“Banel et Adama” : l’amour contre la tradition au Sénégal

Dans un village du nord du Sénégal, Banel (Khady Mane) et Adama (Mamadou Diallo) sont des amoureux inséparables, depuis l’enfance, même si Banel a d’abord été mariée au frère d’Adama, mort tragiquement. S’ils participent à la vie de la communauté, au travail aux champs, à l’élevage des vaches, ils rêvent d’habiter ensemble, éloignés de leurs familles. Dès qu’ils ont un peu de temps, ils travaillent ainsi à désensabler deux maisons situées en dehors du village, où ils entendent bien mener leur vie.

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Destiné à devenir le chef du village après la mort de son père et de son frère, Adama refuse même la charge qui lui revient. Ce qui trouble énormément l’équilibre de la communauté. D’autant que la saison sèche persiste et que la pluie semble ne jamais devoir tomber…

Histoire d’amour tragique

Présenté en Compétition du 76e Festival de Cannes en mai dernier, Banel et Adama est le premier film de Ramata-Toulaye Sy. Née en France, la Franco-Sénégalaise retrouve le pays de ses origines pour nous conter une histoire d’amour contrariée sur fond de valeurs traditionnelles.

Diplômée de la Fémis, Ramata-Toulaye Sy développe ici son travail de fin d’études. Ce qu’explore la jeune cinéaste, c’est une passion amoureuse empêchée par la communauté, par ses lois, ses règles, par les obligations qu’elle impose à chacun de ses membres. C’est en effet sur la dualité individu-collectif que se construit cette romance tragique, en ne penchant jamais réellement d’un côté ou de l’autre de la balance. Car si Banel est passionnément amoureuse, romantique, elle se montre également totalement égoïste. Tandis que, tout en étant sincèrement épris de Banel, Adama se retrouve partagé entre son désir personnel et la nécessité d’aider le village à traverser cette violente sécheresse qui décime le bétail, met à mal les futures récoltes et menace la survie du village…

Dans le premier long métrage de Ramata-Toulaye Sy, le jeune Adama est campé par Mamadou Diallo. ©Cherry Pickers

Dualité esthétique

Pour nous raconter cette dualité, Ramata-Toulaye Sy choisit le conte. À l’écoute de la culture orale africaine, elle parsème ainsi son récit d’éléments mythologiques. Notamment grâce à une mise en scène très visuelle et à des scènes très fortes, qui viennent régulièrement casser le naturalisme avec lequel elle décrit la vie quotidienne d’un petit village sénégalais traditionnel. Comme si, à l’opposition individu-collectif, répondaient deux approches de cinéma, deux esthétiques, l’une lyrique, onirique du côté des amoureux et l’autre réaliste, du côté des rapports sociaux.

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Bénéficiant de deux jeunes acteurs charismatiques, Khady Mane et Mamadou Diallo, Banel et Adama est néanmoins un conte atypique, qui refuse la naïveté à laquelle on s’attend, pour construire au contraire des personnages de tragédie, complexes et aux motivations parfois moins nobles qu’il n’y paraît…

Mamadou Diallo fait forte impression dans le rôle de Banel, dans « Banel et Adama », premier long métrage de Ramata-Toulaye. ©Cherry Pickers

Banel et Adama Conte Scénario et réalisation Ramata-Toulaye Sy Photographie Amine Berrada Musique Bachar Mar-Khalifé Montage Vincent Tricon Avec Khady Mane, Mamadou Diallo, Binta Racine Sy… Durée 1h37

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