Amélie Oudéa-Castéra, ministre des Sports : « Pour réussir les JO, nous avons besoin des entreprises »
C’est d’un pas pressé et déterminé qu’Amélie Oudéa-Castéra fait son entrée dans la salle qui nous est réservée au ministère des Sports, ce jeudi 5 octobre en début d’après-midi. L’ancienne joueuse de tennis revient d’un déjeuner avec l’un de ses collègues du gouvernement. Dossier sous le bras, ruban rose épinglé sur sa veste, elle salue comme il se doit chaque entrepreneur.
Les sourires sont francs et l’ambiance un peu tendue. L’exercice est un brin stressant pour les deux parties. Ce n’est pas tous les jours que l’on rencontre une ministre et que l’on fait face à des dirigeants dont on ne sait pas trop sur quoi ils vont vous interroger.
Pour autant, Amélie Oudéa-Castéra n’élude aucune question. Elle répond toujours, y compris quand elle est relancée. Après plus d’une heure d’échanges, il est temps de se quitter, l’agenda et le rendez-vous suivant obligent à une séparation rapide mais avec le sourire.
ENVIRONNEMENT. « Favoriser une économie circulaire du sport »
Chloé Mexme. Pensez-vous que le monde du sport, dans son ensemble, puisse tirer profit des Jeux pour réduire son empreinte carbone ?
AMÉLIE OUDÉA-CASTÉRA. Les Jeux doivent être un accélérateur de la transition écologique, avec l’objectif fort de diviser par deux l’empreinte carbone de l’organisation par rapport aux éditions précédentes. Nous avons tout mis en œuvre pour cela avec une action exemplaire : sur la construction du village olympique, le plus grand chantier mono site d’Europe, par le choix des matériaux, le retraitement des déchets et la préservation de la biodiversité. Mais aussi pour une alimentation avec au moins 80 % de produits français, 25 % de produits très locaux, et deux fois plus de végétal que d’habitude pour les 13 millions de repas servis aux athlètes lors des Jeux. Cela profitera durablement au monde du sport, grâce également à des initiatives complémentaires, notamment la charte des 15 engagements écoresponsables pour les organisateurs d’événements, mais aussi le plan de sobriété énergétique concernant les équipements.
Greg Cottret. Dans l’industrie sportive en général, on constate une surconsommation d’équipements. Que prévoyez-vous pour favoriser l’utilisation de seconde main ?
Le besoin de tirer le meilleur parti des équipements utilisés dans le cadre des Jeux a été pris en compte dans la conception du projet. Les différents bassins mis à disposition pour les entraînements de natation seront réaffectés à différentes communes de Seine-Saint-Denis, dans le cadre d’un plan soutenu par l’État, avec 19 bassins créés et 6 rénovés. Nous veillons également à ce que le matériel destiné à la préparation des équipes soit ensuite mis à disposition de nos structures de haute performance, dans les Creps, pour la relève : les tatamis, tapis de gym ou appareils de musculation…
Par ailleurs, on a tous chez soi des raquettes de tennis ou de ping-pong, de vieux ballons de foot, de rugby, dans un placard ou un cagibi… On peut leur donner une seconde vie ! Je prépare donc, dans le cadre de la grande cause nationale que sera le sport en 2024, une initiative que j’ai appelée « la Grande collecte du sport ». Cette opération nous permettra d’engager les Français et les clubs sportifs pour que l’on puisse favoriser une économie circulaire, en réparant le matériel qui peut l’être afin de le donner à des familles, des jeunes ou des associations qui en ont besoin.
Charlyne Coia-Guignard. Allez-vous communiquer sur les établissements d’accueil écoresponsables ?
Ma collègue Olivia Grégoire (ministre chargée des PME et du Tourisme) travaille à la refonte et à l’amélioration du label Qualité tourisme pour les professionnels. Cela devrait aboutir pour la fin novembre ou début décembre. Nous souhaitons que la dimension d’écoresponsabilité mais aussi celle d’accessibilité aux personnes en situation de handicap soient mieux prises en compte. Les opérateurs engagés dans cette responsabilité qui font des efforts doivent être mieux mis en valeur.
ORGANISATION. « Éviter les dérogations au droit du travail »
Greg Cottret. Qu’avez-vous prévu en matière de cybersécurité ?
