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Vingt-cinq jours après avoir totalement fermé la frontière avec Haïti, le gouvernement de la République dominicaine a annoncé ce lundi 9 octobre sa réouverture. Mais il s’agit d’une réouverture pour le moins partielle.
À partir de ce mercredi 11 octobre, des « couloirs commerciaux provisoires seront mis en place sur quatre points de la frontière haïtiano-dominicaine », explique le Listin Diario. « Ces couloirs seront contrôlés par l’armée dominicaine et doivent permettre d’écouler les produits dominicains, et notamment de la nourriture et les médicaments, sur le marché haïtien. » À partir de ce vendredi 13, le marché binational de Dajabon reprendra également du service. Mais les Haïtiens qui voudront s’y rendre devraient faire enregistrer leurs données biométriques. Pour le reste, la frontière reste fermée.
« Nous maintiendrons pour une durée indéterminée la fermeture de la frontière pour les migrants, afin d’empêcher l’arrivée de personnes depuis le territoire haïtien », a déclaré Homero Figueroa, porte-parole du président dominicain, à l’issue d’une réunion du Conseil national de sécurité.
« Nous prolongeons également de façon indéterminée la suspension de la délivrance de visas aux citoyens haïtiens. Nous allons renforcer davantage la militarisation de la frontière pour rendre l’accès à notre territoire encore plus difficile aux membres des gangs qui fuient la force multinationale. Nous interdirons l’exportation de produits électroniques, de ciment et d’autres matériaux de construction afin d’empêcher la construction d’ouvrages qui menacent notre patrimoine environnemental. Ces mesures seront appliquées à partir du mercredi 11 octobre à 8 heures ».
Le gouvernement du président Luis Abinader a aussi annoncé « la création de fonds pour financer un programme de mécanisation agricole afin de réduire l’embauche de travailleurs étrangers sans papiers », rapporte le journal Hoy. Le Miami Herald voit en ces annonces le signe que le chef de l’État dominicain se trouve de plus en plus sous pression : « Luis Abinader a fermé la frontière, et il cherche à se faire réélire », rappelle le quotidien de Floride. Or « ces derniers jours, les commerçants dominicains en colère se plaignaient de plus en plus de ne pas pouvoir vendre leurs produits et les propriétaires d’usines textiles envisagent de licencier des travailleurs, faute de marché haïtien ».
Les Haïtiens vent debout après les annonces dominicaines
« La Chambre de commerce, d’industrie et des professions du nord-est d’Haïti (Cci/Nord-est) exprime son indignation après l’annonce faite par le gouvernement dominicain de la réouverture partielle de la frontière dominico-haïtienne pour le commerce de quelques produits agricoles », rapporte Alterpresse. Dans une interview accordée à l’agence, le président de cette chambre régionale, Albert Pierre Paul Joseph, explique que « la République dominicaine ne voit pas Haïti comme un partenaire commercial et tente de rabaisser le pays ».
Alterpresse cite aussi un communiqué publié le 9 octobre par le gouvernement haïtien qui « félicite la population pour son calme, sa sérénité et son patriotisme face aux mesures disproportionnées prises par les autorités dominicaines ». Il « réaffirme le droit inaliénable des Haïtiens d’utiliser de façon équitable les ressources hydriques binationales », en faisant « référence au canal en construction sur la rivière Massacre du côté d’Haïti, objet des protestations dominicaines et qui a amené à la fermeture unilatérale de la frontière par le gouvernement dominicain, le 15 septembre dernier », explique Alterpresse. « “Le gouvernement continue de privilégier le dialogue” et souhaite “un dénouement convenable”, permettant “le partage équitable des ressources hydriques, la normalisation des relations entre les deux pays et la circulation des personnes et des biens des deux côtés” ».
Le Nouvelliste dénonce « un train de mesures anti-haïtiennes comme on en a vu rarement dans l’histoire de ce pays. Si les projets du président Luis Abinader se concrétisent, les Dominicains vont rompre leurs relations migratoires avec Haïti, dévier toute l’eau de la rivière Massacre, déverser leurs productions sur Haïti et pomper l’argent des Haïtiens sans contrepartie », s’insurge l’éditorialiste Frantz Duval.
Guatemala : manifestations et blocages de routes pour dénoncer un « coup d’État » contre le président élu
Le Guatemala est en partie paralysé depuis plus d’une semaine maintenant. Des manifestants bloquent les principales routes du pays en soutien au président élu le mois dernier, le social-démocrate Bernardo Arévalo. Celui qui a fait toute sa campagne sur la lutte contre la corruption est aujourd’hui entravé par une série d’actions en justice qui tentent d’invalider son élection.
Ce lundi encore, des milliers de Guatémaltèques ont exigé la démission du procureur général, qu’ils accusent de persécution contre le président élu Bernardo Arévalo, après une semaine de manifestations avec des blocages qui commencent à générer des pénuries de carburant et une hausse des prix des produits de base. Portant des drapeaux guatémaltèques – bleu et blanc – une foule a manifesté devant le parquet de la capitale, tandis que des milliers d’autres ont maintenu fermés – avec camions, voitures, motos et autres obstacles -, une centaine de tronçons de routes à travers le pays, selon les estimations de la police.
« Le pays est entré dans une phase critique où les enjeux sont importants et où il est temps que le bon sens l’emporte », estime La Hora. Le quotidien voit dans les violences qui ont éclaté « les forces du mal qui tentent d’utiliser toutes les failles pour délégitimer l’expression citoyenne ». La Hora fait appel à « la plus grande prudence et la plus grande maturité afin de ne pas faciliter la tâche de ceux qui veulent faire basculer la protestation dans la violence. En ce sens, les blocages doivent être reconsidérés, car ils ne mèneront à rien de durable et généreront des conflits entre ceux qui souhaitent vivre en démocratie ».
Prensa Libre, de son côté, dénonce sans détours le comportement de certains manifestants : « Les blocages, intimidations et menaces contre des citoyens et des activités commerciales sont indéfendables », s’exclame l’éditorialiste qui souligne que « c’est une chose de dénoncer les atteintes à la démocratie, c’en est une autre de devenir à son tour un criminel en commettant des actes de violence. Les manifestations et les barrages routiers pour exiger la démission de la procureure générale semblent avoir échappé à tout contrôle », constate encore Prensa Libre qui appelle « les groupes à l’origine des manifestations de cesser leurs actions et d’entamer un dialogue avec la médiation d’une mission de l’Organisation des États américains ».
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