Dérèglement climatique : aux États-Unis, au Sénégal ou en France, le nouveau rôle des présentateurs météo
Sourire éclatant et air juvénile après dix-huit ans à travailler comme présentateur météo, Chris Gloninger semblait indéboulonnable. Mais ce météorologue dans l’Iowa, sur la chaîne KCCI, a été menacé de mort parce qu’il évoquait le réchauffement climatique dans ses bulletins. L’alerte était suffisamment sérieuse pour que son harceleur soit traqué par la police et condamné. Chris a annoncé sa démission en juin évoquant un stress post-traumatique.
« Plus l’effet du réchauffement est sensible et plus on sent une crispation », reconnaît Ariel Rodriguez, son confrère de Telemundo, en Floride. Le « weatherman » (Monsieur météo) a fait le trajet depuis Miami jusqu’à Paris pour le Forum international sur la météo et climat (du 6 au 9 octobre à la Cité des Sciences, accès libre et gratuit). Un évènement grand public où des météorologues du monde échangent aussi leurs trucs et astuces.
En 2023, parler de la pluie et du beau temps n’est plus si banal, particulièrement à la télé où ces émissions font des cartons d’audience. Aux États-Unis, si la société est très clivée sur les enjeux climatiques, il n’empêche que les formats météo « Made in USA » sont épiés et copiés à travers le monde. Chloé Nabédian, ancienne présentatrice du journal Météo de France 2 et marraine du forum, salue l’inventivité outre-Atlantique : « Sur CNN, notre collège Ginger Zee est la première à avoir adopté dans une matinale généraliste la réalité augmentée. » Ces effets spéciaux permettent, par exemple, de montrer en direct la montée des eaux. Des images marquantes et spectaculaires.
« Informer sans désespérer »
À Miami, le credo d’Ariel Rodriguez est « informer sans désespérer ». Et ça passe plutôt bien « Personnellement, j’ai eu plus de reproches parce qu’on a vu le tatouage que je porte sur le bras que parce que je traite de dérèglement climatique » glisse-t-il. Peut-être parce que son public « subit en direct les effets du réchauffement, voit de son vivant l’érosion du littoral, avec la montée des eaux… » glisse-t-il. Alors, cet observateur inquiet donne des « clés de compréhension à partir de choses très concrètes ou de situations météo au jour le jour ».
Autre continent, même constat. À 6 000 km plus à l’est, au Sénégal « le réchauffement nous affecte beaucoup, pointe Mariam Sow, l’énergique directrice de l’ONG Enda également présente au forum. Depuis les années post-décolonisation, on connaît des baisses de pluviométrie du côté du Sahel. Alors on n’a aucune difficulté à en parler. » Elle est venue présenter des solutions d’agroécologie, pour aider les communautés villageoises à trouver des alternatives dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. En revanche, « la pédagogie climat à la radio ou à la télé manque un peu », regrette-t-elle. De retour à Dakar, elle doit d’ailleurs travailler avec des scientifiques, des ONG, des présentateurs météo. « Nous avons à apprendre mutuellement, insiste l’associative. Eux sur les informations liées au climat, nous sur les savoirs des acteurs de base. Il ne faut pas oublier que les communautés se transforment déjà pour leur survie. »
Et en France ? Il est fini depuis belle lurette le temps des « potiches », bel homme et plus souvent belle femme, qui lisaient des bulletins sans les comprendre. Désormais, les présentateurs sont des spécialistes formés aux mouvements des masses d’air qui se font une mission de décrypter les effets du climat. « Après France Télévisions, je vois que BFMTV fait aussi beaucoup évoluer ses cases météo. C’est très bien. Je crois qu’on peut encore collectivement se renforcer sur des sujets solutions pratiques, très concrète et qui parle » plaide Chloé Nabédian.
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