Aux Jeux de Tokyo, il y a eu 4 milliards d’attaques, ce risque est donc parfaitement identifié, en s’appuyant sur notre expérience des grands événements que sont Roland-Garros ou le Tour de France… Les équipes du COJOP (comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques) travaillent pour cette sécurisation très forte. En parallèle, le SGDSN (secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale) veille à la sécurité des systèmes d’information et donne des conseils sur les renforcements qui doivent être opérés. Pour la Coupe du monde de rugby, des audits ont ainsi conduit à renforcer certains sites.
Charlyne Coia-Guignard. La mairie de Versailles nous a informés des mesures de circulation et de sécurité pour les JO, mais nous n’avons rien eu à Paris. Est-ce prévu ?
Fin octobre, les périmètres de déviation et de circulation seront fixés, dans toutes les zones de compétence du préfet de police, avant une phase de consultations avec les élus, les acteurs économiques et les organisations syndicales. Toutes les informations seront communiquées au grand public avant la fin de l’année.
Comment améliorer fluidité et sécurité dans les transports en région parisienne ?
Ce point est essentiel puisque dans les transports en commun, la capacité sera de 15 % supérieure à celle d’un été habituel sur cette période. Il y a d’abord d’importants travaux d’infrastructure, avec le prolongement de la ligne 14 du métro, l’extension du RER E. Des navettes seront ajoutées pour la desserte de plusieurs sites, dont certaines dédiées aux visiteurs handicapés, pour rejoindre les lieux des épreuves depuis les grandes gares. Les spectateurs mais aussi les usagers du quotidien seront informés des alternatives possibles, par exemple la ligne 12 en sortant du Stade de France, moins utilisée que la ligne 13. Enfin, de nombreux sites, au cœur de Paris, seront accessibles à pied.
Quelles sont les mesures pour favoriser le recrutement, notamment pour le secteur hôtelier ?
Fin septembre, nous avons organisé avec le COJOP un forum où 16 000 offres étaient proposées, le premier d’une série qui permettra de pourvoir ceux des 180 000 emplois mobilisés qui ne le sont pas encore, dans des domaines très divers. Nous avons également innové avec les opérations « Du stade vers l’emploi », pour utiliser le sport comme un outil de rencontre entre recruteurs et demandeurs. Il y aura au total 500 opérations à l’horizon 2024.
Le personnel sera amené à faire des heures supplémentaires. Allez-vous défiscaliser celles-ci ?
Ce n’est pas notre approche. À la demande de la Première ministre, nous avons travaillé autant que possible, avec Olivier Dussopt (ministre du Travail), à droit constant pour éviter les dérogations spécifiques au droit du travail, qui offre suffisamment de souplesse. Un guichet unique est prévu pour les entreprises afin d’obtenir des réponses rapides sur les dérogations usuelles auxquelles, éventuellement, elles pourront prétendre. Par ailleurs, et c’est une exception, un décret est en préparation sur des dérogations à la règle sur le repos hebdomadaire. Mais il concernera certaines entreprises bien ciblées, avec des garde-fous.
Pourquoi ne pas avoir plus de partenariats avec l’hôtellerie ?
Nous travaillons avec les représentants de l’hôtellerie et sommes attentifs aux engagements sur la qualité de service, l’usage de l’anglais, la modération des prix, la capacité pour les visiteurs de pointer sur l’application Signal Conso d’éventuelles difficultés… Un contrat de filière devrait aboutir d’ici la fin de l’année. Les acteurs de la location meublée se sont également engagés sur l’accessibilité des personnes handicapées. Airbnb proposera 1 000 logements ou chambres adaptées.
À combien estimez-vous l’afflux de touristes ?
Nous attendons 16 millions de personnes, mais ce chiffre ne s’ajoute pas nécessairement aux visiteurs habituels. Certains se substituent à d’autres, comme on s’en est aperçu lors des Jeux de Londres. Des particuliers, moins intéressés par le sport, choisissent des destinations différentes. Il n’y a pas de risque d’être débordés au niveau des capacités hôtelières. Un audit finalisé fin novembre devrait nous le confirmer.
