Daria Bonfietti, l’Italienne qui accuse la France dans l’affaire du DC 9 disparu au large d’Ustica en 1980
Du DC 9 probablement abattu le 27 juin 1980 au-dessus de la mer Tyrrhénienne sont restés des milliers de fragments. Dans la pénombre d’un hangar de la banlieue de Bologne transformé en musée, ils intègrent depuis 2007 une installation réalisée par l’artiste plasticien Christian Boltanski (1944-2021), en hommage aux quatre-vingt-une personnes tuées dans la destruction de l’appareil.
« Cette épave est un objet sacré pour nous. C’est l’endroit où nos proches sont morts, la chose que leurs yeux ont vue en dernier. Elle symbolise aussi un combat civique pour la vérité », confie Daria Bonfietti. Depuis 1986, cette femme de 78 ans est l’infatigable présidente de l’association des familles des victimes de la catastrophe d’Ustica, la petite île sicilienne au large de laquelle l’avion de ligne qui reliait Bologne à Palerme s’est abîmé. Elle y a perdu son frère aîné.
Liée à un acte de guerre non déclaré dans le ciel italien, selon les premières conclusions de la justice, mais faisant toujours l’objet d’une enquête judiciaire et d’un récit parsemé de zones d’ombre, l’affaire d’Ustica hante l’Italie. Objet d’innombrables enquêtes journalistiques, d’une dizaine de livres, d’une pièce de théâtre et d’un film, elle fait épisodiquement irruption dans les médias du pays, donnant toujours lieu aux prises de paroles énergiques de Daria Bonfietti. Début septembre, elle était ainsi de retour dans les médias après que Giuliano Amato, chef de l’exécutif italien de 1992 à 1993, puis de 2000 à 2001, a remis le drame sur le devant de la scène dans un entretien au quotidien La Repubblica.
Il y défend la thèse selon laquelle le DC 9 aurait été détruit par le tir de missile d’un avion de chasse français visant un appareil libyen : ce dernier volait dans le sillage du moyen-courrier civil pour échapper aux radars, au-dessus du territoire italien.
Au moment de la tragédie, la France et le régime de Mouammar Kadhafi, alors proche de l’Italie, s’affrontent dans le nord du Tchad, et des avions militaires libyens font des incursions régulières au-dessus de la Méditerranée. Dans ce contexte, l’auteur du tir, affirme Giuliano Amato, 85 ans, cherchait à détruire un avion dans lequel était supposé se trouver le Guide de la révolution, une opération menée avec la bénédiction de Washington. L’ancien responsable politique a exhorté le président français, Emmanuel Macron à s’exprimer sur le sujet, pour « laver la honte qui pèse sur la France ».
Fausses pistes, omissions et incidents troublants
« Les déclarations d’Amato résument le consensus qui règne au sujet de l’affaire » en Italie, indique Daria Bonfietti, regard acéré sous ses lunettes aux larges montures. « En 1999, après dix-neuf ans d’instruction, l’enquête a établi qu’il s’agissait d’une explosion survenue lors d’un combat aérien, explique-t-elle. Le seul élément qui manque et qui nous permettrait d’être enfin en paix est de déterminer l’auteur de l’incident. Grâce à Giuliano Amato et à son poids politique, la question est relancée, c’est un rebondissement considérable. »
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