me rappelle de son premier match amical contre Arsenal. Il voulait se bagarrer avec Pat Vieira, avec le gardien de but. Je lui ai dit: « Regarde ta taille par rapport aux autres, tu es fou ou quoi ». Il m’a répondu: « C’est pour ça que tu es là, pour m’aider » (rires). On avait une équipe incroyable.
Vous avez sauté de la D3 portugaise à Monaco. Comment se sont passés vos premiers pas?
C’est pour ça que l’ASM est spéciale pour moi. Venir de la D3 et finir champion de France, c’est rare. J’ai eu de la chance de tomber sur une équipe avec des anciens joueurs qui m’ont beaucoup aidé. Fabien (Barthez), Franck (Dumas), Japhet (N’Doram), John (Collins), Victor (Ikpeba). J’étais aussi à l’aise avec les jeunes. Il y avait un bon mix. John et Ali (Benarbia) étaient toujours là pour me pousser. J’ai une dette à vie envers ce club. J’ai remporté ici mon premier titre, le Trophée des Champions contre Nice. Ensuite, on est champions de France. J’ai été appelé en sélection pour la première fois. Impossible de ne pas avoir Monaco dans mon cœur.
Votre premier match?
C’était contre Bordeaux. Ma mission était de contrôler Jean-Pierre Papin. Rien que ça (rires). Je n’ai pas fait un match terrible et j’ai vite compris que pour être un joueur de Monaco, je devrais être bien meilleur. Au début, je ne jouais quasiment jamais. J’ai beaucoup travaillé.
Il parait que vous étiez très différent sur le terrain et en dehors.
Imagine-toi à mon poste de numéro 6. Tu dois jouer contre Rai, Okocha, Ronaldinho, Martins. Tu es obligé d’être agressif, sinon ces mecs-là te mangent à chaque minute. J’ai toujours été un compétiteur. En dehors du foot, il y a aussi la vie. Vivre est le plus cadeau que Dieu te donne. Il faut profiter mais au boulot, il faut être professionnel, point (sourire). Le foot, c’est ce que j’ai toujours voulu faire. Venir en France aussi. Quand j’étais petit, l’argent que mes parents me donnaient pour manger à l’école, je le gardais pour acheter Onze Mondial. Je connaissais toutes les équipes françaises.
Cet attachement à la France explique pourquoi vous parlez encore si bien français?
Mon père ne voulait pas que je sois footballeur. Il aurait préféré que je sois avocat ou médecin. J’ai donc étudié. J’ai toujours voulu venir en France. C’était important que je connaisse la langue et la culture. À mes débuts dans le vestiaire, j’entendais mon nom mais je ne comprenais pas ce qu’on disait sur moi. Ça me rendait fou. Je me suis mis à prendre un journal, un livre ou un dictionnaire et à faire la traduction pendant nos voyages en avion ou à la maison. Le jour où j’ai mieux parlé, j’ai convoqué tout le monde et je leur ai dit: « À partir d’aujourd’hui, plus de Da Costa dans mon dos ». Je crois que les anciens ont apprécié.
« Puel? Les gens disaient que j’étais son fils »
Le meilleur joueur avec lequel vous avez joué à Monaco?
L’ASM a eu énormément de grands joueurs et je dois respecter tout le monde. Ce serait indélicat de ma part de n’en citer qu’un.
Le plus drôle?
Ludovic Giuly, sans aucun doute. Wagneau Eloi était aussi très drôle. C’est d’ailleurs le seul joueur avec qui je me suis engueulé. On a trouvé un accord ensuite, mais ça a été chaud. Comme capitaine, il y a des choses qu’on ne peut pas accepter et je lui ai dit en face.
Qu’avait-il fait?
(Il sourit). Vous savez, même 20 ans après, il y a des choses qui sont sacrées pour le vestiaire. Mais c’est quelqu’un que j’ai aimé beaucoup. Je pensais qu’il allait faire une carrière beaucoup plus grande parce qu’il avait un talent incroyable. C’était un gamin très doué.
Claude Puel?
Les gens disaient que j’étais son fils (rires). Il a été très important pour moi. C’est un guerrier. Il n’a pas eu peur de faire entrer beaucoup de jeunes joueurs. L’expérience, tu ne peux pas l’acheter. Les entraînements ne suffisent pas. Un match, c’est très différent. Il y a la pression des supporters même si à Monaco, ils sont trop gentils. Je suis aussi reconnaissant envers Monsieur Tigana qui m’a donné quatre ans de contrat et m’a fait jouer en Ligue des Champions alors que je venais de la D3. Ce sont des choses que tu n’oublies pas.
À l’ASM, vous avez gagné un surnom: « Le Ministre ».
Il vient de Thierry Henry (sourire). C’était lors de mon premier match contre Bordeaux. On arrivait au stade et il m’a dit: « Putain José (sic), vu comme tu t’habilles, le jour où tu vas rentrer au Portugal, tu vas revenir en ministre. » Il faut dire que j’étais toujours en costume cravate. Un jour, on a joué chez le Sporting et il a balancé ce nom au reste de l’équipe. Depuis, il est resté.
Après Monaco, il y a eu Porto. Comment c’est de travailler avec Mourinho?
C’est facile. Tu dois accepter ses règles. Mais il est très droit avec celles-ci. Ce n’est pas le genre de personnes qui va à droite à gauche. Avec lui, on a gagné au moins dix titres en deux ans au Portugal et en dehors. On voyait tout de suite qu’il était différent par rapport à sa façon de parler, de gérer le groupe, de préparer les entraînements. Il faut ne pas le connaître pour estimer qu’il est arrogant. C’est sa façon de défendre le groupe. Les joueurs apprécient ça.
Vous avez remporté la Ligue des Champions contre vos anciens coéquipiers…
Ça me laisse un sentiment bizarre. Je suis très fier, très content, mais j’aurais aimé que ce soit contre une autre équipe. Pendant le match, je ne voulais pas savoir s’il y avait Julien Rodriguez, avec qui je jouais aux cartes dans le bus quand j’évoluais en CFA les six premiers mois. Ou Ibarra avec qui j’avais joué à Porto. À la fin, ça a été dur de voir mes amis souffrir, même si j’ai remporté la compétition que tout le monde rêve de gagner. Avec Ludo Giuly, on en parle encore aujourd’hui. Sa blessure? Je le chambre toujours en lui disant qu’il a eu peur.
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