« Le Parisien » – « Aujourd’hui en France ». Et sans punaises de lit…
Le moins possible. Ce phénomène revient en amont de chaque édition : il y avait le virus Zika avant les Jeux de Rio, les « bedbugs » (punaises de lit) déjà à Londres. Il faut être vigilant, protéger les Français, sans leur faire peur inutilement.
Yann Bucaille-Lanrezac. Comment montrer l’excellence française sur le plan sportif, mais aussi celle des services publics et des entreprises ?
Quatre ingrédients permettent de jauger la réussite : la qualité de l’organisation, les performances sportives, la mobilisation et l’engouement des Français, et notre capacité à léguer un héritage utile et durable, notamment avec les constructions du village olympique, recyclées en 4 000 logements dont près de 40 % de logements sociaux. Sur ces quatre exigences, nous avons besoin des entreprises et des entrepreneurs.
HANDICAP. « L’inclusion, marqueur majeur de Paris 2024 »
Yann Bucaille-Lanrezac. Pour des raisons économiques et financières, des initiatives comme Cafés Joyeux (restauration rapide qui emploie des personnes en situation de handicap) n’ont pas accès aux Jeux. Est-il encore possible de les intégrer ?
Dans la dynamique économique des Jeux, nous souhaitons réserver une place à la fois aux TPE-PME, qui représentent 75 % des entreprises bénéficiaires des marchés du COJOP, mais aussi aux publics éloignés de l’emploi. Sur les chantiers, plus de 3 000 bénéficiaires ont réalisé près de 2,5 millions d’heures d’insertion, ce qui est à la fois inédit et exemplaire.
Nous sommes également attentifs à la participation des personnes handicapées au cœur de l’aventure olympique sous toutes ses formes : au moins 3 000 d’entre elles seront parmi les 45 000 volontaires du COJOP. Un système d’Open Badge (carte numérique) servira à reconnaître les compétences acquises comme bénévole et pourra contribuer à la recherche d’emploi. Enfin, plus de 17 000 personnes en situation de handicap seront invitées à vivre les Jeux dans les tribunes grâce à la billetterie populaire.
Proposez-vous aux marques partenaires des Jeux de laisser une place dans leur communication en faveur de projets inclusifs ?
J’examine systématiquement avec tous les partenaires ce qu’ils font pour promouvoir le sport et notamment la pratique des personnes en situation de handicap.
Chloé Mexme. Quelle est votre attente prioritaire par rapport à ces jeux paralympiques ?
J’attends qu’ils soient la reconnaissance du caractère exceptionnel de ce que font les athlètes en situation de handicap. Qu’ils permettent aussi la promotion de la pratique sportive des personnes en situation de handicap dont on sait qu’elles sont 48 % à ne pas faire de sport aujourd’hui. Que ce soit le moyen d’accélérer sur la mise en accessibilité de nos infrastructures à tous les niveaux. En dernier lieu, j’aimerais que ce ne soit pas seulement l’occasion de changer le regard porté sur les personnes en situation de handicap mais de leur changer la vie. Cette volonté d’inclusion est un marqueur majeur de Paris 2024.
Comment valoriser toutes les diversités pour ces Jeux ?
Les épreuves vont se dérouler dans sept régions et onze départements et en Outre-Mer. La billetterie populaire va permettre d’amener des personnes en situation de handicap et leurs accompagnants, des bénévoles du mouvement sportif ou la jeunesse, avec 200 000 billets sur 400 000 réservés aux scolaires. Enfin, au cœur des Jeux, nous déploierons une Maison des Fiertés qui sera l’occasion d’incarner ce que le sport et l’olympisme peuvent porter comme valeurs de respect, d’amitié et de diversité.
Amélie Oudéa-Castéra et les entrepreneurs invités par « le Parisien » – « Aujourd’hui en France »
Autour d’Amélie Oudéa-Castéra (au centre), de gauche à droite : Charlyne Coia-Guignard, 42 ans, directrice de deux hôtels à Versailles (Yvelines), Yann Bucaille-Lanrezac, 52 ans, fondateur de Café Joyeux à Paris, Greg Cottret, 46 ans, fondateur de Sporteed à Montpellier (Hérault), Chloé Mexme, 40 ans, directrice du projet des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 chez Enedis à Paris.
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